« Mort, je ne t’aime pas » - dernier poème de Samih al-Qasim

| Patrick Strickland pour The Electronic Intifada | Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |

Le soleil d’été cognait fort ce jeudi 21 août alors que des milliers de Palestiniens entamaient une marche silencieuse dans al-Rama pour honorer le poète et militant Samih al-Qasim récemment décédé.

Al-Qasim, 76 ans, qui se battait depuis trois ans contre un cancer, est mort mardi soir, 19 août.

Des pancartes reproduisant des vers tirés des poèmes d’al-Qasim et des drapeaux palestiniens s’agitaient au-dessus de la foule en marche, jusqu’au principal amphithéâtre de la ville. Des parents d’al-Qasim, d’importantes personnalités religieuses et des politiques, tous se sont exprimés.

Adham Toubie, 18 ans, lui aussi d’al-Rama, a dit que la mort d’al-Qasim est une « lourde perte » pour les Palestiniens, où qu’ils soient. « Tout le monde connaît sa loyauté envers la Palestine et envers l’identité arabe », a-t-il dit à The Electronic Intifada.

Emprisonné

Né en 1939 en Jordanie, al-Qasim a été élevé et a vécu la majeure partie de sa vie à al-Rama, ville palestinienne du nord de la Galilée, aujourd’hui région d’Israël.

Alors jeune homme, il a été emprisonné plusieurs fois pendant les 18 ans de législation militaire imposée aux citoyens palestiniens d’Israël après la Nakba de 1948, nettoyage ethnique de la Palestine.

Après qu’une minorité de chefs religieux Druzes ait conclu un arrangement avec le gouvernement d’Israël en 1956, les hommes druzes furent appelés à servir dans l’armée d’Israël. Né dans une famille druze, l’objection de conscience d’al-Qasim le conduisit pour la première fois en prison au début des années 1960.

Mais son inlassable militantisme en tant que membre du Parti Communiste – à l’époque, seul groupe politique non-sioniste – l’amena à plusieurs reprises derrière les barreaux et en résidence surveillée, plus particulièrement quand, avec d’autres communistes, ils furent emprisonnés pendant la guerre de 1967.

Refusez, Votre Peuple Vous Soutiendra, groupe qui faisait campagne pour l’objection de conscience, envoya une délégation aux obsèques pour témoigner son estime pour la vie et l’oeuvre d’al-Qasim.

Toubie, dernière personne à rejoindre Refusez, a expliqué que « la vie (d’al-Qasim) est la preuve » qu’il « n’y a aucune contradiction entre être Palestinien et être Druze ».

« Sa vie et sa poésie sont toutes deux un exemple pour nous », a ajouté Toubie. « Grâce à lui, nous pouvons aujourd’hui refuser de servir dans l’armée d’occupation. »

Toubie devrait commencer son service militaire obligatoire en mars 2015. Il a l’intention de se rendre de lui-même en prison « plutôt que de se tenir à un checkpoint à Ramallah ou à Jenine et d’opprimer son peuple », a-t-il dit.

« La plus grande tragédie de Palestine »

Un des moments les plus impressionnants de ces obsèques fur l’arrivée d’une délégation syrienne des Hauteurs du Golan occupées par les Israéliens. Des douzaines d’hommes et de femmes de la communauté religieuse druze brandirent des drapeaux palestiniens et syriens en défilant jusqu’à l’amphithéâtre et chantèrent en chœur. Ils disaient :

Ton âme revient à Damas, en Syrie

La Syrie continue à vivre à la lueur de ta poésie

Les Arabes ont oublié le Golan et la Palestine

La Syrie dit encore que ta terre revient

Oh Samih, symbole de culture et de littérature

Ton départ est la plus grande tragédie de Palestine

« Mort, je ne t’aime pas »

Une grande partie de la poésie d’al-Qasim était notoirement palestinienne, nationaliste et anti-colonialiste. Des œuvres moins connues traitaient de l’amour et des épreuves de la vie quotidienne. Dans son dernier poème, il s’est adressé directement à la mort.

Mort, je ne t’aime pas

Mais je ne te crains pas

Et je sais que mon corps est ta couche

Et mon esprit ton couvre-lit

Je sais que tes berges me sont étroites

Mort, je ne t’aime pas

Mais je ne te crains pas.

Al-Qasim, « poète résistant » de Palestine, a laissé l’oeuvre littéraire et politique de toute une vie qui continuera à inspirer le combat contre le régime israélien qui poursuit sans fin occupation, colonisation et nettoyage ethnique.

Livres en français

Je t’aime au gré de la mort, poèmes de Samih al-Qâsim traduits par Abdellatif Laâbi, Éd. Unesco/Éditions de Minuit, Paris, 1988, (ISBN 2707311715).

Une Poignée de lumière, poèmes, trad. de l’arabe par M. S. Yamani, éd. Circé, 1997. (ISBN 2-84242-033-0).

Vidéos

Taqadamou un poème de Samih al-Qasim

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Katr El Nada un poème de Samih al-Qasim chanté par Marcel Khalifa