Salaita s’exprime et alerte sur une « exception palestinienne » au premier amendement (de la constitution des États-Unis) et à la liberté académique

| Samantha Brotman pour Mondoweiss | Traduction CG pour l’AURDIP |

À une conférence de presse hier après-midi, le professeur Steven Salaita s’est exprimé publiquement pour la première fois depuis sa cessation d’emploi. Il y a presque un an, le professeur Steven Salaita avait accepté une offre du Doyen par intérim du College of Liberal Arts and Sciences à rejoindre l’université d’Illinois à Urbana-Champaign comme professeur titulaire. Cependant, plusieurs riches donateurs ont fait pression sur le Conseil d’administration de l’UIUC et la chancelière de l’université pour faire révoquer l’offre d’emploi du professeur Salaita, citant les tweets controversés du professeur à propos des attaques israéliennes récentes sur Gaza. Au début d’août 2014, deux semaines avant le début prévu pour les cours du professeur Salaita, la chancelière de l’université Phyllis Wise a envoyé au professeur Salaita une lettre l’informant que son offre de recrutement avait été annulée. Une large protestation publique a suivi, plus de 5000 universitaires décidant de boycotter l’université d’Illinois jusqu’à ce que le professeur Salaita soit réengagé.

La conférence de presse d’hier a attiré une foule importante avec des centaines de personnes débordant de la salle dans le hall. Les intervenants incluaient un représentant de l’organisation des employés diplômés (Graduate Employees’ Organization), des organisations étudiantes, le directeur des Études amérindiennes (American Indian Studies) Robert Warrior, le directeur du département d’anglais Michael Rothberg, la représentante légale du professeur Salaita, Maria LaHood du Centre pour les droits constitutionnels (Center for Constitutional Rights) et le professeur Steven Salaita lui-même.

LaHood a lancé la conférence de presse en soulignant que le cas du Dr Salaita soulevait des questions profondément importantes à propos de la liberté académique et du premier amendement [de la constitution des États-Unis, qui porte sur la liberté d’expression]. Elle a loué le boycott académique et les départements de l’UIUC (actuellement onze) qui ont voté « contre la confiance » à la chancelière Wise. Selon LaHood, ce qui arrive au professeur Salaita n’est qu’un exemple d’une tactique commune utilisée pour réduire au silence les critiques d’Israël : qualifier le soutien aux droits palestiniens et à la dignité humaine de « discourtois ». « Ce qui est en fait discourtois », a insisté LaHood, « c’est le meurtre de plus de 500 enfants, et le renvoi d’un professeur titulaire parce qu’il ose s’exprimer là-dessus ». LaHood, ainsi que tous les autres intervenants à la conférence de presse d’aujourd’hui, a appelé le Conseil d’administration et la chancelière Wise à défendre les principes de la liberté académique et à réengager le professeur Salaita.

L’intervention ciblée et forte du Dr Salaita insistait sur un message clair : la réaffirmation de son « engagement à enseigner et à [avoir] une position dans le programme des Études amérindiennes à l’UIUC ». Salaita et ses avocats ont répété que leur objectif n’était pas de poursuivre une action légale contre l’université, mais d’obtenir que la chancelière et le Conseil d’administration le réengagent. Cependant, il était clair que lui et son équipe juridique étaient préparés à lancer une procédure juridique pour forcer son réengagement si nécessaire.

Dr. Salaita a expliqué le profond impact que la décision de l’université a eu sur sa vie personnelle et professionnelle. Sa famille, a-t-il expliqué, n’a maintenant ni revenus, ni assurance maladie, et sa réputation a été gravement endommagée. Au-delà du coût personnel qu’il a payé, Dr. Salaita a déploré ce qu’il voit comme le risque de créer une « exception palestinienne » au premier amendement et à la liberté académique. Salaita a souligné la qualité de son dossier d’enseignement, disant qu’il a toujours été un éducateur collégial et dévoué, et qu’il reste plus engagé que jamais à contester les orthodoxies dominantes. « Comme nous disons dans ma profession, c’est une occasion propice à l’enseignement ».

Interrogé par un journaliste pour savoir s’il soutenait les plus de 5000 universitaires qui se sont engagés à boycotter l’université jusqu’à ce qu’il soit réengagé, Dr. Salaita s’est tu un moment. Après quelques instants de réflexion sérieuse, il a répondu : « Oui ». Le boycott, a-t-il expliqué, est une autre forme de discours et d’expression politique et fait partie de nos droits comme Américains et comme étudiants ou universitaires.

L’apparition du Dr Salaita a été saluée avec beaucoup d’enthousiasme. Chants, acclamations et applaudissements ont fréquemment interrompu son discours et ceux des autres intervenants. Un journaliste a demandé à Salaita pourquoi il voudrait retourner à l’UIUC malgré toute cette controverse et ces épreuves. Salaita a répliqué : « La réponse est dans cette salle ». Appelant la conférence de presse d’aujourd’hui « un des moments de [sa] vie dont il est le plus fier », Salaita a transmis ses remerciements à tous ses soutiens à l’UIUC et au-delà.

Dr. Salaita, son équipe juridique et les organisateurs étudiants et universitaires restent impliqués dans le réengagement du Professeur Salaita. Tous espèrent que la réunion jeudi du Conseil d’administration apportera de bonnes nouvelles.