Steven Salaita au Brooklyn College


Steven Salaita et Katherine Franke ont pris la parole ce soir au Brooklyn College ; j’ai modéré le débat. Trois brèves remarques.

D’abord, l’évènement en lui-même. Nous avons eu une véritable discussion sur Israël/Palestine, le BDS, le sionisme, le nationalisme, la liberté universitaire, la civilité. Des étudiants ont exprimé des opinions contraires, des questions difficiles ont été posées, des réponses réfléchies ont été avancées, de multiples interventions ont été entendues, il y a eu des arguments, il y a eu des raisons, il y a eu des frustrations, il y a eu des difficultés, il y a eu un dialogue, il y a eu de belles paroles, il y a eu un échange. Il y avait un collège.

Intervenant dans l’évènement, les voix habituelles se sont mobilisées contre. Des politiciens ont tenté de l’arrêter. Alan Dershowitz s’est plaint de ne pas avoir été invité. Je lui ai dit de se calmer : « Toutes ces années où le professeur Dershowitz a enseigné à la faculté de droit de Harvard, lui et ses collègues ne m’ont jamais invité à venir m’exprimer, de sorte que je ne comprends vraiment pas pourquoi ici il en fait tout un plat. » Des gens de l’extérieur ont demandé au département des Sciences politiques de nous prendre à partie.

Mais ce fut différent cette fois : c’était quelque peu mitigé. À aucun moment, quelqu’un d’entre nous a pensé que l’administration pourrait annuler l’évènement. Nous avons passé ce cap. Même les habituels suspects ont semblé en avoir assez de leur numéro. Et la raison en est que l’évènement a fait ce qu’il était censé faire : il a créé un espace de dialogue. Peut-être que nous avançons ?

Ce qui m’amène à ma deuxième remarque. Chacune et chacun d’entre nous au Brooklyn College, et dans la communauté plus large, avons une dette de reconnaissance envers le groupe des Étudiants pour la Justice en Palestine (Students for Justice in Palestine – SJP). C’est maintenant le quatrième ou cinquième (probablement davantage) évènement majeur du genre qu’ils organisent au Brooklyn College depuis l’affaire BDS. Et à chaque fois, ils ont réussi à offrir aux membres du College – sur tous les aspects de la question Israël/Palestine – et à la communauté l’occasion d’une discussion constructive et profonde. Quelle que soit votre position sur cette question, il ne devrait y avoir que peu de désaccords sur le fait que le SJP a enrichi le College. Non parce qu’il préconise la justice en Palestine – même si c’est bien le cas, aussi – mais parce qu’il nous a ouvert à tous un espace pour mobiliser toutes nos capacités intellectuelles.

Ce qui m’amène à ma dernière remarque. J’étais bien évidemment favorable à ce que Steven Salaita participe à cette initiative, mais j’en suis sorti extraordinairement impressionné par lui. Pas simplement par son caractère – aussi affable et dépourvu de prétention que possible – mais par son intelligence. Il a un esprit extraordinairement vif. En quelques minutes, il peut vous emmener de Cotton Mather à Franz Fanon, et à tout instant, vous savez exactement où vous êtes. Vous comprenez pourquoi il est si bon enseignant et pourquoi ses étudiants l’aiment tant : non parce qu’il vous dit ce que vous savez, mais parce qu’il vous emmène là où vous n’êtes jamais allé. Il avait une antienne brillante pour montrer comment c’est un trope archaïque dans le discours colonial que l’indigène corrompt le colonisateur, que c’est l’indigène qui transforme le colonisateur, qui est blanc comme neige, en un cœur le plus abject. Et soudain, Salaita a bondi au Munich de Spielberg, et il a montré comment cela illustrait ce principe précis.

C’est l’homme que l’université de l’Illinois a licencié. Parce que, selon eux, il serait une toxine dans la salle de classe. Ils n’ont aucune idée de ce qu’ils ont gâché.