Lettre ouverte à la Fondation Michael Cacoyannis & Partners : avoir un partenariat avec l’Université hébraïque et recevoir une subvention de l’ambassade d’Israël malgré le massacre de Gaza va au-delà de complicité

| PACBI | Traduction CG pour l’AURDIP |

3 septembre 2014. La campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël (PACBI) vous appelle à annuler votre collaboration avec l’Université hébraïque dans le cadre du programme intitulé « Le drame grec antique : influences et approches contemporaines », à cause de l’étroite complicité de l’université dans l’occupation israélienne et sa violation des droits de l’homme, et à rejeter toute subvention de l’ambassade d’Israël à Athènes, en particulier à la lumière des graves crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par Israël contre les Palestiniens à Gaza.

Au cours de la dernière agression sur Gaza, Israël a tué plus de 2168 Palestiniens et blessés plus de 10895 personnes, majoritairement des civils. Les hôpitaux, les ambulances, les secouristes, les mosquées, les églises et les abris pour personnes handicapées n’ont pas été épargnés par les missiles « intelligents » fournis par les USA et les tirs d’artillerie.

Les mots ne peuvent décrire cette campagne meurtrière ; Israël a annihilé des familles entières dans leurs foyers, les avions de guerre ciblant et bombardant maison sur maison. Plus de 16000 maisons ont été détruites ou gravement endommagées au cours de ces attaques criminelles. Des familles ont été poursuivies et assassinées dans les écoles des Nations Unies où elles avaient trouvé refuge, souvent après qu’Israël a fourni à de nombreuses reprises les coordonnées exactes de ces écoles —révélant une intention délibérée de tuer et de terroriser des civils. Près d’un demi-million de Palestiniens ont été déplacés, alors que le régime israélien étendait sa prétendue « zone-tampon » jusqu’à y inclure 45% du territoire déjà petit de Gaza, poussant littéralement « les Palestiniens dans la mer ». L’association Save the children (Sauvez les enfants) a décrit l’assaut d’Israël sur Gaza comme « une guerre contre les enfants ».

Poursuivre cette collaboration manifeste une complicité volontaire dans la couverture des crimes israéliens et est une insulte aux milliers de civils palestiniens tués et blessés par Israël dans son dernier massacre.

La majorité absolue de la société civile palestinienne, représentée dans le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), a appelé à un boycott d’Israël et de ses institutions universitaires complices jusqu’à la fin du régime israélien d’occupation, de colonisation et d’apartheid.

La complicité de l’Université hébraïque dans les violations israéliennes du droit international est bien documentée. Par exemple, le terrain sur lequel se trouvent une partie des bâtiments et installations de son campus du Mont Scopus a été illégalement acquis comme résultat de la confiscation illégale par Israël en 1968 de 3,345 km2 de territoire palestinien [1]. Ce territoire confisqué de Jérusalem Est est considéré comme un territoire occupé selon le droit international. L’annexion unilatérale par Israël de Jérusalem Est occupé à l’État d’Israël et l’application dans ce territoire du droit domestique israélien sont des violations à la 4e Convention de Genève et ont été de nombreuses fois dénoncées comme nulles et non avenues par la communauté internationale, y inclus le Conseil de sécurité de l’ONU (Résolution 252, 21 mai 1968). Déplacer du personnel et des étudiants israéliens pour travailler et vivre sur un territoire palestinien occupé place l’Université hébraïque en violation grave de la 4e Convention de Genève.

De plus, l’université est complice dans le traitement inégal des Palestiniens, y compris ceux qui sont citoyens d’Israël [2]. Par exemple, elle ne fournit pas de services d’enseignement aux résidents de Jérusalem et des zones voisines, contrairement à ceux fournis aux groupes juifs ; aucun cours n’est offert en arabe. L’Université hébraïque a aussi soutenu l’armée israélienne alors même que celle-ci commettait un massacre contre des civils palestiniens à Gaza. Un avis circulant à l’Université hébraïque annonçait une collecte de produits, incluant des produits d’hygiène, des collations et des cigarettes, « pour les soldats [israéliens] au front, selon la demande des unités de l’IDF [armée israélienne] ».

L’administration de l’Université hébraïque restreint la liberté de parole et de protestation des quelques étudiants palestiniens. Par exemple, elle a interdit une commémoration de l’invasion de la bande de Gaza de 2008-2009 au cours de laquelle environ 1400 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes. En revanche, l’Université hébraïque a offert un traitement spécial et des avantages aux étudiants qui ont participé à l’invasion en tant que soldats.

En décembre 2012, le Ministre de la défense israélien approuvé le fait de reconnaître l’université Ariel située dans la colonie illégale d’Ariel comme une université israélienne faisant partie du système universitaire israélien. En conséquence, du personnel de l’Université hébraïque prend part aux comités de suivi et de promotion des étudiants et du personnel de l’université coloniale d’Ariel ; et son personnel (exclusivement juif) prend part aux comités de suivi et de promotion des étudiants et du personnel de l’Université hébraïque. L’Université hébraïque reconnaît les diplômes universitaires accordés par l’université Ariel qui est bâtie sur un territoire palestinien confisqué et entourée de communautés palestiniennes, mais elle ne reconnaît pas les diplômes accordés par l’université voisine, Al-Quds.

L’Université hébraïque est étroitement associée à l’annexion israélienne et aux politiques du mur de ségrégation et d’apartheid —des politiques qui ont été sévèrement condamnées le 9 juillet 2004 par la Cour internationale de justice de la Haye.

Au moment où le mouvement international pour boycotter les institutions universitaires et culturelles israéliennes gagne du terrain en réponse aux infractions flagrantes et persistantes par Israël des droits humains et politiques palestiniens, nous exhortons les universitaires, les professionnels de l’art, ainsi que les institutions culturelles et universitaires du monde entier à réfléchir aux implications d’une collaboration avec une institution complice et à s’abstenir de lui offrir une telle couverture.

En parallèle avec le boycott des universités sud-africaines complices pendant l’ère de l’apartheid, nous croyons qu’un partenariat avec Israël ou ses institutions complices pour des événements universitaires ou culturels — indépendamment de leurs intentions — ne peut que contribuer à prolonger l’injustice subie par le peuple palestinien en la normalisant et ce faisant en la légitimant. Ceci contribue non intentionnellement aux efforts développés par Israël pour apparaître comme un participant normal du monde de la culture et du savoir tout en pratiquant en même temps la forme la plus pernicieuse de contrôle colonial et de discrimination raciale légalisée contre les Palestiniens.

Le PACBI et ses partenaires ont constamment appelé les artistes, les universitaires et la société civile en général à traiter Israël exactement comme l’Afrique du Sud de l’apartheid a été traitée : comme un état paria. En conséquence, nous vous exhortons à annuler cet événement avec l’Université hébraïque et à vous abstenir de recevoir des subventions d’Israël ou de ses institutions complices.

Notes :

[1] La décision a été publiée dans la Gazette officielle israélienne (édition en hébreu), numéro 1425. Elle a donc été « légalisée » par Israël. Ce territoire, pour la plus grande partie, était (est encore) une propriété privée des Palestiniens vivant dans la région. Une grande partie du territoire confisqué a alors été donné à l’Université hébraïque pour étendre son campus (principalement les résidences universitaires). Les propriétaires palestiniens refusèrent de quitter leur terres et leurs maisons, arguant que l’ordre de confiscation de 1968 était illégal. Quand le cas a été porté à la Jerusalem District Court (Cour de justice du district de Jérusalem) en 1972 (dossier no. 1531/72), la Cour trancha en faveur de l’université et de l’état, décidant que les familles palestiniennes devaient évacuer leurs maisons et se voir offrir un logement alternatif. Voir aussi

[2] Keller, U. (2009) the Academic Boycott of Israel and the Complicity of Israeli Academic Institutions in Occupation of Palestinian Territories. The Economy of the Occupation : A Socioeconomic Bulletin : Alternative Information Centre.