Les étudiants salariés de l’université de Californie soutiennent la Palestine

Les étudiants salariés de l’université de Californie soutiennent la Palestine : le conseil conjoint de UAW 2865 prépare un vote de ses membres sur BDS.


Nous sommes des assistants, des tuteurs et d’autres étudiants salariés à l’University of California (Université de Californie), représentés par UAW 2865 [branche locale de la confédération syndicale américaine, United Auto Workers]. En tant qu’éducateurs, nous avons la responsabilité de nous informer sur les questions sociales de notre époque et de les enseigner, y compris les luttes globales sensibles, comme la lutte du peuple palestinien pour sa libération du colonialisme et de l’apartheid.

Tous les syndicats importants palestiniens ont rendu publique la déclaration suivante : "Nous appelons à la fin définitive des crimes et de l’oppression contre nous. Nous appelons à des embargos des armes vers Israël, à des sanctions qui couperaient le ravitaillement en armes et l’aide militaire de l’Europe et des États-Unis, dont Israël dépend pour commettre de tels crimes de guerre … [et au] Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), comme l’a demandé l’immense majorité de la société civile palestinienne en 2005" [1]. Nous croyons que c’est notre devoir en tant que syndicat de travailleurs de soutenir nos homologues palestiniens.

Alors que nous écrivons cette lettre, plus de 1100 Palestiniens de Gaza ont été tués à cause du bombardement israélien le plus récent, à travers des frappes aériennes et des invasions terrestres ciblant la terre et la vie en Palestine [2]. D’importantes organisations des droits de l’homme internationales comme Amnesty International et le Haut Commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme ont déclaré qu’Israël avait probablement commis des crimes de guerre [3], et le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a voté majoritairement en faveur d’une enquête sur de tels crimes par Israël [4]. Ce qui est certain est que les atrocités du gouvernement israélien ont déjà causé, à nouveau, un perte dévastatrice de vies palestiniennes et la destruction de toute l’infrastructure à Gaza, comme les hôpitaux, les écoles, les systèmes d’égouts, et les systèmes d’épuration de l’eau. Cibler ces sites a rendu à peu près impossible l’accès à la nourriture, à l’eau et aux soins médicaux pour près d’1,8 million d’habitants de Gaza.

Cette agression fait partie d’un long siège israélien de sept ans à Gaza, siège qui a scellé toutes ses frontières, faisant de la bande de Gaza — une des zones les plus densément peuplées sur terre — ce qui a été largement reconnu comme "la plus grande prison à ciel ouvert" du monde [5]. Les attaques israéliennes sur Gaza se produisent régulièrement : “Operation Pillar of Defense” (Opération Pilier de défense, novembre 2012) a causé la mort de 158 Palestiniens [6] ; “Operation Hot Winter” (Opération Hiver chaud, février-mars 2008) a causé la mort de 112 Palestiniens [7] ; “Operation Cast Lead” (Opération Plomb fondu, décembre 2008-janvier 2009) a causé la mort de 1417 Palestiniens [8] ; “Operation Summer Rains/Autumn Clouds” (Opération Pluies d’été/Nuages d’automne, juin -novembre 2006) a causé un nombre de morts estimé à 650 parmi les Palestiniens [9] ; et “Operation Days of Penitence” (Opération Jours de pénitence, octobre 2004) a causé la mort de 133 Palestiniens [10].

À cause de l’urgence de la situation, le Conseil conjoint de l’UAW 2865, une instance réunissant 83 dirigeants élus qui supervise les affaires d’un syndicat d’étudiants salariés à l’université de Californie fort de 13 000 membres, publie cette lettre ouverte qui décrit notre intention de soutenir le mouvement "Boycott, désinvestissement et sanctions" (BDS) [11] contre les institutions publiques et les corporations qui profitent de l’occupation et de l’apartheid. Cela signifie que nous organiserons un vote de l’ensemble de nos membres au cours de la prochaine année académique à propos du soutien à BDS et que, dans les prochains mois, nous informerons nos membres des forums éducatifs à propos du désinvestissement de nos fonds de pension, et de l’université de Californie en général, de compagnies qui profitent de l’occupation israélienne. Puisque nous sommes aussi des universitaires, nous appelons nos membres à honorer le boycott universitaire et culturel d’Israël et communiquerons bientôt des informations détaillées sur cette campagne.

Partout dans l’université de Californie, la discussion autour de BDS continue aujourd’hui à s’étendre. Le système de l’université de Californie a déjà utilisé le boycott et le désinvestissement comme moyens non violents de faire face à des questions urgentes d’injustice sociale. Les étudiants, les professeurs et le personnel se sont organisés pour demander à l’université de renoncer à trois billions de dollars d’investissements afin de soutenir la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. En nous réunissant, nous avons réussi à l’obtenir [12]. Nous, en tant que Conseil conjoint de l’UAW 2865, ajoutons nos voix à celles de l’University of California Student Association (Association étudiante de l’université de Californie, qui opère à l’échelle de l’État de Californie) et des conseils étudiants de l’UC San Diego, UC Irvine, UC Santa Cruz, UC Berkeley et UC Riverside (Université de Californie à San Diego, Irvine, Santa Cruz, Berkeley et Riverside, respectivement), qui ont tous passé des résolutions en faveur du désinvestissement.

Nous avons l’intention d’appuyer de tout notre poids le mouvement BDS afin d’ajouter à la pression internationale pour qu’Israël respecte les droits de l’homme du peuple palestinien. En tant que travailleurs, étudiants, et comme syndicat, nous sommes solidaires des Palestiniens dans leur combat pour l’auto-détermination face à une puissance d’occupation colonialiste pour les raisons suivantes :

- 1. La situation actuelle en Palestine est celle d’une occupation colonialiste. En 1948, plus de 750 000 Palestiniens autochtones ont été transformés en réfugiés après l’agression de milices sionistes qui souhaitaient créer un État exclusivement juif. Avec la formation d’Israël, on a interdit à ces réfugiés et exilés, dont les descendants sont maintenant près de 8,6 millions, de retourner sur leurs terres et dans leurs foyers depuis plus de 66 ans [13]. De la population palestinienne exilée, 5.3 millions vivent comme apatrides relevant des services de l’UNRWA (United Nations Reliefs and Works Agency, Office de secours et de travaux des Nations Unies) dans des camps de réfugiés en Palestine et dans les pays arabes environnants [14]. Ces camps étaient à l’origine construits pour héberger seulement quelques milliers de personnes, pourtant leurs habitants vivent dans les conditions les plus misérables et constituent le groupe ayant le statut de réfugiés de plus longue durée dans l’histoire moderne. D’après les résolutions des Nations Unies 194 [15], 237 [16], et 484 [17], ils ont le droit de retourner en Palestine. Pourtant, aujourd’hui, Israël continue à confisquer les terres des Palestiniens autochtones et à violer les lois internationales qui reconnaissent le droit au retour des réfugiés.

- 2. L’État israélien applique un système d’apartheid, privilégiant illégalement un groupe ethnique par rapport à un autre [18]. Plus de 50 lois israéliennes imposent une citoyenneté de second ordre aux citoyens palestiniens d’Israël (qui constituent 20% de la population). Parmi elles se trouvent des lois "restreignant leur participation politique, l’accès à la terre, à l’éducation, aux ressources du budget de l’État, et les procédures criminelles" [19]. Ces lois institutionnalisent le traitement inégal des Palestiniens à l’intérieur d’Israël [20].

- 3. Le système d’apartheid mis en place par Israël inclut une ségrégation géographique entre Palestiniens et Juifs israéliens. Ce système est particulièrement visible lorsqu’on examine l’occupation militaire israélienne de 47 ans dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. L’occupation a permis le transfert de terres palestiniennes vers les territoires de 1967 sous possession juive israélienne, par un développement continuel de colonies illégales en Cisjordanie. L’expansion coloniale empiète même sur la lanière de terre nominalement laissée aux Palestiniens en Cisjordanie (qui ne correspond elle-même qu’à 22% du territoire de la Palestine historique) [21], en déplaçant de force encore plus de Palestiniens. Ces colonies reposent sur la construction de routes réservées aux Juifs israéliens et sont souvent bâties sur des zones riches en ressources vitales, comme l’eau, dont l’accès est interdit aux Palestiniens. De plus, l’appareil sécuritaire imposé par l’État israélien sur les Palestiniens en Cisjordanie inclut une patrouille militaire via un mur concret, qui a été déclaré illégal par la Cour internationale de justice en 2004 [22]. Les checkpoints, les barrages sur les routes, et le contrôle de tous les passages solidifient l’occupation de la Palestine, rendant impossible aux Palestiniens de contrôler leur propre économie. Ces actions ont fait de la Cisjordanie un archipel d’îles géographiquement déconnectées les unes des autres. Les frontières de Gaza, comme celles vers la Cisjordanie, ont été scellées par Israël, isolant les deux territoires l’un de l’autre.

- 4. Depuis l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza en 1967, environ 20% de la population palestinienne totale dans les territoires occupés a été condamnée à une peine de prison. L’usage par Israël des tactiques de torture pour les interrogatoires est en violation directe de la Convention des Nations Unies contre la torture (CAT) [23]. En particulier, la détention, l’emprisonnement et la torture pendant les interrogatoires d’enfants palestiniens sont largement documentés ; ils sont en violation de la Convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant, de la Convention des Nations Unies contre la torture et du Comité des droits de l’homme des Nations Unies [24].

5. Les armes israéliennes, les tactiques militaires et celles d’entraînement policier, testées sur des personnes arabes dans la région, ont été utilisées historiquement et sont encore utilisées actuellement pour supprimer les mouvements populaires, déplacer les peuples autochtones et criminaliser les peuples dans toute l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine [25]. Les États-Unis ont des accords avec la formation à la défense israélienne à plusieurs niveaux, à la fois publics et privés, et se sont tournés vers "les technologies et techniques israéliennes dans le domaine de la sécurité intérieure et de l’anti-terrorisme" comme source d’information pour leur propre appareil de sécurité [26]. Ici en Californie, la police locale et les shérifs sont constamment sous le coup d’enquêtes fédérales pour corruption, discrimination raciale et violence policière, tout en ayant une longue histoire d’échanges de technologies de surveillance et de programmation militaire avec Israël et leurs Forces de défense (FDI) [27]. Le département de police attaché à l’ université de Californie a participé également, aux côtés des FDI, au programme d’entraînement annuel "Urban Shield" (Bouclier urbain), basé dans la Baie [28]. Au niveau national, le programme d’échanges des représentants de la loi ("Law Enforcement Exchange Program", LEEP) a permis des échanges similaires entre Israël et les représentants de la loi aux États-Unis [29]. De plus, le mur militarisé à la frontière mexico-américaine, qui a provoqué la mort de nombreux migrants, a été construit par la même compagnie israélienne (Elbit Systems) qui est responsable pour le mur de l’apartheid en Palestine [30].

Nous croyons que comme organisateurs d’étudiants et de travailleurs, nous avons le devoir de défendre les principes d’une organisation anti-oppressive. En étant solidaires de l’auto-détermination palestinienne, nous reconnaissons aussi qu’ici aux États-Unis nous avons nos propres systèmes de racisme structurel et de colonialisme auxquels résister et à démanteler. Dans le système universitaire dans lequel nous étudions et travaillons à la fois, la disparité dans l’accès donné aux personnes de couleur, ou issus de la classe ouvrière, tout comme l’existence de nos universités sur des terres volées aux autochtones, doit nous alerter sur l’importance de relier nos mouvements.

Nous concluons par les mots de l’archevêque Desmond Tutu d’Afrique du Sud, qui s’est ainsi exprimé après une visite en Palestine occupée :

J’ai été témoin des humiliations quotidiennes des Palestiniens aux checkpoints militaires israéliens, de l’inhumanité qui ne permet pas aux ambulances d’atteindre les blessés, aux fermiers de soigner leurs terres, ou aux enfants d’accéder à l’école. Ce traitement m’est familier, ainsi qu’aux nombreux Sud-Africains noirs qui ont été acculés et harcelés par les forces de sécurité du gouvernement de l’apartheid. Ce n’est pas avec rancœur que nous critiquons le gouvernement israélien, mais avec espoir, l’espoir qu’il puisse y avoir un avenir meilleur à la fois pour les Israéliens et les Palestiniens. Espoir pour un avenir où un peuple n’aura pas besoin de régner sur un autre, engendrant souffrance, humiliation et représailles. Espoir pour un temps de droits universels pour tous les humains sans considération d’ethnie, de genre ou d’origine nationale …La paix véritable ne vient qu’avec la justice " [31].

Nous sommes d’accord avec ces mots et nous sentons engagés par les témoignages continuels de la résilience du peuple palestinien et par le mouvement global de justice en Palestine, qui inclut des voix de plus en plus nombreuses des communautés juives condamnant l’occupation israélienne actuelle. De nombreuses personnes et organisations juives, incluant Jewish Voice for Peace (Voix juive pour la paix) ont exprimé leur soutien au désinvestissement vis-à-vis de l’État d’Israël afin d’apporter la paix avec la justice tant pour les Juifs israéliens que pour les Palestiniens. En rejoignant le mouvement BDS, nous apportons nos voix au mouvement plus large de la paix avec la justice en Palestine.

À nos membres : le Conseil conjoint de l’UAW 2865 vous remercie pour votre attention et vous demande de voter "oui" lors du prochain vote sur la participation au mouvement BDS.

Cordialement,

Le Conseil conjoint de l’UAW 2865

Références du texte :

1. http://www.bdsmovement.net/StopArmingIsrael ; voir aussi http://laborforpalestine.net/2014/07/12/urgent-call-from-gaza-civil-society-act-now/

2. http://www.democracynow.org/2014/7/23/headlines#7231

3. http://www.democracynow.org/2014/7/23/headlines#7233

4. http://www.democracynow.org/2014/7/24/headlines#7243

5. http://www.globalresearch.ca/gaza-the-world-s-largest-prison/829

6. http://www.bbc.com/news/world-middle-east-20466027

7. http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/7274929.stm

8. http://www.pchrgaza.org/portal/en/index.php?option=com_content&view=article&id=1073:confirmed-figures-reveal-the-true-extent-of-the-destructioninflicted-upon-the-gaza-strip-israels-offensive-resulted-in-1417-dead-including-926-civilians-255-police-officers-and-236-fighters&catid=36:pchrpressreleases&Itemid=194

9. http://www.dci-palestine.org/content/fatalities-and-injuries

10. http://www.btselem.org/press_releases/20041018

11. http://www.bdsmovement.net/

12. http://www.dailykos.com/story/2014/01/31/1273884/-UC-Berkeley-s-anti-apartheid-movement-setting-the-record-straight#

13. http://www.pcbs.gov.ps/site/512/default.aspx?tabID=512&lang=en&ItemID=788&mid=3171&wversi%20on=Staging

14. ibid.

15. http://unispal.un.org/UNISPAL.NSF/0/C758572B78D1CD0085256BCF0077E51A

16. http://unispal.un.org/UNISPAL.NSF/0/E02B4F9D23B2EFF3852560C3005CB95A

17. http://unispal.un.org/UNISPAL.NSF/0/FF192961FEBCBCA5852560DF006576C1

Israel is also in violation of UN Resolutions 252, 267, 271, 298, 446, 476, 478, 452, and 1860, as seen in footnote 11 of UC San Diego’s divestment bill : http://www.sjpucsd.com/divestment-campaign-2013.html

18. http://www.bdsmovement.net/apartheid-colonisation-occupation

19. http://adalah.org/eng/Israeli-Discriminatory-Law-Database

20. http://www.bdsmovement.net/apartheid-colonisation-occupation

21. http://www.ifamericansknew.org/history/maps.html

22. http://www.icj-cij.org/docket/files/131/1497.pdf

23. http://www.addameer.org/etemplate.php?id=359

24. http://www.dci-pal.org/english/camp/freedom/pdf/torture.pdf

25. http://israelglobalrepression.files.wordpress.com/2012/12/israels-worldwide-role-in-repression-footnotes-finalized.pdf

26. http://www.aipac.org/~/media/Publications/Policy%20and%20Politics/AIPAC%20Analyses/Issue%20Memos/2013/03/Homeland.pdf

27. http://www.jewishjournal.com/los_angeles/article/lapd_scopes_out_israeli_drones_big_data_solutions ; http://electronicintifada.net/blogs/rania-khalek/lapd-goes-israel-falls-love-drones-and-mass-surveillance

28. https://www.urbanshield.org/index.php/2012-urban-shield-exercise/special-wepons-and-tactics ; https://www.urbanshield.org/index.php/2012-urban-shield-exercise/supporting-agencies ; http://police-statistics.universityofcalifornia.edu/2011/ucb.html

29. http://www.jinsa.org/events-programs/law-enforcement-exchange-program-leep/about-leep/about-law-enforcement-exchange-prog

30. http://electronicintifada.net/blogs/jimmy-johnson/contractor-israels-apartheid-wall-wins-us-border-contract

31. https://www.youtube.com/watch?v=Bzey6qg2lMA