Les universités israéliennes : un pilier de l’occupation et de l’apartheid

Les universités israéliennes sont une partie intime du régime israélien, par choix délibéré. Alors que les Palestiniens ne sont pas en mesure d’accéder à des universités et des écoles, les universités israéliennes fournissent la recherche, la technologie, les arguments et les dirigeants pour maintenir l’occupation. (Extrait du discours de l’archevêque Desmond Tutu à l’Université de Johannesburg en 2011 en soutien au boycott de l’Université Ben Gourion)


Comme l’archevêque Desmond Tutu et d’autres visiteurs sud-africains l’ont observé, et contrairement aux idées et arguments sur la nature « libérale » de l’Université israélienne, la vérité est que les institutions israéliennes d’enseignement supérieur sont intimement liés au régime israélien d’occupation, de colonisation et d’apartheid contre le peuple palestinien.

Il n’est pas surprenant que presque toutes les institutions académiques israéliennes soient venues appuyer l’armée israélienne au cours de l’assaut de cet été sur la bande de Gaza ; les universités ont promis aux professeurs et aux étudiants soldats réservistes impliqués activement dans le massacre de Gaza divers avantages et privilèges en guise de récompenses pour leur contribution à la « sécurité » de l’État. La liste des complicités est trop longue à dérouler. Voici néanmoins quelques exemples significatifs :

- Technion, qui se targue du développement de la plupart des systèmes d’armements, en particulier des technologies de drones, qui sont utilisés par les forces d’occupation israéliennes pour attaquer les Palestiniens de Gaza et du reste du territoire palestinien occupé ;

- l’Université de Tel Aviv (TAU), qui a non seulement conçu des dizaines d’armes utilisées par l’armée israélienne dans l’application du régime d’occupation et de l’apartheid, mais abrite aussi l’Institut d’Études de Sécurité Nationale (INSS) qui revendique le développement de la fameuse Doctrine Dahiya, ou doctrine de la force disproportionnée, adoptée par l’armée israélienne, et qui appelle à « la destruction de l’infrastructure nationale [civile], et à infliger une souffrance intense à la population [civile], » sans laquelle vaincre une résistance non-étatique serait simplement « impossible » ;

- L’Université Hébraïque, qui est en partie construite sur des terres volées et qui dispose d’une base de l’armée sur son campus.

Certains universitaires peuvent faire valoir, cependant, que dans de nombreux pays occidentaux les universités sont également impliqués dans le développement des armes et des doctrines militaires de leurs forces armées respectives, mais les experts israéliens eux-mêmes démontrent de manière décisive que le partenariat entre les universités et l’établissement militaro-sécuritaire israélien se noue sur une échelle tout à fait différente.

L’éminent professeur de l’université de Tel Aviv Avraham Katzir, par exemple, observe que la relation entre les établissements universitaires et l’armée en Israël est beaucoup plus organique et enracinée qu’en Occident. Il fait valoir que « chacun de nous est à la fois un citoyen civil israélien et un citoyen travaillant pour le domaine militaire ». L’Université et l’armée, écrit Katzir, « aident l’un l’autre – quelque-chose qui ne se produit pas [ailleurs] ; je suis allé aux États-Unis et en Europe, et là-bas, il y a une déconnexion entre les universitaires (et leurs travaux) et l’armée ; ils détestent l’armée ! [alors que nous], je pense que nous réussissons en vertu du fait que nous nous aidons fortement les uns les autres ».

Haim Russo, PDG du fabricant de drone israélien Elbit, est allé plus loin, créditant les universités comme étant « derrière toute cette vaste industrie [militaire] ».

Par ailleurs, le gouvernement israélien utilise les universités (et la culture) pour le blanchir de ses crimes et de le montrer comme un bastion du libéralisme et une sorte de poste avancé de l’Occident au Moyen-Orient - la culture et les universités sont employées, dans ce contexte, à redorer le blason d’Israël. L’Université et la culture sont à Israël ce que le sport était à l’Afrique du Sud, ce qui explique pourquoi c’est un aspect tellement crucial pour l’ensemble du mouvement BDS ; BDS contre Israël, après tout, n’a pas commencé avec le sport, mais plutôt avec le milieu universitaire et la culture. La portée symbolique et matérielle du monde universitaire et de la culture israélienne à maintenir le régime israélien d’oppression ne saurait être surestimée.

Bien qu’il y ait un nombre croissant de professeurs israéliens prenant courageusement position en faveur des droits des Palestiniens, leur nombre reste marginal. Pire encore, beaucoup de ces universitaires israéliens sont soumis à la censure, l’intimidation, ainsi qu’à une loi draconienne anti-BDS qui restreint légalement leur liberté académique et leur liberté d’expression en leur interdisant d’exprimer publiquement tout soutien, même pour le boycott le plus sélectif - leurs institutions ont gardé le silence sur cette intimidation quand elles n’en ont pas fait la promotion.

PACBI considère cette complicité des institutions universitaires et culturelles israéliennes, ainsi que l’importance de ces institutions pour l’image d’Israël, comme un point de départ pour plaider pour le boycott universitaire et culturel. Fondamentalement, le boycott universitaire institutionnel, qui a été lancé par PACBI en 2004 , est soutenue par le Conseil Palestinien pour l’Enseignement Supérieur (CHE) et est en accord avec l’appel du CHE pour une stricte « non-coopération dans les domaines scientifiques et techniques entre les universités palestiniennes et israéliennes. » L’appel du PACBI est également soutenu par la Fédération palestinienne des syndicats de professeurs et employés d’université (PFUUPE), entre autres grands syndicats. Donc, il ne s’agit pas de soutenir un appel lancé par quelques universitaires ou par une abstraite société civile. Nous parlons d’un appel du corps enseignant en Palestine au corps enseignant dans le monde entier, soutenu par une écrasante majorité d’organisations de la société civile ; et un appel lancé par les opprimés pour que leurs voix soient, une fois pour toutes, écoutées et entendues.

BDS comme acte dialogique

Pour ceux qui disent que nous devons renforcer le dialogue et l’échange d’idées, pas moins, nous répondons que le boycott est une forme de discours, une logique du dialogue qui favorise la conversation, les connexions et l’échange basée sur un ensemble de principes communs de justice, basée sur le consentement et la reconnaissance des droits de l’opprimé dans une telle conversation, et ancrée dans un principe de décolonisation de l’esprit de l’oppresseur. Nous cherchons, dans le mouvement BDS, à passer d’une rhétorique futile, de mauvaise foi et sans éthique de la coexistence entre oppresseur et opprimé à une rhétorique de la co-résistance contre l’oppression. Nous accueillons les personnes et institutions qui ont pleinement reconnu les droits des Palestiniens, y compris le droit au retour, et qui cessent toute forme de complicité avec le régime israélien de l’oppression.

Sans reconnaissance des Palestiniens comme des égaux qui ont vocation à jouir de leurs droits pleins en vertu du droit international, le dialogue devient un prétexte contraire à l’éthique pour la poursuite de l’oppression. Les Palestiniens, comme toutes les communautés opprimées à travers le monde, sont uniquement intéressés à poursuivre un dialogue éthique, fondé sur des droits universels pour tous.

Sur la liberté académique

Comme il est clairement indiqué dans les lignes directrices du mouvement BDS pour le boycott universitaire international d’Israël, notre compréhension de la liberté académique découle de sa définition onusienne :

Les libertés académiques englobent la liberté des individus à exprimer librement leurs opinions sur l’institution ou le système dans lequel ils travaillent, à remplir leurs fonctions sans discrimination ni crainte de répression de l’État ou de tout autre acteur, à participer à des organismes universitaires professionnels ou représentatifs et de jouir de tous les droits de l’Homme internationalement reconnus applicables aux autres individus de la même juridiction. La jouissance des libertés académiques porte des obligations, telles que l’obligation de respecter les libertés académiques des autres, de garantir une discussion équitable des points de vue contraires, et de traiter tout un chacun sans discrimination fondée sur l’un des motifs de discrimination interdits. [L’accent en gras est ajouté]

Judith Butler expose bien l’équilibre que nous essayons d’appliquer dans la pratique avec la liberté académique lorsqu’elle nous invite à nous questionner :

La conception libérale classique de la liberté académique avec une vue qui saisit les réalités politiques en jeu, et perçoit que nos luttes pour la liberté académique doivent travailler de concert avec l’opposition à la violence de l’État, la surveillance idéologique, et la dévastation systématique de la vie quotidienne.

Dans cet esprit, nous insistons pour que notre boycott universitaire rejette par principe le boycott des individus en fonction de leur identité (tels que la citoyenneté, la race, le sexe ou la religion) ou de leur opinion. Nous luttons contre l’institution, non contre l’individu.

L’exception qui confirme la règle est lorsque des universitaires individuels perdent leur intégrité et se laissent recrutés comme « ambassadeurs académiques » pour défendre ou blanchir les violations israéliennes des droits de l’Homme en présentant Israël sous un « plus beau visage », comme s’applique à le faire la campagne Brand Israel. Dans ce cas, nous appelons au boycott de leur participation à des événements, à partir du moment où ils deviennent des représentants des institutions, et plus seulement des affiliés à ces institutions.

Ce qui est important est que nous restions vigilants sur la protection de la liberté académique, mais pas du privilège académique. La distinction est importante. Les universitaires israéliens ont la liberté de recherche et de collaborer comme ils le souhaitent. Leurs institutions ne doivent pas, cependant, avoir le privilège d’un traitement exceptionnel par les gouvernements et les institutions, en particulier lorsque les ressources et les choix sont limités. L’attribution d’une subvention, l’engagement dans la collaboration institutionnelle, ou le bénéfice d’études à l’étranger, il s’agit là de privilèges, pas d’une question de liberté. Ce sont les privilèges universitaires qui sont la cible de ce boycott.

Les institutions universitaires israéliennes sont un pilier dans le système de l’oppression coloniale et doivent donc être boycottées par tous les universitaires de conscience, tout comme les universités de l’apartheid en Afrique du Sud ont été isolées.