Pourquoi l’Europe continue-t-elle à financer le profiteur de l’occupation qu’est Ahava ?

L’Union Européenne a rompu son engagement à cesser de financer des sociétés basées dans les colonies israéliennes illégales.

Il y a cinq ans, l’UE a publié une déclaration politique selon laquelle les entreprises israéliennes n’étaient pas éligibles aux subsides si elles avaient été installées dans les colonies de Cisjordanie.

Une de ces sociétés, la firme de cosmétiques Ahava, a néanmoins fait en sorte de participer à Horizon 2020, le dernier programme en date de recherche scientifique de l’Union. Elle est bénéficiaire d’un projet financé par l’UE à hauteur de 4,5 millions de dollars (3,8 millions €) sur l’utilisation de nanotechnologies pour le développement de nouveaux produits pour la peau.

Ahava a son siège dans la colonie de Mitzpé Shalem. Comme toutes les colonies israéliennes de Cisjordanie, Mitzpé Shalem a été construite en violation de la Quatrième Convention de Genève.

Il n’y a aucun doute sur le fait qu’Ahava y soit basée.

Me faisant passer pour un membre d’un groupe de lobbying pro israélien, j’ai contacté le bureau de Ahava de Mitzpé Shalem, disant que j’étais intéressé à y amener quelques acteurs politiques pour une visite du site.

La femme qui a pris mon appel a confirmé que Ahava gère un centre d’accueil de visiteurs à Mitzpé Shalem, avec un lieu de fabrication « derrière ». Quand j’ai demandé si c’était la principale usine de l’entreprise, elle a répondu : « C’est la seule usine de Ahava ».

Dérision

Il a été tellement simple pour moi de confirmer où est le lieu de fabrication de Ahava que certainement ces représentants intelligents de l’UE ont fait de semblables recherches. Mais en ont-ils fait ?

J’ai demandé à la Commission Européenne, qui administre Horizon 2020, pourquoi elle continuait à financer Ahava. La Commission a répondu que Ahava « avait satisfait aux contrôles initiaux sur la localisation de l’établissement via son adresse officielle ».

Cette adresse est une boîte postale proche de l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv.

La réponse de la Commission tourne en dérision sa propre politique.

Le texte de 2013 – généralement connu par le terme de « lignes directrices » - sur le financement d’activités israéliennes, a été élaboré parce que des militants de la solidarité avec la Palestine avaient reproché la participation de Ahava aux activités de recherche de l’UE.

Les lignes directrices reçurent une réponse mécontente du gouvernement de Benjamin Netanyahou. Le premier ministre israélien les a dénoncées comme « ordres de l’étranger sur nos frontières ».

Ne souhaitant pas objecter à Netanyahou autre chose que des platitudes, l’UE n’a pas fait de difficultés à Israël depuis la publication des lignes directrices.

Le prétexte que j’ai reçu cette semaine de la part de la Commission Européenne est identique à ceux que ses représentants avançaient lorsqu’ils étaient questionnés sur leur soutien à Ahava avant la publication du texte de 2013.

« L’adresse officielle » donnée par Ahava s’avère être la même que celle utilisée depuis des années dans les demandes de subventions à l’UE.

Des mots trompeurs

Des documents internes dévoilés sous le sceau des règles de la liberté de l’information, montrent que la Commission Européenne a déjà été alertée sur le fait que des entreprises et des institutions, actives en Cisjordanie, y compris à Jérusalem Est, donnaient des boîtes postales de l’intérieur d’Israël comme adresse officielle. Mais rien n’a été fait pour que cesse cette pratique.

La Commission m’a aussi dit cette semaine que Ahava ne peut pas mener de recherches en Cisjordanie financées par Horizon 2020. S’il s’avère, « après plus de vérification » que Ahava désobéit aux lignes directrices de 2013, la Commission a déclaré qu’elle « pourrait prendre des mesures appropriées ».

Ces sont des mots trompeurs. Dans quel autre lieu les représentants de l’UE s’attendent-ils à ce que Ahava travaille, à part Mitzpé Shalem où sa seule usine est située ?

Ahava n’est pas un simple fabricant de sels de bain et de crèmes hydratantes. La firme elle-même est un produit de crimes de guerre.

Jusqu’à récemment, les autorités de deux colonies israéliennes étaient parmi ses principaux actionnaires. Et elle a utilisé des ressources naturelles volées aux Palestiniens de Cisjordanie comme ingrédients de ses produits.

La vente récente de Ahava à une société chinoise n’altère pas la culpabilité de l’UE dans sa tolérance à un comportement illégal. Pas plus que les articles de presse spéculant sur l’éventualité du départ de Cisjordanie de l’entreprise.

L’accord entre Ahava et la firme Fosun de Chine a pris effet en février 2016. Ahava s’était joint au projet Horizon 2020 sur les nanotechnologies plusieurs mois avant – un fait qui n’a pas été noté par les media dominants.

L’Union Européenne a donc approuvé la participation de Ahava au projet à un moment où deux colonies israéliennes possédaient une bonne part de l’entreprise. La construction de ces colonies constitue un crime de guerre, et l’extraction de ressources naturelles d’un territoire occupé équivaut à du pillage.

La fin du projet sur les nanotechnologies est programmée pour le mois prochain. Cette histoire ne s’arrêtera pas là.

L’UE a très volontiers fait de ce programme scientifique une vache à lait pour de nombreuses sociétés et autorités publiques israéliennes directement impliquées dans l’assujettissement du peuple palestinien.

Les avertissements sur « l’éventualité » de mesures à prendre à un certain moment sont inadéquates et insignifiantes. La détermination de l’Europe à continue à financer Israël prouve qu’elle est solidaire de l’oppresseur.

|Formulaires et listes
Faire un don

Votre don à l’AURDIP nous permettra de financer nos activités, d’imprimer des documents, de publier des informations, et de faire campagne auprès des universitaires.
Faire un don

Newsletter