Une conférence israélienne sur le drone expose les armes qui ont servi à tuer les enfants de Gaza

| Rania Khalek pour The Electronic Intifada | Traduction BP pour l’AURDIP |

Moins d’un mois après le meurtre de plus de 2100 Palestiniens dans la bande de Gaza, dont plus de 500 enfants, Israël tient sa conférence annuelle sur les drones.

Organisée en partenariat avec l’ambassade des États-Unis à Tel Aviv, « Israel Unmanned Systems 2014 » (Systèmes des sans pilote à bord – Israël 2014) offre aux entreprises militaires israéliennes l’occasion de faire étalage des performances de leurs fabrications, dont beaucoup ont été testées sur les Palestiniens cet été dans la bande de Gaza assiégée.

La Palestine a longtemps servi de laboratoire à l’industrie florissante de « sécurité intérieure » d’Israël pour tester et perfectionner ses armes de domination et de contrôle, avec des Palestiniens privés de leurs droits et de leur État leur servant de rats de laboratoire.

S’exprimant auprès du magazine allemand Der spiegel le mois dernier, Avner Benzaken, commandant de la division « Technologie et Logistique » de l’armée israélienne – une unité « composée essentiellement d’universitaires qui sont également des officiers » - a expliqué les avantages de cette occupation.

« Si je développe un produit et que je veux le tester sur le terrain, il me suffit d’aller à cinq ou dix kilomètres de ma base et je là, je peux regarder ce qui se passe avec l’équipement, » a déclaré Benzaken. « J’ai un retour, ainsi c’est le processus de développement le plus rapide et le plus efficace. »

Un accès aisé à une population captive pour faire des expériences permet aux fabricants d’armes israéliens de commercialiser leurs produits comme « combat-proven » (ayant fait leurs preuves au combat), un label convoité qui donne à Israël un avantage concurrentiel dans le commerce international de l’armement. La technologie israélienne de répression est alors exportée vers des régimes qui ont investi de la même manière dans l’assujettissement des pauvres et des marginalisés.

Cette organisation dystopique a ouvert la voie à Israël, pays de la taille du New Jersey, pour se classer parmi les cinq plus grands exportateurs d’armes de la planète et devenir l’exportateur numéro un des véhicules aériens sans pilote à bord (UAV - Unmanned Aerial Vehicle) , ou drones.

« Éprouvés au combat »

L’un des initiateurs de la conférence sur les drones, cette année, est G-NIUS ; constitué comme une expérience commune entre les deux plus grandes entreprises d’armement d’Israël – Elbit Systems et Israel Aerospace Industries (IAI) – G-NIUS développe des véhicules terrestres sans équipage pour l’armée israélienne.

Grâce à l’agression contre Gaza, G-NIUS peut maintenant ajouter « combat-proven » au curriculum vitae de son véhicule militaire pour transport de troupes (APC – Armored Personnel Carrier), qui a été déployé opérationnellement dans Gaza cet été, c’était la première fois qu’un APC commandé à distance et sans équipage « prenait part à un combat », selon Israel Defense.

Les participants à la conférence sur les drones devaient visiter G-NIUS le lundi 15 septembre, afin qu’ils voient de leurs propres yeux les machines qui ont servi à la destruction de Gaza.

Ils devaient aussi visiter le plus grand promoteur en technologie militaire d’Israël, Elbit Systems, qui a tiré énormément de profits de l’offensive de l’été.

Les actions d’Elbit ont bondi à leur plus haut niveau depuis 2010 pendant le massacre de Gaza, un phénomène que le Bloomberg Businessweek (hebdo américain spécialisé dans l’économie) a attribué à la spéculation par les investisseurs que la société basée à Haïfa connaîtrait une demande croissante pour ses fabrications venant de gouvernements impressionnés par ses performances gorgées de sang.

Une fabrication qui est susceptible d’utiliser le bain de sang de Gaza comme un argument de vente est l’Hermes 900 de chez Elbit, lequel a été déployé opérationnellement pour la première fois lors de l’opération Bordure protectrice.

L’Hermes 900 est une version plus grande et plus avancée de l’Hermes 450, un drone pour l’attaque et l’observation aériennes qui a été utilisé par l’armée israélienne pour cibler délibérément les civils dans Gaza lors de l’agression israélienne de 2008-2009, fait savoir Human Rights Watch.

Les drones Elbit ont également servi à tuer des civils dans la guerre d’Israël contre le Liban en 2006, et notamment des personnels de la Croix-Rouge, des conducteurs d’ambulance et des dizaines de gens qui fuyaient leurs maisons pour se protéger des bombardements sans pitié israéliens.

Même avant d’avoir aidé les soldats israéliens à réduire Gaza en ruines, l’Hermes 900 avait décroché des contrats lucratifs.

En juillet, le gouvernement suisse a acquis le système Hermes 900 pour 280 millions de dollars. Et plus tôt cette année, le gouvernement brésilien a acheté une flotte de drones Hermes, dont l’Hermes 900, pour aider à écraser les manifestations massives qui avaient éclaté à travers le Brésil contre la Coupe du monde.

Après son utilisation pendant les 51 jours de terrorisme d’Israël contre Gaza, l’Hermes 900 peut rejoindre ses prédécesseurs dans le camp des « éprouvés au combat », ce qui, assurément, va stimuler la demande.

Également susceptible de profiter de son rôle dans la transformation de Gaza en cimetière, le mini-UAV Skylark, d’Elbit. C’est un drone de surveillance qui se lance à la main. Même s’il a été été utilisé à Gaza dans le passé, c’est la première fois, pendant l’opération Bordure protectrice, que le Skylark a été déployé en grand nombre pour appuyer les forces terrestres d’invasion.

Roy Riftin, général et commandant en chef de l’artillerie dans l’armée israélienne, a déclaré à Defense News que le Skylark avait contribué à « servir des cibles inopinées » aux artilleurs israéliens.

Tests d’armes

Les fabricants de drones n’ont pas été les seuls à profiter du massacre de Gaza. Engluée dans son endettement avant l’assaut contre Gaza, Industries militaires d’Israël (IMI) était moribonde. L’effondrement de la société était si grave que le gouvernement israélien avait envisagé de la privatiser d’ici 2016 et qu’il offrait 370 000 dollars d’indemnités de départ à tout salarié prêt à partir en retraite anticipée.

Mais maintenant, pour IMI, les choses vont mieux.

Durant l’assaut militaire d’Israël contre Gaza, les salariés d’IMI ont travaillé non-stop pour assurer un approvisionnement continu en balles de 5,56 mm et en obus pour les chars d’assaut Kalanit et Hatzav, aux forces israéliennes, a rapporté Ha’aretz.

Les obus des chars Kalanit et Hatzav explosent en l’air, recouvrant les personnes et les installations qui se trouvent en-dessous de petites bombes mortelles. Le Kalanit, le préféré de l’armée israélienne, est si populaire qu’il a reçu le « Prix Défense » très côté d’Israël en 2011. Bien qu’ils aient déjà servi dans le passé, c’est lors de l’opération Bordure protectrice que, pour la première fois, les obus de Kalanit et Hatzav ont été utilisés sur une échelle colossale.

IMI a aussi testé plusieurs nouvelles armes durant le massacre de Gaza, notamment la bombe rigide polyvalente MPR-500, porteuse de 500 livres d’explosif, guidée par laser, et si puissante qu’elle peut pénétrer un mur de béton armé d’un mètre. Après le déploiement des MPR-500, pour la première fois en capacité opérationnelle, contre des structures et les corps des gens de Gaza cet été, la demande pour la bombe a explosé avec 5,6 milliards de shekels (1,19 milliard d’euros) de commandes en attente à début août.

Prendre sa part dans l’action

Pendant ce temps, les entrepreneurs militaires étrangers sont en train de se préparer pour réaliser des profits sur le prochain massacre.

Doron Shalev, directeur commercial chez BAE Systems Rokar, une filiale de la firme anglo-américaine BAE Systems, qui se spécialise dans le développement de navigation GPS pour l’artillerie, cherche déjà à tirer de nouvelles opportunités commerciales de la machine de guerre israélienne au lendemain du massacre de Gaza.

Écrivant dans Israel Defense, Shaley note que l’usage aveugle de l’artillerie par Israël, particulièrement lourd sur les secteurs de Shujaiya et de Rafah de la bande de Gaza, a provoqué la colère de l’Administration Obama. Pour éviter de semblables « controverses » dans une prochaine attaque contre le Liban, Shalev suggère qu’Israël investisse dans le type de systèmes de navigation qu’il arrive à vendre, sachant parfaitement qu’Israël est impatient de s’attaquer au Hezbollah.

« Au cours de la dernière opération, les tirs d’artillerie ont certes été utilisés sur une assez grande échelle, mais il est important de garder à l’esprit qu’ils l’ont été dans des conditions relativement favorables » argue Shalev. « Il est important de comprendre que le prochain conflit sera différent et que le théâtre d’opération de la bande de Gaza n’est en aucune manière similaire à celui du Liban. Pour cette raison, nous devons nous assurer que les bons enseignements sont en train de se tirer, et que la configuration de l’artillerie se prépare de façon efficace pour le prochain défi, et non pour le défi précédent. »

Lockheed Martin, le plus grand entrepreneur de « défense » dans le monde, cherche lui aussi à profiter, juste après avoir créé une filiale en Israël. « L’initiative s’intègre dans une impulsion plus vaste de Lockheed Martin dans la recherche de contrats défense à l’étranger, en plein ralentissement des dépenses militaires américaines, » a rapporté The Wall Street Journal.

En attendant, la bande de Gaza assiégée et dévastée reste enterrée sous quatre millions de tonnes de gravats alors que les marchands de mort se pavanent au festival annuel des drones d’Israël, fanfaronnant à propos de leurs succès pour tenter d’exporter leurs fabrications.

La guerre est en effet du raquette.