Plus de 600 universitaires et artistes appellent au démantèlement du régime d’apartheid en Palestine historique

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Plus de 600 universitaires, artistes et intellectuels de plus de 45 pays ont signé une Déclaration appelant au démantèlement du régime d’apartheid implanté sur le territoire de la Palestine historique, et à l’établissement d’un arrangement constitutionnel démocratique qui accorde et mette en œuvre pour tous les habitants de ce pays des droits et des devoirs égaux.

Les signataires incluent de nombreuses éminentes personnalités, notamment les lauréats du prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel et Mairead Maguire, les juristes universitaires Monique Chemillier-Gendreau et Richard Falk, les universitaires Étienne Balibar, Hagit Borer, Ivar Ekeland, Suad Joseph, Jacques Rancière, Roshdi Rashed et Gayatri Spivak, le chercheur en santé Sir Iain Chalmers, le compositeur Brian Eno, le musicien Roger Waters, l’écrivaine Ahdaf Soueif, l’économiste et ancien assistant secrétaire général de l’ONU Sir Richard Jolly, l’homme politique sud-africain et ancien dirigeant anti-apartheid Ronnie Kasrils et la militante canadienne pour la paix et ancienne dirigeante nationale du Parti vert du Canada Joan Russow.

La Déclaration affirme qu’« Israël a établi un régime d’apartheid sur le territoire entier de la Palestine historique, dirigé contre l’ensemble du peuple palestinien, qu’il a délibérément fragmenté ». Elle note qu’à travers l’adoption par la Knesset en 2018 d’une nouvelle Loi fondamentale, Israël lui-même ne cherche plus à dissimuler le caractère de son régime d’apartheid. Cela a été confirmé et documenté de manière exhaustive par des organisations de défense des droits humains mondialement respectées, telles Adalah, B’Tselem, Human Rights Watch, ainsi que dans l’étude de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale des Nations unies, qui souligne l’importance de définir l’apartheid israélien comme s’étendant aux personnes plutôt que de se limiter à l’espace.

Se fondant sur les conventions de l’ONU relatives aux droits de l’homme, et en particulier sur la Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid, les signataires « appellent au démantèlement immédiat de ce régime d’apartheid et à l’établissement d’un arrangement constitutionnel démocratique qui accorde et mette en œuvre pour tous les habitants de ce pays des droits et des devoirs égaux, sans aucune discrimination fondée sur la race, l’origine ethnique, la religion ou le sexe, et qui respecte et applique le droit international et les conventions sur les droits humains, et en particulier donne priorité au droit au retour longtemps différé des réfugiés palestiniens chassés de leurs villes et de leurs villages pendant et après la création de l’état d’Israël. ».

Les signataires de la Déclaration exhortent les puissances occidentales qui ont facilité et même subventionné pendant plus de sept décennies ce système israélien de colonisation, de nettoyage ethnique et d’apartheid « à cesser immédiatement leur complicité avec le régime d’apartheid d’Israël, à rejoindre l’appel à démanteler les structures d’apartheid et à les remplacer par une gouvernance égalitaire et démocratique qui traite chaque personne soumise à son autorité selon ses droits et dans le respect total de son humanité, et à faire cette transition d’une manière sensible au droit à l’auto-détermination dont jouissent les deux peuples habitant actuellement la Palestine historique ».

Richard Falk, professeur émérite de droit international à Princeton, et ancien rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, a déclaré :

« Le droit international impose aux gouvernements et aux institutions internationales, y compris les Nations unies, une obligation formelle d’exercer, de toute urgence, toute les pressions nécessaires sur Israël afin de démanteler l’apartheid et de rétablir les droits de l’homme des Palestiniens. Cette Déclaration, largement approuvée par tant de personnalités d’autorité morale, de dirigeants culturels, et d’experts en droit, est confirmée par les conclusions de rapports internationaux qui font autorité – lesquels fournissent les preuves accablantes que, par ses pratiques et ses politiques, Israël se rend coupable d’imposer un régime d’apartheid au peuple palestinien ».

Hagit Borer, professeure de linguistique à l’Université Queen Mary de Londres, a écrit :

« En tant que juive née israélienne, j’ai maintenant vécu environ 50 ans dans un mélange d’horreur et de douleur, celles provoquées par le panorama, sans cesse aggravé, de la brutalité meurtrière d’Israël et de son apartheid en expansion, sur fond d’un cynisme insensible de la part de la population juive-israélienne et de la facilitation à peine moins cynique des élites politiques occidentales. Je continue de nourrir l’espoir d’une société juste en Palestine historique, mais cette société juste ne peut survenir tant que les crimes contre les Palestiniens n’auront pas pris fin, et que leurs conséquences catastrophiques n’auront pas été réparées de manière appropriée ».

Étienne Balibar, professeur détenteur de la chaire anniversaire de philosophie européenne moderne à l’Université Kingston de Londres, a déclaré :

« Chaque jour, la situation créée par la poursuite de la Nakba en Palestine historique franchit de nouveaux seuils d’injustice et de violence. Il ne suffit pas d’exprimer de la sympathie pour le peuple palestinien. Il est surtout inacceptable de considérer le fait accompli comme une raison suffisante pour oublier les principes. L’apartheid est un crime selon le droit international et l’égalité des droits et de la dignité est la seule base sur laquelle une ‘solution’ peut être fondée, quelle que soit sa forme constitutionnelle. Ces principes doivent être réaffirmés, et leurs conséquences rendues obligatoires ».

Le professeur émérite de mathématiques et ancien président de l’Université Paris-Dauphine, Ivar Ekeland, a dit :

« Le démantèlement de l’apartheid en Afrique du Sud a montré qu’il est possible pour deux peuples, ayant des revendications différentes sur la terre, de surmonter l’injustice et la méfiance et de construire une nation. Laisser un régime d’apartheid prospérer en Palestine historique, ou d’ailleurs dans n’importe quelle partie du monde, revient à légitimer des violations flagrantes de la dignité humaine et à s’engager dans des cycles de répression toujours plus profonds, lesquels se retrouveront inévitablement dans nos propres pays. La démocratie est en jeu, non seulement pour les Israéliens et les Palestiniens, mais aussi pour nous ».

Notes

  1. La Déclaration sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid en Palestine historique est disponible ici.
  2. Des traductions de la Déclaration sont disponibles en arabe, anglais, espagnol et italien.
  3. La liste complète des 615 signataires est disponible ici.
  4. Contact : Ahmed Abbes, Jean-Marc Lévy-Leblond et Jonathan Rosenhead.