Liberté d’expression et justice : défendre les droits du mouvement BDS


Jana Tamini, une journaliste en herbe de 10 ans du village Nabi Saleh dans les territoires palestiniens occupés, m’a demandé au cours de la dernière conférence du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) pour les droits palestiniens, tenue à Ramallah en avril : « vues les terribles menaces israéliennes qui s’accumulent dernièrement contre BDS, comment pouvons-nous garder en vie l’espoir qu’il nous donne ? » Jana se référait aux menaces officielles à peine voilées contre le mouvement.

Jana est la cadette de plusieurs générations de sa famille qui pendant des années ont protesté pacifiquement pour être libérés de l’occupation israélienne et contre les empiétements des colonies illégales construites sur les terres de son village. Ces dernières années, les plus jeunes générations des Palestiniens comme Jana, qui ont vécu toute leur vie sous l’occupation et sous le spectre d’un interminable processus de « paix », ont vu dans le mouvement BDS un nouvel espoir pour les droits palestiniens.

J’ai répondu sans hésitation « Ta question même nous donne l’espoir et la détermination pour continuer ».

Nous maintenons cet optimisme face a la montée des attaques contre BDS, particulièrement aux USA, où le gouvernement israélien et les groupes de pressions ont intensifié les efforts pour le supprimer. La dernière attaque est venue du gouverneur de l’État de New York Andrew Cuomo, qui a publié récemment un décret exigeant que les agences et autorités de l’État désinvestissent de toute société ou entité considérée comme soutenant BDS.

L’American Civil Liberties Union (ACLU) a dénoncé l’ordre, disant que « non seulement il menace de punir une expression politique protégée par la Constitution mais il exige aussi que l’État de New York établisse une liste noire des alliés du mouvement ».

Le décret de Cuomo a court-circuité un projet de loi de l’État de New York ayant le même but, qui avait été bloqué au Parlement suite à l’opposition de la vaste Freedom to Boycott Coalition, qui l’avait décrit comme « maccarthyste, antidémocratique et inconstitutionnel ».

Les mesures anti-BDS similaires adoptées par un certain nombre de parlements d’État surviennent dans le contexte d’une nouvelle stratégie de haut en bas adoptée par Israël depuis 2014 pour remplacer sa stratégie ratée précédente consistant à écarter le mouvement ou à le combattre par de la “bataille d’image”.

Au final, l’intention d’Israël est de coloniser non seulement notre terre mais aussi nos esprits, en semant dans nos consciences la futilité de l’espoir et l’impossibilité de résister à son ordre hégémonique et injuste. L’espoir, après tout, peut-être contagieux. Malgré des décennies de dépossession, d’occupation et de brutalité, les Palestiniens n’ont pas abandonné ; nous continuons de résister à l’oppression et de faire valoir notre quête pour des droits égaux pour tous les humains. C’est précisément pourquoi Israël tente désespérément d’écraser le mouvement BDS qui donne vigueur aux aspirations palestiniennes par son efficacité à exposer nos droits bafoués et à indiquer une voie non-violente pour les réaliser.

Lancé en 2005 par la plus large coalition de la société civile palestinienne, le BDS appelle à la fin de l’occupation israélienne de 1967, à mettre fin à la discrimination raciale institutionnalisée, qui correspond à la définition de l’apartheid par l’ONU, et à soutenir le droits des réfugiés palestiniens à revenir dans les foyers et les terres d’où ils ont été déracinés et dépossédés depuis 1948.

Voyant le soutien à des mesures liées aux BDS se répandre parmi les Eglises, les sénats étudiants, les associations académiques, les syndicats, les groupes pour la justice raciale et les réseaux LGBTQ, Israël a commencé à reconnaître l’impact « stratégique » du mouvement.

Rien que ces derniers mois, un effet domino s’est engagé, avec de grandes multinationales comme Veolia et Orange se retirant des projets israéliens qui violent les droits humains palestiniens, à la suite de campagnes BDS contre elles.

D’après un sondage publié en décembre dernier par la Brookings Institution, 49 % des Démocrates soutiendraient des sanctions économiques ou une action plus sérieuse contre Israël à cause de la construction des colonies. Le pourcentage de ceux de la génération Y qui sympathise plus avec les Palestiniens a triplé ces 10 dernières années, et le soutien des Démocrates libéraux aux droits des Palestiniens est à 40 % – le plus élevé en 15 ans.

Le soutien juif au BDS s’est remarquablement accru parmi les universitaires, les artistes et les étudiants. Un sondage d’un lobby pro israélien révèle par exemple que 46 % des hommes juifs américains non-orthodoxes soutiennent un boycott complet d’Israël pour mettre fin à ses violations des droits humains.

Ce que nous disent ces chiffres, c’est que les rangs des Américains qui ne sont plus prêts à financer tranquillement l’occupation israélienne et la négation des droits palestiniens sont en augmentation, particulièrement parmi ceux qui partagent avec nous le principe que tous les humains ont droit à des droits égaux, quel que soit leur identité.

Mais BDS ne peut pas s’attribuer tout le mérite de l’isolement croissant d’Israël. Le comportement même d’Israël y est pour beaucoup, comme le président Obama l’a averti dès 2013.

L’élection en 2015 du “gouvernement le plus raciste” d’Israël a involontairement amplifié le soutien aux droits palestiniens et aux tactiques du BDS pour y parvenir. Il y a à peine quelques semaines, le grand rabbin d’Israël pour la communauté sépharade a appelé au nettoyage ethnique des « non-juifs » de la « terre d’Israël ».

De hautes personnalités politiques et militaires israéliennes sont très inquiètes de la descente d’Israël dans cet abîme. Ehud Barak, un ancien premier ministre, a dit qu’Israël a été « infecté par les germes du fascisme », tandis que le chef d’état-major adjoint, le Maj. Gen. Yair Golan, a comparé les « tendances révoltantes » dans la société israélienne à l’Allemagne nazie d’avant le génocide.

Pourtant, Israël continue de jouir de l’impunité, et les USA et l’Europe continuent de le protéger de toute responsabilité, en soutenant ses efforts effrayants pour malmener et intimider ceux qui font campagne pour les droits palestiniens par les tactiques non-violentes du BDS.

Mais le BDS, comme chemin vers la liberté la justice et l’égalité pour les palestiniens, continue de fleurir dans les cœurs et les esprits autour du monde, comme l’ont fait le mouvement pour les droits civils aux USA et la lutte antiapartheid en Afrique du Sud.

J’ai confiance qu’après que Jana Tamini aura lu ceci, elle réalisera que nous ne sommes pas seuls. Elle sera même plus optimiste, inébranlable et joliment motivée. Le moment le plus sombre est celui qui précède la lumière.