The Harvard Crimson : En soutien de Boycott, Désinvestissement, Sanctions et d’une Palestine libre

Du comité de rédaction de The Crimson Opinion : « Les Palestiniens, de l’avis de notre comité, méritent dignité et liberté. Nous soutenons le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanction comme moyen d’atteindre cet objectif ». Lisez l’éditorial ci-dessous.


Quand l’oppression frappe quelque part dans le monde, les mouvements de résistance résonnent globalement. Le désir pour une justice légitime se répand, comme un incendie, nous poussant à agir, à parler et à redresser nos torts du passé.

Au cours de l’année dernière, le Comité de solidarité avec la Palestine du Harvard College s’est efforcé de faire exactement cela. Au milieu de l’escalade des tensions entre Israël et la Palestine, le Comité de solidarité avec la Palestine (CSP) a organisé un programme d’informations et des manifestations hebdomadaires de soutien, les « Jeudis Keffieh », et il a même installé un « Mur de résistance » de plusieurs panneaux colorés en faveur de la liberté et de la souveraineté palestiniennes.

D’un point de vue au moins, le fougueux activisme du CSP a rencontré le succès : il a contraint notre campus — et notre comité de rédaction — à combattre une fois de plus ce que Human Rights Watch et Amnesty International ont tous deux appelé les « crimes contre l’humanité » d’Israël dans la région.

D’abord, et avant tout, nous souhaitons étendre notre soutien sincère à ceux qui ont été et continuent à être sujets à la violence en Palestine occupée, ainsi qu’à chaque civil affecté par le bellicisme dans la région. Nous ne sommes pas certains de la manière dont ces mots vont vous atteindre, ou même s’ils vous atteindront du tout. Mais notre position n’est pas enracinée dans la proximité ou la commodité, mais plutôt dans les principes fondationnels que nous devons maintenir — même si (et peut-être particulièrement si) cela s’avère difficile.

Le comité éditorial est largement et fièrement solidaire de la mission et de l’activisme du CSP, y compris son récent affichage d’art. Les panneaux, qui prêtent certes à controverse, mettent le spectateur au défi de soutenir des faits bien établis, mais rarement énoncés. Ils dirigent nos yeux vers la pauvreté et la confiscation des terres, le déni de la citoyenneté, les restrictions de déplacement et les assassinats illégaux qui font des Palestiniens des victimes, jour après jour. L’art est une forme puissante de résistance et nous sommes touchés par la passion et le talent de nos camarades.

Suite à des accusations suggérant le contraire, nous ressentons le besoin d’affirmer que ce soutien pour la libération palestinienne n’est pas antisémite. Nous nous opposons sans ambiguité à l’antisémitisme et nous le condamnons sous chacune de ses formes, y compris à ces moments où il surgit dans les franges de mouvements par ailleurs louables. Le peuple juif — comme tous les peuples, y compris les Palestiniens — ne mérite rien d’autre que la vie, la paix et la sécurité.

Rien dans le Mur de résistance de CSP ne dénie cela. Si des membres de notre campus peuvent bien trouver ses messages provocants ou être en désaccord avec leur vision philosophique, aucun de ces messages ne mérite, de notre point de vue, ce label déshonorant. Nous avons une certaine tendance à l’échelle de la communauté à rejeter les opinions opposées comme offensantes et indignes en elles-mêmes, caricaturant des arguments légitimes et obscurcissant des discussions difficiles mais nécessaires. Pourtant le discours civil et le débat, même éprouvants, sont des étapes fondamentales vers une réalité meilleure.

Israël reste le point aveugle favori du premier amendement américain. Des compagnies qui choisissent de boycotter l’Etat juif, ou soutiennent d’une façon ou d’une autre le mouvement de Boycott, désinvestissement et sanctions pro-palestinien sont confrontées à des répercussions juridiques dans au moins 26 Etats. Même pour les journalistes, condamner ouvertement les politiques de l’Etat expose à un risque professionnel objectif. Rien que l’an dernier, l’Associated Press a suscité l’indignation après avoir licencié un rédacteur d’informations à cause de tweets critiques d’Israël quand il était à l’université. Cette décision controversée a suivi un schéma établi de longue date : osez mettre en question les politiques d’Israël ou soutenez la liberté des Palestiniens et vous serez mis à l’écart de la salle de rédaction, et tant pis pour vos réalisations passées ou vos arguments légitimes. Pour les étudiants comme nous, parler franchement des événements dans la région peut susciter du harcèlement en ligne ou même vous faire mettre sur liste noire.

Ce que cette immense opposition aux activistes étudiants et aux journalistes rend clair est l’accablant déséquilibre des pouvoirs qui définit et étrangle le débat actuel. Ce différentiel de pouvoir flagrant s’étend bien au-delà de l’arène de la libre expression, se déplaçant du rhétorique au léthal sur le terrain en Palestine, où les soldats israéliens ont tué près de 50 Palestiniens, dont huit enfants, rien que cette année.

En tant que comité éditorial, nous sommes pleinement conscients du privilège dont nous bénéficions en ayant une signature institutionnelle, effectivement anonyme. Même sur ce campus, les noms de beaucoup de nos courageux camarades qui promeuvent la libération palestinienne peuvent être découverts sur des listes de surveillance les liant tacitement et honteusement au terrorisme.

Ces deux facteurs —les extraordinaires agressions et notre capacité privilégiée à en parler et à être confrontés à une rétribution injustifiée comparativement moindre — nous incitent à prendre position. Les Palestiniens, selon l’opinion de notre comité, méritent dignité et liberté. Nous soutenons le mouvement de Boycott, désinvestissement et sanctions comme moyen d’atteindre ce but.

Dans le passé, notre comité était sceptique à propos de ce mouvement (mais pas de ses objectifs, de manière générale), arguant que BDS dans son ensemble ne « prenait pas en compte les nuances et les particularités du conflit israélo-palestinien ». Nous regrettons et rejetons cette opinion. C’est notre impératif catégorique d’être aux côtés des vulnérables et des opprimés et de les aider à reprendre leur pouvoir d’action. Nous ne pouvons pas nuancer la réalité violente des Palestiniens, ni laisser notre désir d’un outil parfait, mais imaginaire, saper un mouvement vivant, vital et porteur de si grandes promesses.

Il y a vingt ans, nous écrivions que le désinvestissement était « un outil grossier » qui affectait également tous les citoyens de la nation-cible et devrait être utilisé avec circonspection. Pourtant les tactiques incarnées par BDS ont un bilan historique ; elles ont aidé à gagner la libération des Sud-Africains noirs de l’apartheid et elles ont le potentiel de faire la même chose pour les Palestiniens aujourd’hui. La politique actuelle d’Israël pousse les Palestiniens vers une absence indéfinie de patrie, combinant une législation ethno-nationaliste et une attaque continue contre la souveraineté de la Cisjordanie par des colonies illégales qui mettent en difficulté la perspective de la solution à deux-Etats ; elle mérite une réponse internationale ferme et inébranlable. Les arguments contre BDS pourraient avoir été avancés contre l’Afrique du Sud, et l’ont été effectivement à l’époque, et nous ne sommes plus enclins à contrôler les demandes d’un peuple aspirant à respirer librement.

Nous ne prenons pas cette décision à la légère. BDS reste une approche brutale, qui a le potentiel d’avoir l’effet inverse à celui souhaité ou d’entraîner des dommages collatéraux sous la forme d’une souffrance économique. Mais le poids de ce moment — des violations par Israël des droits humains et du droit international, et du cri de la Palestine pour sa liberté — exige ce pas en avant. En tant que comité éditorial, nous sommes fiers d’apporter notre soutien à la libération palestinienne et à BDS — et nous appelons chacun, chacune, à faire de même.

Cet éditorial représente l’opinion majoritaire du Comité éditorial de The Crimson. Il est le produit de discussions lors de réunions régulières du Comité éditorial. Pour assurer l’impartialité de notre journalisme, les rédacteurs de Crimson qui choisissent de donner leur avis et de voter lors de ces réunions ne sont pas impliqués dans l’examen d’articles sur des sujets similaires.

The Harvard Crimson est le quotidien étudiant de l’Université de Harvard, fondé en 1873. C’est le seul quotidien de Cambridge, Massachusetts, et est entièrement géré par des étudiants de premier cycle du Harvard College.