Lettre ouverte de l’USACBI au président de l’Université de Point Park, Paul Hennigan


Le Collectif d’organisation de la Campagne américaine pour le boycott académique et culturel d’Israël (USACBI) vous écrit pour répondre à votre récent éditorial dans la Pittsburg Jewish Chronicle, où vous affirmez l’opposition de principe de l’Université de Point Park à toutes les formes de discrimination, y compris l’antisémitisme, et que vous déclarez, en l’absence de tout esprit critique, « inclure un soutien au mouvement BDS ». Nous contestons cette interprétation. Comme pour toute lutte significative à l’encontre d’une oppression, BDS est engagé dans un intersectionnalisme indispensable qui manque à votre propre réponse.

Votre édito réagit aux critiques des membres de la communauté juive à propos du report de la Parade musicale ; et de celui du procès engagé par Channa Newman, professeure, dans lequel elle accuse l’Université de Point Park (PPU) de harcèlement sur son âge, sa race, son origine nationale, sa religion et son sexe. En défendant la PPU contre les accusations d’antisémitisme, vous assimilez à tort le soutien au mouvement BDS à de l’antisémitisme, condamnant les deux au nom de l’engagement permanent de l’université pour la diversité et l’intégration.

Nous condamnons avec force cette interprétation du mouvement BDS, dans laquelle vous ignorez sa demande centrale de principe et inclusive pour « que les Palestiniens possèdent les mêmes droits que le reste de l’humanité ». Votre mauvaise interprétation introduit la logique destructrice où les droits de l’homme sont réduits à un jeu sans gagnant ni perdant. Ce faisant, votre édito fomente la discrimination et la dissension mêmes auxquelles vous dites être opposé. On pourrait plutôt poser la question : « que dit-il d’Israël si exiger des droits égaux pour tous ses citoyens, et la justice pour celles et ceux dont il occupe la terre, est une menace pour ce pays ? ».

Dans votre empressement à défendre votre université contre les accusations d’antisémitisme, vous ne tenez aucun compte des questions de violence coloniale, de racisme et de violence sexuelle, et vous les opposez implicitement à l’antisémitisme. En tant que membres du Collectif d’organisation de l’USACBI, nous insistons sur le fait que ces formes d’oppression doivent être abordées dans le cadre d’un intersectionnalisme et qu’il est d’autant plus urgent de le faire pendant une pandémie qui est à la fois mondiale et qui, dans son impact inégal, intensifie des formes quotidiennes de violence et d’oppression, tout en mettant ces conditions préexistantes hors d’actualité.

Alors que vous cherchez surtout à convaincre vos lecteurs que ni vous ni l’université êtes antisémites, voici quelques-unes des choses que vous négligez :

Vous éludez la question de savoir comment ou pourquoi l’université n’était pas prête à regarder la Parade. Cette comédie musicale, qui reprend une affaire où un homme juif est accusé du viol et du meurtre d’une fillette de 13 ans, émet dans sa conclusion l’hypothèse (non démontrée) que le véritable coupable était un gardien noir. Vous négligez d’indiquer que les étudiants en théâtre qui avaient trouvé que le contenu de la comédie musicale était raciste ont fait pression sur la PPU pour qu’elle reporte la représentation, et que sur les 20 membres du département de théâtre il n’y avait aucun Noir et seulement un ou deux enseignants de couleur. Nous notons que votre préoccupation concernant l’antisémitisme ne s’accompagne nulle part d’une expression d’inquiétude à propos du racisme anti-Noir, ou des problèmes de classe, de sexe, et de violence sexuelle à l’œuvre dans cette pièce.

L’éditorial saute brusquement de la discussion sur la Parade au procès intenté par une professeure de l’université, Channa Newman, contre la PPU. Dans ses conclusions de plus de 130 pages qu’elle a déposées, Newman dénonce au titre IX les accusations portées contre elle et, qui, selon elle, ont eu des conséquences qui perdurent alors qu’elle a été disculpées desdites accusations. Qu’elle refuse de considérer ces conséquences comme alimentées par autre chose que de l’antisémitisme et d’un militantisme lié au BDS est conforme à sa tendance de se voir uniquement comme une victime de l’antisémitisme, ce qui éclipse et efface tout le reste. Survivante de l’Holocauste, Newman a incontestablement enduré un antisémitisme profondément atroce. Mais en ne parvenant pas à faire la distinction entre l’antisémitisme génocidaire perpétré par les Nazis et une solidarité avec le peuple palestinien, elle perpétue une logique raciste et coloniale qui ne voit pas dans les Palestiniens un peuple qui résiste à sa dépossession, à son déplacement, à un siège médiéval, et à l’occupation illégale de sa terre. Au lieu de cela, elle classe toutes celles et ceux qui participent à la lutte pour la justice et la liberté en Palestine comme des gens nourris par une haine infondée de « tous les juifs », plutôt que par une opposition au sionisme, qu’il soit juif ou chrétien, laïc ou athée. En effet, la communauté juive est elle-même divisée à propos du BDS, beaucoup d’éminents membres du clergé et militants soutenant pleinement ce mouvement de solidarité avec la Palestine.

En tant qu’organisation engagée dans le BDS, et à la lumière de votre propre engagement pour la diversité et l’inclusion, nous vous exhortons à tendre la main aux membres de la communauté de la PPU, ainsi qu’aux membres de l’USACBI, dont l’attention déterminée à l’intersectionnalisme dit non à l’antisémitisme, non au racisme, non aux violences sexuelles, et non au colonialisme de peuplement, tout en soutenant la lutte pour la justice en Palestine. Particulièrement pendant les crises qu’une pandémie mondiale met si désespérément en relief, l’urgence demeure à s’unir contre – et à s’y opposer tous ensemble – les formes qui persistent et s’amplifient de façon exponentielle de la violence et de l’oppression.

Avec un engagement permanent pour le Palestine, et pour la solidarité.

Le Collectif d’organisation de l’USACBI.