Un professeur israélien fait don d’un prix national à des organisations de gauche après une bataille d’une année

| Shira Kadari-Ovadia pour Haaretz | Traduction CG pour l’AURDIP |

La ministre de l’Education, qui a essayé de bloquer le prix à cause du soutien du Professeur Goldreich au boycott d’une université dans une colonie, dit qu’il est « un provocateur ».


Le récipiendaire du prix Israël en mathématiques et informatique, le professeur Oded Goldreich, a déclaré mercredi son intention de faire don de l’argent du prix à cinq organisations de gauche.

La Cour suprême de justice a rejeté en mars la décision de refuser le prix à Goldreich à cause de son soutien au boycott d’une université israélienne située dans une colonie de Cisjordanie.

Goldreich, professeur d’informatique à la Faculté de mathématiques et d’informatique de l’Institut des sciences Weizmann, divisera les 75000 shekels (21550 euros) du prix entre cinq organisations qui, dit-il, travaillent à lutter pour mettre fin à l’occupation israélienne, pour une égalité authentique de tous les habitants du pays et pour la justice sociale.

Les organisations sont l’ONG B’Tselem, qui documente les violations des droits humains dans les Territoires palestiniens occupés ; l’ONG Breaking the Silence [Briser le silence] de soldats vétérans israéliens qui, selon leur site web, « exposent le public israélien à la réalité de la vie quotidienne dans les Territoires occupés » ; Adalah – Centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël ; Kav LaOved – hotline des travailleurs et le mouvement Standing Together [Faire front ensemble] de militants israéliens et palestiniens.

La ministre de l’Education Yifat Shasha-Biton a dit en réponse à la décision de Goldreich : « Le fait que le professeur Goldreich a décidé de faire don du prix Israël à des organisations oeuvrant contre les soldats des forces de défense d’Israël qui risquent leur vie pour nous — après avoir appelé à boycotter une institution universitaire israélienne — prouve qu’il est un provocateur qui ne peut s’engager dans le monde académique avec les mains propres et qui ne mérite pas un prix national. » Shasha-Biton a ajouté que « la décision de la Cour suprême de lui accorder le prix en s’opposant à mon opinion était mauvaise ».

Les organisations ont dit dans une déclaration commune qu’elles étaient émues par la décision de Goldreich de leur faire don de l’argent. « C’est aussi l’occasion d’exprimer notre appréciation du fait que tout au long de sa remarquable carrière universitaire, le professeur Goldreich a utilisé son nom, son statut et ses résultats afin de promouvoir les luttes pour l’égalité, la justice, la démocratie et les droits humains ».

La déclaration ajoutait que c’est à cause de sa « détermination à promouvoir ces valeurs que certains politiciens sont déterminés à tourner en ridicule » que le prix lui a initialement été refusé.

« Nous sommes fiers de nous engager à ce que les ministres de l’Education, passé et actuelle, soient perturbés par nos actions au bénéfice des Israéliens et des Palestiniens grâce à la générosité du professeur Goldreich. »

En avril 2021, le ministre de l’Education d’alors, Yoav Gallant, avait refusé d’accorder le prix à Goldreich parce que celui-ci avait signé une lettre soutenant le boycott de l’université Ariel, basée en Cisjordanie, une décision qui a été confirmée par Shasha-Biton, mais rejetée par la Cour suprême en mars.

Lundi, Shasha-Biton a refusé de participer à la cérémonie en l’honneur de Goldreich au ministère de l’Education à Jerusalem après que lui-même a refusé de participer à la cérémonie du prix lors du Jour de l’Indépendance, en mai.