Les scientifiques protestent contre la détention d’un physicien palestinien

L’armée israélienne a arrêté Imad Ahmed Barghouthi alors qu’il se rendait dans les Émirats arabes unis pour un colloque scientifique, dit son avocat.

Nature | doi:10.1038/nature.2015.16770


Plusieurs organisations universitaires ont émis des lettres de protestation contre la détention d’un astrophysicien palestinien à Ofer, la prison militaire israélienne, en Cisjordanie. Le scientifique, Imad Ahmad Barghouthi, est détenu sans charges depuis décembre. Une procédure d’appel sera entendue le 22 janvier.

Barghouthi est un théoricien de la physique des plasmas à l’université Al-Quds, une université palestinienne à Jérusalem. Il a obtenu son doctorat à l’université d’Utah, à Salt Lake City, et a travaillé en Jordanie et en Arabie saoudite avant de rejoindre Al-Quds en 2000.

Le 6 décembre 2014, la police israélienne des frontières l’a arrêté alors qu’il passait la frontière entre la Cisjordanie et la Jordanie, près de la ville jordanienne de Karama. Selon de multiples sources, il se rendait à Amman afin d’y prendre un vol pour les Émirats arabes unis, où il avait l’intention de participer à un colloque de l’Union arabe d’astronomie et de sciences de l’espace (Arab Union of Astronomy and Space Sciences) à Sharjah. Il a alors été incarcéré, dit son avocat, Jawad Boulos, via une ordonnance de détention administrative de trois mois. Cette procédure légale permet à l’armée israélienne dans les Territoires occupés palestiniens d’emprisonner une personne sans charges s’ils peuvent affirmer qu’il ou elle représente un risque pour la sécurité.

Boulos affirme que Barghouthi a été arrêté à cause de ses déclarations en faveur des militants palestiniens au cours de l’invasion israélienne de la bande de Gaza l’été dernier. « Pendant un interrogatoire après son arrestation, on l’a questionné sur ce qu’il avait écrit sur Facebook et déclaré à la télévision contre l’occupation », dit Boulos.

L’avocat a fait appel de la détention. En réponse, une cour militaire israélienne a réduit le temps de détention et Barghouthi doit maintenant être relâché le 2 février. Mais son ordonnance de détention pourrait encore être renouvelée. Pour émettre son verdict, un juge « s’est appuyé sur des documents non divulgués — des documents secrets que je n’avais pas le droit de voir », dit Boulos. Un deuxième recours est prévu pour le 22 janvier.

Le 10 janvier, l’Association universitaire française pour le respect du droit en Palestine (AURDIP) et le Comité britannique pour les universités palestiniennes (British Committee for the Universities of Palestine, BRICUP) ont envoyé une lettre au Commissaire européen pour la recherche, la science et l’innovation. Ils ont fait valoir que la détention de Barghouthi est une violation de l’engagement d’Israël à respecter les droits de l’homme selon l’Accord d’association avec l’Union européenne, qui permet à Israël de bénéficier de subventions de recherche européennes. Le 14 janvier, la Société des Études sur le Moyen-Orient (Middle East Studies Association), basée aux États-Unis, a envoyé une lettre ouverte aux autorités israéliennes décrivant l’emprisonnement de Barghouthi comme une violation de la liberté académique et de la liberté d’expression. Le 17 janvier, le Committee of Concerned Scientists, lui aussi basé aux États-Unis, a lancé les mêmes accusations dans une autre lettre au Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu qui affirmait aussi que l’arrestation constituait une violation de la liberté de mouvement.

« Personne ne sait pourquoi il est en prison, mais je me moque qu’il ait fait ou non quelque chose de mal ; ce n’est pas démocratique de garder une personne en prison sans aucune charge », dit Ron Naaman, un spécialiste de chimie physique à l’Institut Weizmann de Rehovot, en Israël. Naaman est membre du groupe informel des Universitaires israéliens pour la paix, qui, dit-il, prépare une lettre de protestation sur le cas de Barghouthi. « Des centaines de personnes sont détenues sous ses ordonnances [militaires], mais ce n’est pas très courant qu’elles soient appliquées à des scientifiques. Il est de notre devoir de réagir », dit Naaman.

Nature a contacté la police des frontières israéliennes et les Forces de défense israéliennes (IDF), mais il n’y avait aucun porte-parole de l’une ou l’autre de ces institutions qui soit disponible pour faire un commentaire. Un attaché de presse de l’IDF, cependant, a confirmé les faits principaux et a dit que l’ordonnance d’arrestation n’avait pas été émise par l’IDF, mais par « une autre Force », et que la détention avait été décidée par une cour militaire.