Une lettre ouverte à l’administration de l’université hébraïque et à la communauté académique sur l’implication de l’université dans le harcèlement policier du quartier d’Issawiyah


Nous, Universitaires pour l’égalité, sommes une organisation de quelque 550 enseignants, étudiants et autres personnes impliquées dans la vie universitaire en Israël, comptant parmi nous soixante membres de la communauté de l’Université hébraïque. Depuis de nombreux mois, nous avons observé avec inquiétude la police israélienne harcelant continûment le quartier d’Issawiyah dans Jérusalem-Est, quartier adjacent au campus du Mont Scopus de l’université [1]. Plusieurs événements récents ont soulevé des inquiétudes encore plus grandes sur le rôle de l’université dans ce harcèlement, un rôle qui communique à Issawiyah un message de très mauvais voisinage et qui montre un manque de considération pour les centaines de membres de la communauté universitaire, tant étudiants qu’employés, qui vivent dans ce quartier. Avec le nouveau programme « Havatzalot » du corps de renseignement des forces armées israéliennes, contre lequel nous avons protesté l’an dernier, cette implication contribue à une désastreuse tendance à la militarisation du campus, campus qui est entouré de quartiers de Jérusalem-Est occupée, et à la propagation d’un environnement hostile aux membres palestiniens de la communauté, comme les groupes palestiniens sur le campus en ont témoigné dans une déclaration récente [2]. Nous appelons les membres de la communauté académique en Israël et dans le monde entier à rejoindre notre appel à l’université pour qu’elle rejette toute collaboration avec les actions de la police à Issawiyah.

L’implication récente de l’université à ces actions est manifeste de deux façons principales. La première est la fermeture de l’entrée sud au quartier, qui est adjacente au campus du Mont Scopus et à l’hôpital Hadassah [3]. Cette entrée a été fermée de manière intermittente depuis 2001 et continûment depuis 2007, sur les ordres de la police ; parmi les raisons données figure celle selon laquelle la fermeture est nécessaire pour garantir la sécurité des deux institutions. Cette fermeture d’une des deux seules entrées au quartier est un acte de punition collective, avec un impact profond sur la vie quotidienne de ses vingt mille habitants. Pendant une visite à Issawiyah le 18 septembre 2019, des membres du comité de quartier nous ont dit que la police les avait informés que la fermeture de l’entrée avait été effectuée à la demande de l’université et que si cette dernière devait annoncer que la fermeture n’est pas nécessaire du point de vue de la sécurité, celle-ci ne serait pas maintenue.

Une deuxième question est l’activité policière dirigée contre les résidents d’Issawiyah à partir du campus du Mont Scopus. Le 4 décembre 2019 deux officiers de police d’Israël en uniforme ont été photographiés sur le toit du bâtiment Rabin du campus, à côté d’une grande paire de jumelles et d’une caméra vidéo, les deux montées sur des trépieds et pointées vers le centre du quartier qui se trouve au pied du bâtiment. En réponse à une lettre que nous avons envoyée au recteur de l’université, le professeur Barak Medina, il nous a été dit que l’opération « a été rendue nécessaire à cause de l’information reçue par la police sur une intention de mener une action concrète contre le personnel et les étudiants de l’université » , qu’elle « a été coordonnée avec le département de sécurité de l’université » et que « l’activité de la police a déjoué la tentative de porter atteinte au personnel et aux étudiants ». Cette réponse soulève de nombreuses questions, mais la lettre de suivi que nous avons adressée au professeur Medina n’a pas reçu de réponse [4].

A la lumière de ces développements nous attendons de l’université qu’elle démontre sa solidarité avec les membres palestiniens de la communuaté universitaire et avec les résidents d’Issawiyah, et nous appelons les autorités de l’université, son président, le professeur Asher Cohen, et son recteur, le professeur Medina, à prendre les mesures suivantes :

  1. Informer la police qu’ouvrir l’entrée sud vers Issawiyah ne présente pas de menace pour la sécurité en ce qui concerne l’université, bien au contraire, que l’université le voit comme crucial pour le développement de bonnes relations de voisinage entre le campus du Mont Scopus et les quartiers alentour.
  2. S’abstenir à l’avenir de permettre à la police d’accéder au campus, sauf urgences, et particulièrement de permettre que le campus et ses bâtiments soient utilisés pour le rassemblement de renseignements ou pour des offensives dirigées contre les résidents d’Issawiyah.

Nous appelons tous les membres de la communauté académique, en Israël et dans le monde entier, à rejoindre notre appel.

Cordialement,
Le Bureau
Universitaires pour l’égalité

[1Voir la large couverture de Nir Hasson dans Haaretz, et particulièrement l’article « Au lieu de réduire la violence dans Jérusalem-Est, la police israélienne n’a fait que l’enflammer », 11 novembre 2019 (lien).

[2Voir la déclaration (lien ; en arabe) par les groupes palestiniens sur le campus.

[3Voir une carte de la zone et des lieux pertinents (lien) sur notre site web.

[4Voir la photographie (lien) et notre correspondance avec le recteur de l’université, le professeur Barak Medina, sur le site web des Universitaires pour l’égalité (lien ; en hébreu).