Un transporteur de marchandises israéliennes issues des colonies bénéficie de fonds européens pour la recherche scientifique

| David Cornin pour The Electronic Intifada | Traduction Youssouf R pour l’AURDIP |

Une entreprise de transport alimentaire localisée dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, a bénéficié des fonds de recherche scientifique de l’Union Européenne.

Cargo Air Lines, une entreprise israélienne, et sa filiale Liège Cargo Holding Services (LACHS) ont pris part à un projet de veille technologique financé à hauteur de 3 M€ en grande partie par l’UE.

Yossi Shoukroun, dirigeant de LACHS, m’a précisé que l’entreprise de fret transportait des fruits et légumes « issus aussi bien d’Israel que de Palestine », ainsi que des fleurs ou des herbes. Lorsqu’on lui demande si ces produits viennent des colonies, Shoukroun répond que l’entreprise n’a « aucun moyen de savoir où les produits sont réellement cultivés ».

Cela revient à admettre implicitement qu’une proportion des produits en question provient des colonies. En fait, les principaux exportateurs israéliens de denrées alimentaires se fournissent tous dans les colonies de Cisjordanie. Ces produits sont couramment estampillés « Made in Israël », bien que cultivés dans des territoires situés à l’extérieur des frontières de 1967.

Imperturbable

Bien que la commission européenne, instance dirigeante de l’Union, considère officiellement les colonies comme illégales, elle n’a aucune hésitation à fournir une aide financière à une entreprise de transport de marchandises issues des colonies.

Un porte-parole de la Commission a déclaré que ses représentants n’étaient « pas au courant de la possibilité » que Cargo Air Lines et LACHS aient affrété des biens qui « auraient été produits dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée ».

D’après ce porte-parole, aucune enquête officielle n’a été diligentée pour savoir comment l’entreprise a pu bénéficié des fonds du projet de l’UE – connu sous le nom iDetect 4ALL – et il n’existe « aucunes bases légales » sur lesquelles des investigations pourraient être menées. Il ajoute que les entreprises israéliennes sont susceptibles d’être exclues des programmes de recherche européen seulement dans le cas où leurs contributions à ces programmes seraient réalisées en Cisjordanie.

Mais en l’occurrence, il y a de prime abord de sérieux éléments indiquant que les travaux réalisés dans le cadre du projet iDetect 4ALL, ouvert entre 2008 et 2011, ont eu lieu dans les implantations israéliennes.

Refus d’enquêter

L’objectif du projet était d’examiner de quelle manière les équipements de télé-surveillance pouvaient être utilisés pour déclencher une alerte lorsque des « intrus » s’approchaient de sites considérés comme économiquement important. Motorola Israel, un autre participant du projet, a installé une « clôture virtuelle » - en utilisant des capteurs et des caméras thermiques - autour des colonies israéliennes, sous le prétexte qu’elles nécessitaient d’être protégées des « intrus ».

Lorsque ce cas fut porté à l’attention de la commission européenne en 2011, elle refusa également toute investigation. Máire Geoghegan-Quinn, le commissaire aux affaires scientifiques de l’Union Européenne, déclara alors qu’elle se satisfaisait que Motorola Israel soit basée à l’intérieur de l’état d’Israël (délimité par ses frontières de 1967). RAS, donc.

L’année dernière, la presse israélienne a avancé que l’UE avait causé un séisme en élaborant des directives stipulant que les entreprises ou institutions opérant dans les colonies israéliennes n’étaient pas éligibles aux subventions européennes. Si cette politique était appliquée (et il n’y aucune garantie que ce soit le cas), elle imposerait à l’Union une ligne plus dure envers Israël. Malheureusement, pour le moment les instances dirigeantes de l’Union Européenne continuent de négliger les mécanismes par lesquels elles aident Israël dans la spoliation de la terre palestinienne.

Dérision

Israël est le partenaire non-européen le plus actif dans le programme européen de recherche scientifique, financé à hauteur de 80 Mds d’euros (111 Mds de dollars) d’ici la fin de la décennie.

Ainsi, La façon dont Cargo Air Lines et LACHS profitent des budgets européens tournent en dérision la dénonciation par l’Union Européenne des colonies israéliennes.

LACHS est basé à l’aéroport de Liège, qui appartient en partie à la Belgique.

Un récent rapport de François Dubuisson, professeur de droit à la faculté francophone Université libre de Bruxelles (ULB), souligne que l’UE et ses gouvernements ont l’obligation d’éviter de fournir toute aide ou assistance aux implantations israéliennes, par exemple en commerçant avec ces dernières. Un argument similaire a été développé en 2004 dans l’avis rendu par la cour de justice internationale sur le mur de sépararation en Cisjordanie.

Cependant, ni la Belgique ni les autorités européennes n’ont envie d’investiguer sur l’implication de LACHS dans le commerce de produits illicites produits dans les colonies. Par conséquent, rien n’empêche que des produits issus des colonies se retrouvent dans les boutiques belges.

Récemment dans un supermarché, j’ai pu constaté qu’Israël figurait comme pays d’origine pour 10 des 15 herbes disponibles en rayon. Aucune mention n’indiquait au client si ces herbes provenaient d’Israël dans ses frontières internationalement reconnues ou bien si elles étaient cultivées dans les colonies illégales de Cisjordanie. Et quand bien même de telles mentions existeraient, cela ne résoudrait pas le problème pour autant. Ces produits étant cultivés dans des terres occupées illégalement, leurs exportations en Europe doivent par conséquent être totalement interdits. Et aussi longtemps que l’UE rejettera les appels fait dans ce sens, elle demeurera complice de l’apartheid israélien.