Plus de 1.000 universitaires signent une déclaration condamnant la liste noire de la ‘Mission Canari’

| Nada Elia pour Mondoweiss | Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |

Ces quelques dernières années, alors que le soutien aux droits des Palestiniens grandissait aux Etats Unis, des étudiants membres d’Étudiants pour la Justice en Palestine (Students for justice in Palestine - SJP) de tout le pays ont subi un intense harcèlement en ligne pour s’être clairement exprimés en faveur des droits des Palestiniens. Une certaine organisation, la Mission Canari, a mené de multiples attaques concertées contre des étudiants et des professeurs, envoyant des tweets à leurs employeurs potentiels, les traitant de « personnes haïssant les Juifs » et de « terroristes ».

Collèges et universités doivent défendre le droit des étudiants au libre échange d’idées, y compris la défense des droits des Palestiniens. Lorsqu’une organisation extérieure aux campus publie en ligne le nom, le visage, le réseau social, l’emploi et des informations pédagogiques d’étudiants , il est de la responsabilité directe des universités de protéger les étudiants contre ce harcèlement incendiaire organisé, qui menace aussi la sécurité physique des étudiants. Hélas, dans leur grande majorité, les administrateurs ont failli, ne serait-ce qu’à condamner la calomnie haineuse, comme lorsque le Centre de la Liberté David Horowitz a utilisé les profils d’étudiants de la Mission Canari pendant l’année universitaire 2015-16 pour rendre publics les noms des étudiants militants, pour la plupart musulmans/arabes/palestiniens, en les affichant sur les murs du campus, et pour les dénoncer comme « terroristes ».

Cependant, en dépit de ses efforts bien orchestrés, la Mission Canari a largement échoué dans son but recherché de nuire aux projets de carrière des étudiants ; à ce jour, nous n’avons connaissance d’aucun étudiant qui aurait été renvoyé ou refusé à l’embauche ou dans des études universitaires parce qu’il figurait sur la liste noire de la Mission Canari. Nous connaissons un exemple d’un employeur qui a même défendu des étudiants contre les attaques de la Mission Canari. Et un autre exemple, d’une association pro-palestinienne qui cherchait à embaucher des stagiaires « recrutés » sur la liste dressée par la Mission Canari, plaisantant sur le fait que quelqu’un d’autre avait fait le travail pour eux.

L’été dernier, avec quelques collègues du Collectif Organisateur de l’USACBI, je me suis mis, avec un groupe d’étudiants récemment diplômés, pour la plupart anciens membres de SJP, à collecter, dans l’ensemble des Etats Unis, les signatures d’universitaires qui s’opposaient à la liste noire de la Mission Canari. Plus de 1.000 professeurs, représentant quantité de points de vue sur Israël/Palestine, ont signé une déclaration insistant sur le fait que la Mission Canari n’a rien à faire sur les campus universitaires et ne devrait pas être prise au sérieux par les départements de l’université lors de l’évaluation pour admission des étudiants potentiels. Vous trouverez cette lettre ci-dessous. Pour voir la liste des signataires et pour signer vous même, aller sur againstcanarymission.com.

Des professeurs d’université condamnent la liste noire de la Mission Canari

En tant que professeurs qui travaillent, ont travaillé ou sont susceptibles de travailler dans les commissions d’admission aux programmes universitaires de premier et deuxième cycle dans tout le pays, nous affirmons sans équivoque qu’il ne faudrait pas se fier au site de la Mission Canari comme source d’informations pour évaluer les qualifications à l’admission des étudiants. Nous condamnons la Mission Canari en tant que tentative pour intimider et mettre sur liste noire des étudiants et des professeurs qui demandent justice pour les Palestiniens.

La Mission Canari est une initiative destinée, via un site internet et un réseau social, à diffamer étudiants, professeurs et militants communautaires pour les droits des Palestiniens, comme extrémistes, antisémites et sympathisants du terrorisme. En publiant les noms, les comptes sociaux, la carrière et autres informations personnelles sur ces étudiants militants, la Mission Canari pousse une petite communauté en ligne de défenseurs d’Israël à harceler et à menacer ces militants. Durant ces six dernières semaines, le site internet de la Mission Canari, âgé maintenant de deux ans, a ajouté plus de 100 nouveaux étudiants sur sa liste noire. Au moment ou nous écrivons, pendant la première moitié de 2016, la Mission Canari a, à plus de 30 occasions, tweeté le nom d’employeurs afin de pousser leurs suiveurs à intimider les étudiants. Dans quelques cas, la Mission Canari a également contacté les écoles supérieures envisagées par les étudiants, prétendant sans preuve que ces étudiants étaient antisémites, terroristes, ou les deux. Le but de leur campagne est de se servir de la peur et de l’intimidation pour pousser les militants à mettre fin à leur défense des droits de l’Homme. Bien que les fondateurs de la Mission Canari restent anonymes, on a trouvé un lien avec, et une utilisation par, des individus aussi largement connus que Daniel Pipes et David Horowitz, qui ont été étiquetés comme pourvoyeurs de discours haineux par le Southern Poverty Law Center (association américaine de surveillance de l’extrême droite).

Bien que, individuellement en tant que professeurs, nous ayons toute une variété de points de vue sur Israël-Palestine, nous reconnaissons que la défense par les étudiants des droits fondamentaux des Palestiniens n’est pas intrinsèquement antisémite, et que cette défense représente une forme respectée et protégée de liberté d’expression bienvenue sur les campus des collèges. Nous dénonçons les tactiques McCarthyistes utilisées par la Mission Canari. Le but de la Mission Canari est de nuire à l’avenir de ces étudiants et de les punir pour les bons principes de leur militantisme pour les droits de l’Homme. Nous exhortons nos collègues des admissions, ainsi que les administrateurs des universités et tous les autres, à nous rejoindre en signant et en s’élevant contre la brutalité de ces intimidations et les tentatives pour empêcher l’engagement civique et la liberté d’expression.

Pour voir la liste des signataires et pour signer vous même, aller sur againstcanarymission.com.

Nada Elia est une universitaire militante, écrivaine et organisatrice populaire palestinienne, qui termine actuellement un livre sur le militantisme de la diaspora palestinienne.