Nouvelle tactique désespérée d’Israël contre les boycotts universitaires qui se multiplient

| PACBI | Traduction BP pour l’AURDIP |

Au cours des dernier mois, des groupes partisans d’Israël se sont démenés pour délégitimer, démobiliser et démystifier le mouvement BDS qui est en progression et ce, en vain. Grâce à des fuites de courriels entre lobbyistes pro-Israël et administrateurs d’universités israéliens, de même qu’à l’action diligente de militants universitaires qui communiquent avec PACBI, nous avons appris qu’une certaine stratégie et qu’un vaste réseau lobbyiste étaient utilisés par Israël pour délégitimer le mouvement, et plus particulièrement sur le front universitaire. Cette stratégie cherche à instrumentaliser les citoyens palestiniens d’Israël pour servir la guerre de propagande israélienne contre le mouvement BDS, en utilisant cyniquement – et de façon absolument simpliste – le fait que cette communauté utilise les différents services de l’État, comme ceux de la santé, de l’enseignement, de la sécurité sociale et d’autres, pour réfuter l’argument selon lequel Israël est un État d’apartheid.

Cette initiative désespérée par Israël et ses établissements universitaires montre que désormais les courants dominants dans les institutions universitaires israéliennes et les cercles gouvernementaux reconnaissent que le boycott universitaire d’Israël, qu’il soit annoncé ou « silencieux », et le BDS en général, ont atteint un niveau charnière, contre lequel ont d’ailleurs récemment mis en garde l’ancien Premier ministre Ehud Barak et l’ancien chef du Mossad, Shabtai Shavit.

Les groupes de pression pro-Israël utilisent trois tactiques relativement nouvelles dans cette stratégie, en plus d’une batterie de tactiques plus anciennes, dont les plus saillantes restent l’intimidation et le harcèlement. La première consiste à collecter et à diffuser des statistiques sur la participation palestinienne dans l’enseignement supérieur afin de montrer combien les universités israéliennes sont censément des espaces « libéraux », qui ne pratiquent aucune discrimination envers les Palestiniens, comme si de simples chiffres pouvaient dissimuler la politique raciste répugnante et l’environnement répressif qui prévalent dans le monde universitaire d’Israël. La deuxième tactique consiste à trouver des universitaires palestiniens, dans des universités israéliennes, pour inviter des universitaires internationaux à des conférences universitaires boycottables, organisées en Israël. Une telle tactique rend plus difficile pour les universitaires internationaux de décliner ces invitations au motif que cela nuirait aux universitaires palestiniens. La troisième consiste à demander à des universitaires internationaux de faire la critique des travaux d’étudiants palestiniens dans les universités israéliennes. Chacune de ces trois tactiques cherche à montrer à la communauté internationale qu’un boycott universitaire d’Israël porte « préjudice aux universitaires et étudiants palestiniens », en premier lieu.

Cette stratégie israélienne est hypocrite, au mieux, raciste, au pire. Plagiant copieusement la propagande de l’apartheid sud-africain, elle présente l’État d’apartheid israélien comme le protecteur des intérêts palestiniens, soucieux de l’enseignement supérieur palestinien, et préoccupé du mal qu’un boycott pourrait causer à ces Palestiniens. Elle joue sur les conséquences et les dommages non intentionnels supportés par les Palestiniens, afin de légitimer les institutions universitaires israéliennes. Dans ce scénario, ce qui nuit aux Palestiniens, ce n’est pas le système israélien d’oppression coloniale à plusieurs niveaux, mais plutôt la résistance palestinienne à cette oppression, incluant BDS. Le milieu universitaire bienveillant d’Israël est décrit comme le sauveur, le civilisateur même, de ces pauvres « Arabes » non civilisés.

Ces tactiques doivent être exposées comme profondément racistes et dénoncées, afin de soutenir efficacement les citoyens palestiniens d’Israël qui pourraient être contraints parfois, soit directement soit indirectement, de miner les lignes directrices du BDS et d’être l’arbre qui cache la forêt d’universités d’apartheid d’Israël. L’incapacité à amener les Palestiniens à se comporter de la sorte pourrait déclencher toute la colère du pouvoir institutionnel israélien qui, aujourd’hui, est de loin plus répressif, raciste et draconien que jamais.

Les près de 1,5 million de Palestiniens aujourd’hui citoyens de l’État d’Israël sont ces Palestiniens, originaires du pays, qui ont réussi à rester ancrés dans leur terre patrie pendant les campagnes de terrorisme et de nettoyage ethnique parfaitement programmées et violemment exécutées par les milices sionistes, et plus tard, par l’État lui-même, pendant la Nakba de 1948. Vivant sous un régime de discrimination raciale institutionnalisé et légalisé par plus de 50 lois racistes, et qui répond par conséquent à la définition des Nations-Unies pour le crime d’apartheid, les citoyens palestiniens d’Israël n’ont d’autre choix que d’utiliser les services – la plupart du temps en seconde classe – qu’ils peuvent obtenir de l’État et de ses organes. Le fait qu’ils soient citoyens et contribuables leur donne accès à ces services, de droit, et non par charité de l’État.

À l’instar des Noirs sous l’apartheid sud-africain, malgré de nombreuses différences, les citoyens palestiniens d’Israël sont confrontés à une discrimination raciale bien établie et méthodique et à la privation de leurs droits dans tous les domaines essentiels, dont l’enseignement. Dans une étude remarquable de 2001, très justement nommée « Seconde classe : discrimination envers les enfants arabes palestiniens dans les écoles d’Israël », Human Rights Watch révèle :

« Les obstacles auxquels sont confrontés les élèves arabes palestiniens, de la maternelle à l’université, fonctionnent comme une succession de tamis dont le maillage est à chaque fois plus fin. À chaque stade, le système éducatif filtre une proportion plus élevée d’étudiants arabes palestiniens que d’étudiants juifs. Les enfants qui se sont vu refuser l’accès à l’école maternelle sont moins bons à l’école primaire. Les enfants dans des écoles délabrées, éloignées, aux ressources insuffisantes, ont un taux d’abandon plus élevé. Les enfants qui optent pour une formation professionnelle sont souvent limités à une préparation pour des métiers comme "menuisiers, machinistes, ou mécaniciens de garage", comme l’a déclaré un directeur d’école à Human Rights Watch ».

Il sera tout à fait intéressant de voir par quelle gymnastique la « hasbara » (propagande) israélienne devra passer pour présenter les chiffres autrement qu’ils seront en réalité. Adalah, importante organisation pour les droits humains palestiniens en Israël, décompose les nombres de diplômés par niveau, domaine d’études et groupe de population, montrant comment les Palestiniens sont gravement sous-représentés dans les universités, avec un nombre décroissant à chaque niveau successif. Le tableau suivant nous raconte une bien triste histoire :

Degré

Ingénierie et architecture

Sciences et mathématiques

Médecine

Droit

Groupe de population

Juifs %

Arabes %

Juifs %

Arabes %

Juifs %

Arabes %

Juifs %

Arabes %

Premier degré

90.0%

6.0%

85.3%

9.5%

79.3%

19.7%

92.4%

6.7%

Deuxième degré

91.6%

3.1%

92.9%

3.3%

86.6%

12.3%

94.8%

4.7%

Troisième degré

91.7%

2.5%

95.1%

2.1%

93.1%

4.1%

96.9%

3.1%

Le rapport poursuit en disant que depuis 2007, les Palestiniens représentent « 1,2 % de tous les universitaires employés par les universités et collèges israéliens dans des postes titulaires ou menant à la titularisation, et qu’ils ont perçu, en moyenne, un salaire inférieur de 50 % à celui de leurs homologues juifs. »

Ce n’est là qu’une partie de l’histoire alors que le système d’apartheid discrimine la communauté palestinienne à travers la terre, le mariage, et les pratiques de scolarisation, et qu’il s’infiltre dans tous les autres domaines de la vie. Mais quand vient le moment d’entrer en université, les Palestiniens ont déjà été éliminés du système. Autoriser ce petit pourcentage de Palestiniens en enseignement supérieur rentre, en fait, dans l’architecture complexe de l’apartheid pratiquée par l’État israélien, qui joue sur ces apparences pour cacher l’oppression et apparaître comme démocratique.

Pour ceux qui pourraient prétendre que le boycott nuit aux rares Palestiniens dans les institutions israéliennes, pour PACBI il est clair que nous appelons aux boycotts des universités israéliennes et de tous les évènements et activités qu’elles organisent, sans considération de qui les organisent, citoyens palestiniens d’Israël ou Israéliens juifs. Le boycott auquel nous appelons est institutionnel et il cible les universités, indépendamment de l’ethnie, de la religion et de tout autre attribut identitaire de ceux qui ont à charge d’organiser les activités qui vont à l’encontre des directives BDS. Il serait tout à fait étrange qu’Israël tente d’utiliser cette position non discriminatoire pour prétendre que le boycott nuit aux Palestiniens.

Effectivement, certains aspects du boycott institutionnel affecteront, par inadvertance, non intentionnellement, des universitaires en tant que personnes, tant des citoyens palestiniens que des citoyens juifs. Cela est inévitable dans tout boycott institutionnel, partout. Comparez cela au boycott global de l’apartheid sud-africain de tous les universitaires, et vous verrez que l’appel palestinien au boycott est nettement plus nuancé et résolument moins préjudiciable pour les personnes. En tout cas, en Afrique du Sud, l’argument selon lequel il ne fallait pas boycotter les institutions de l’apartheid parce qu’un tel boycott nuirait aux Sud-Africains noirs, cet argument a été totalement réfuté par la direction, les syndicats et les mouvements sociaux noirs qui ont fait valoir, unanimement, que le réel « préjudice » pour la communauté noire venait de l’apartheid, pas du boycott ni des autres formes de résistance contre lui. Si Israël et ses institutions universitaires d’apartheid sont si inquiets, alors ils savent qu’ils peuvent mettre un arrêt au « préjudice des Palestiniens », en mettant fin au régime d’occupation, au colonialisme de peuplement, et à l’apartheid. Ceci écarterait, effectivement, le boycott.