Les universités d’Israël sont pour les étudiants, pas pour les policiers ou les soldats

| Haaretz Editorial pour Haaretz | Traduction CG pour l’AURDIP |

Un incident extraordinaire a eu lieu lundi sur le campus du Mont Scopus de l’Université hébraïque de Jérusalem. Quatre étudiants en uniforme de la police, qui étudient à l’université dans le cadre d’un programme de police, ont arrêté deux autres étudiants – des Palestiniens de Jérusalem-Est – en affirmant qu’ils avaient chanté un chant « jihadiste ».

Les policiers-étudiants ont demandé les papiers de ces deux étudiants, les ont expulsés du campus et ont appelé d’autres officiers de police, qui ont arrêté les étudiants palestiniens. Les deux ont été interrogés pendant plusieurs heures. Ils ont affirmé que le chant qu’ils chantaient n’était pas nationaliste, mais l’université a publié une ordonnance les bannissant du campus pendant six jours. Ils ont fait appel de l’injonction au tribunal de Jérusalem, qui a confirmé la décision de l’université.

Le professeur Barak Medina, recteur de l’Université hébraïque, a envoyé une lettre aux membres du corps enseignant de l’Université hébraïque après l’incident, lettre dans laquelle il promettait de clarifier les protocoles vis-à-vis de la police. Il a dit qu’il serait précisé aux officiers de police hors service inscrits à l’université qu’ils ne pouvaient pas exercer leur pouvoir de police sur le campus, excepté dans des cas pour lesquels il était clair que des préjudices aux personnes ou aux biens résulteraient de leur non-intervention. Dans sa lettre, Medina justifiait les actions des policiers. Il a dit que deux d’entre eux parlaient arabe et donc comprenaient les mots de la chanson, et qu’il pouvait y avoir eu une base raisonnable pour conclure que les étudiants palestiniens constituaient une menace.

L’incident a provoqué un grand ressentiment dans l’université. Le jour suivant, une centaine d’étudiants, juifs aussi bien qu’arabes, ont manifesté, appelant à la liberté d’expression sur le campus. Plus de 100 enseignants ont signé une lettre ouverte qui disait : « Nous ne pouvons imaginer une situation où des juifs recevraient un traitement similaire sur le campus pour s’être exprimés, aussi polémique que cela puisse être. L’incident n’est pas cohérent avec l’engagement affirmé de l’université de traiter chaque personne et chaque groupe avec respect et d’agir contre un traitement discriminatoire ou offensant sur la base d’une appartenance à un groupe ».

L’idée qu’un campus d’université est exterritorial vis-à-vis des forces de sécurité, de façon à permettre le maximum de liberté d’expression et de liberté de recherche, est connue dans le monde entier. En Israël cette évidence est moins répandue et la plupart des institutions éducatives maintiennent des liens étroits de coopération avec les forces de sécurité. L’incident de la semaine passée révèle la nature problématique de cette coopération.

Les programmes universitaires pour les membres de ces services sont une bonne chose. Mais souvent, la police et les forces de défense d’Israël mettent pour condition à ces études que leurs participants portent leur uniforme et leurs armes sur le campus. Les universités qui veulent offrir des programmes spécifiques pour les membres de la police et des forces armées acceptent cette condition. Ceux qui sont le plus touchés par cela sont les étudiants arabes, qui se sentent parfois mal à l’aise d’étudier dans des salles remplies de soldats, d’officiers de police et d’armes.

Afin de protéger la liberté d’expression et la liberté académique, les universités doivent remettre en question leur consentement à la présence d’uniformes et d’armes à feu visibles sur le campus. De plus, l’administration doit préciser clairement aux étudiants que lorsqu’ils sont sur le campus, ils sont des étudiants, pas des officiers de police ou des soldats.

L’article ci-dessus est l’éditorial principal de Haaretz, publié dans les journaux en hébreu et en anglais en Israël.