Violence structurelle à l’ère d’une nouvelle pandémie : le cas de la Bande de Gaza

par David Mills, Bram Wispelwey, Rania Muhareb et Mads Gilbert,
publié dans The Lancet le 27 mars 2020.


Il n’existera un espoir pour améliorer la santé et la qualité de vie des Palestiniens que lorsque les gens reconnaîtront que les conditions structurales et politiques qu’ils endurent … sont des déterminants clés de la santé de la population [palestinienne].

Alors que le monde est consumé par la propagation du COVID-19 (la maladie due au coronavirus), il ne serait pas surprenant que les épidémies (et évidemment les pandémies) atteignent avec une violence disproportionnée les populations accablées par la pauvreté, l’occupation militaire, la discrimination et l’oppression institutionalisée.

La violence structurale enracinée dans les injustices historiques, politiques et sociales détermine les profils de santé et crée les vulnérabilités qui entravent la prévention effective des épidémies de maladies transmissibles, leur détection et la réponse à y apporter. Dans la Bande de Gaza occupée, la convergence de ces forces dans une ère de pandémie a le potentiel de dévaster l’une des populations les plus vulnérables du monde.

La fragmentation coloniale du peuple palestinien et de leurs systèmes de santé, combinée au cadre de développement néolibéral implémenté durant les dernières décennies, a créé une profonde dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure, plaçant les soins à la merci d’une politique de dons internationaux de plus en plus restrictive.

Depuis 2007, Israël a imposé un blocus écrasant, par terre, air et mer, aux deux millions de Palestiniens de la Bande de Gaza, dont 1, 4 million sont des réfugiés, les soumettant à un surpeuplement extrême dans l’une des régions les plus densément peuplées du monde. En conséquence, la Bande de Gaza est confrontée à de hauts niveaux de pauvreté, de chômage, d’insécurité par rapport à la nourriture et de manque d’eau potable en quantité suffisante, alors que le blocus perturbe les chaînes d’approvisionnement médical, entrave le mouvement des patients et du personnel de santé et inhibe sévèrement la construction d’établissements médicaux et le développement de la santé publique.

Des mesures préventives et l’endiguement du COVID-19 seront extrêmement difficiles maintenant que la pandémie a atteint la Bande de Gaza. Alors les prisonniers en Iran et ailleurs sont temporairement relâchés pour les protéger de la propagation en milieu confiné, pour les Palestiniens, vivant dans ce qui a été décrit comme la plus grande prison à ciel ouvert du monde, il n’y a nulle part où aller — sauf, bien sûr, si leur est accordé leur droit légal et moral au retour.

Guidée par nos valeurs morales et nos obligations professionnelles, la communauté internationale doit agir maintenant pour mettre fin à la violence structurelle en affrontant les forces historiques et politiques enracinant une réalité cyclique, violente et changeante.

Une pandémie de COVID-19 qui handicape encore plus le système de soins de la Bande de Gaza ne devrait pas être considérée comme un phénomène biomédical inévitable vécu de manière équitable par la population du monde entier, mais comme une injustice biosociale évitable enracinée dans des décennies d’oppression israélienne et de complicité internationale au milieu du combat pour la santé, les droits fondamentaux et l’auto-détermination de tous les Palestiniens.

Nous déclarons n’avoir aucun conflit d’intérêt.