Pedro Almodovar, Tilda Swinton, Mark Ruffalo exigent « une totale responsabilité » pour l’assassinat d’une journaliste palestinienne

| Scott Roxborough pour The Hollywood Reporter | Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |

La lettre, signée par 126 artistes, dont Ken Loach, Mike Leigh et Jim Jarmusch, condamne également l’attaque de la police israélienne sur les personnes en deuil aux obsèques de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh.


Pedro Almodovar présent pour une séance de photos alors qu’il reçoit le Lion d’Or pour l’ensemble de son œuvre au 76ème Festival du Cinéma de Venise à la Sala Grande le 29 août 2019 à Venise, Italie.

Pedro Almodovar, Susan Sarandon, Ken Loach, Mike Leigh, Tilda Swinton, Mark Ruffalo, Asif Kapadia, Miriam Margolyes, Boots Riley, Jim Jarmush, Steve Coogan, Naomi Klein, Hany Abu Assad et Peter Gabriel font partie d’un groupe de 126 artistes qui ont apposé leur nom sur une déclaration qui appelle à « des mesures significatives pour garantir la responsabilité pour l’assassinat de Shireen Abu Akleh et de tous les autres civils palestiniens ».

Journaliste palestino-américaine très bien connue et immensément respectée, qui travaillait pour Al Jazeera depuis 25 ans, Abu Akleh a été visée et tuée par balle alors qu’elle couvrait un raid de l’armée israélienne sur Jénine en Cisjordanie. Sa mort, qui a été imputée aux forces israéliennes à la fois par les témoins visuels et Al Jazeera, ainsi que la violence qui a explosé lors de ses funérailles à Jérusalem Est quand la police israélienne a attaqué les personnes en deuil et les porteurs du cercueil, a provoqué la condamnation du monde entier.

Voilà ci-dessous la totalité de la lettre publiée par Artists for Palestine U.K. :

« Nous sommes profondément troublés par l’assassinat par les forces d’occupation israéliennes de la journaliste palestinienne grandement respectée Shireen Abu Akleh, alors qu’elle arrivait mercredi dernier, revêtue d’un gilet clairement identifié Presse, pour faire un reportage sur une incursion israélienne dans la ville occupée de Jénine. Alors que nous pleurons sa perte, nous demandons que les auteurs de ce crime et tous ceux qui ont été impliqués dans son autorisation répondent entièrement de leur acte.

L’attaque par les forces israéliennes lourdement armées sur les personnes endeuillées nous a par ailleurs consternés et scandalisés. Les soldats ont battu et frappé à coups de pieds les personnes endeuillées et les porteurs du cercueil sur le terrain de l’Hôpital St. Joseph à Jérusalem occupée, pour les empêcher de transporter le cercueil d’Abu Akleh et de défiler jusqu’à l’église où était prévu le service funèbre.

Que pouvons nous faire de l’impudence et de la cruauté de cette attaque contre la dignité humaine ?

L’assassinat de Shireen Abu Akleh est une grave violation du droit humanitaire international et une agression contre le journalisme et la liberté d’expression. L’ONU et des experts internationaux des droits de l’homme ont dit que cela peut constituer un crime de guerre et devrait être soumis à une enquête internationale indépendante et transparente. Toutefois, c’est loin d’être un événement indépendant.

Les forces israéliennes ont tué 45 journalistes depuis 2000, en blessant beaucoup plus, simplement parce qu’ils faisaient leur travail. Ces crimes font partie d’un schéma de violence, de harcèlement et d’intimidation contre les journalistes palestiniens qui font la lumière sur ce que Amnesty International, Human Rights Watch et la principale organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem, ont décrit comme un régime d’apartheid imposé au peuple palestinien.

Depuis de nombreuses années, les associations palestiniennes des droits de l’homme et de la société civile ont appelé la communauté internationale à prendre des mesures proportionnelles et spécifiques pour tenir Israël responsable de ses crimes et pour mettre fin à son impunité. Nous soutenons entièrement cet appel.

Quand la politique israélienne viole de façon flagrante les lois et les normes internationales, c’est parce que les puissances occidentales lui ont constamment fourni une couverture diplomatique pour pouvoir agir ainsi. On n’a pas pu ignorer que, tandis que nos gouvernements se sont précipités pour imposer des boycotts et des sanctions généralisées en réponse à l’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie et la cruauté de ses agressions sur la population civile, les mêmes gouvernements continuent de financer et de protéger une occupation de plusieurs décennies et les graves violations des droits de l’homme contre les Palestiniens.

Et pendant ce temps, nos gouvernements prennent des mesures antidémocratiques pour réprimer les campagnes non violentes de pression menées par leurs propres citoyens pour faire rendre compte à Israël et aux sociétés et institutions qui sont complices de son régime d’oppression.

Nous appelons nos gouvernements à mettre fin à leur hypocrisie et à agir avec cohérence pour faire appliquer le droit international et les droits de l’homme. Nous les appelons à prendre des mesures significatives pour assurer la responsabilité pour l’assassinat de Shireen Abu Akleh et de tous les autres civils palestiniens. Il ne doit pas y avoir de double standard lorsqu’il s’agit du droit fondamental à échapper à la persécution et à l’oppression et du droit à la vie et à la dignité. »