Les États-Unis accusés d’hypocrisie pour soutenir des sanctions contre la Russie mais pas contre Israël

| Chris McGreal pour The Guardian | Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |

Des critiques comparent les actions armées israéliennes dans les territoires palestiniens avec l’invasion russe de l’Ukraine, mais des associations pro-israéliennes rejettent ces allégations comme étant de fausses analogies.

Les États-Unis et certains de leurs alliés européens font face à des accusations de double standard parce qu’ils soutiennent des sanctions et des enquêtes internationales pour crimes de guerre contre la Russie à cause de son invasion de l’Ukraine tout en y faisant obstacle lorsqu’il s’agit des actions de l’armée israélienne dans les territoires palestiniens occupés.

Mais des associations pro-israéliennes aux États-Unis ont rejeté ces allégations en accusant les critiques d’exploiter la souffrance des Ukrainiens pour en tirer de fausses analogies.

Le mois dernier, Amnesty International a fait appel à l’ONU pour qu’elle impose des sanctions ciblées contre Israël après avoir rejoint d’autres associations de défense des droits de l’homme en l’accusant de violer le droit international en pratiquant une forme d’apartheid et en commettant un crime contre l’humanité dans sa « domination » des Palestiniens.

Les officiels palestiniens et les rapporteurs spéciaux de l’ONU sur les territoires occupés ont également poussé à des sanctions contre les saisies de terre en Cisjordanie, le blocus de Gaza et le massacre à grande échelle de civils palestiniens par Israël.

Tout en faisant pression pour agir contre la Russie, les États-Unis et d’autres gouvernements ont cependant résisté à la prise de mesures similaires contre Israël.

Mardi, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a dit au conseil des droits de l’homme de l’ONU qu’il devait envoyer un « message résolu » à Vladimir Poutine pour qu’il mette fin à une invasion qui a détruit des écoles, des hôpitaux et des immeubles résidentiels et qui a tué des centaines de civils.

« Il s’agit de violations des droits de l’homme pour l’arrêt desquelles ce conseil a été créé. Si nous ne pouvons nous mettre d’accord maintenant, quand le ferons nous ? » a-t-il dit.

Dans le même discours, Blinken a tenu à appeler à la poursuite d’enquêtes du conseil des droits de l’homme de l’ONU sur les actions d’Israël dans les territoires occupés « une tache sur la crédibilité du conseil » et lui a demandé d’y mettre fin. Les enquêtes ont trouvé qu’Israël était responsable de « violations » persistantes « du droit à la vie » et autres crimes.

Sarah Leah Whitson, ancienne directrice de la division du Moyen Orient de Human Rights Watch, a dit qu’il existait des analogies claires entre les violations russes et israéliennes du droit international, y compris la commission de crimes de guerre.

« Nous voyons que ce n’est pas que le gouvernement américain, mais aussi les sociétés américaines qui s’efforcent de sanctionner et de boycotter tout ce qui a un rapport avec le gouvernement russe », a-t-elle dit. « Regardez le contraste avec l’exact opposé quand on en vient à sanctionner Israël pour ses violations du droit international au point que des états américains votent des lois pour punir les Américains s’ils ne promettent pas de ne jamais boycotter Israël. Il est très clair que les raisons pour résister aux sanctions contre Israël, ou même se conformer au droit international, sont purement politiques. »

Lara Friedman, présidente de la Fondation pour la Paix au Moyen Orient, a mis en opposition le soutien américain à des sanctions contre la Russie et les tentatives au Congrès pour mettre hors-la-loi aux États-Unis les boycotts d’Israël ou de ses colonies dans les territoires palestiniens.

James Zogby, président de l’Institut Arabo-Américain à Washington, a comparé la présentation des Ukrainiens jetant des cocktails Molotov comme d’héroïques défenseurs de leur territoire avec les Palestiniens qualifiés de terroristes ou de combattants parce qu’ils résistent à l’occupation et à la saisie de leur terre par Israël.

Les États-Unis ne sont pas les seuls à faire face à des accusations d’hypocrisie. Le Royaume Uni et le Canada ont lancé des appels à la CPI pour qu’elle enquête sur les crimes de guerre russes en Ukraine. L’année dernière, ces deux pays avaient dit que la CPI devrait abandonner une enquête en Israël en partie pour la raison que la Palestine n’est pas un pays souverain, bien qu’elle soit reconnue comme un État par l’ONU.

En Grande Bretagne, la députée travailliste Julie Elliott a dit au parlement qu’on pratiquait un double standard lorsqu’il s’agissait de défendre les Palestiniens.

« Les Palestiniens attendent de nous que nous parlions et agissions selon les mêmes termes. Nous avons sanctionné la Russie au sujet de la Crimée, et nous allons maintenant vraisemblablement imposer davantage de sanctions, ce avec quoi je suis d’accord sans réserve, or les Palestiniens demandent pourquoi nous ne faisons rien pour mettre fin à l’occupation israélienne », a-t-elle dit.

Les critiques ont également accusé les organismes internationaux du football d’avoir ds politiques contradictoires.

L’UEFA a mis à l’amende le Celtic, équipe écossaise de Première Divisio, après que ses fans aient déployé des drapeaux palestiniens aux jeux internationaux, disant qu’il s’agissait de symboles politiques. Des drapeaux ukrainiens ont été largement déployés au cours de récents matchs avec l’approbation des autorités du football.

Les supporters d’Israël ont repoussé l’idée en niant qu’il y ait quelque parallèle que ce soit.

Jonathan Greenblatt, directeur général de la Ligue Anti-Diffamation, très importante association pro-israélienne basée à New York, a dit que le conflit israélo-palestinien est « une dispute de territoire entre deux peuples qui y ont tous les deux des revendications et des liens historiques ».

« Comparer cette complexité à l’utilisation brutale de la force par la Russie contre la nation souveraine et pacifique d’Ukraine, c’est présenter intentionnellement de manière inexacte le conflit israélo-palestinien, et c’est être profondément insensible à la crise sécuritaire et humanitaire qu’affrontent aujourd’hui les Ukrainiens », a-t-il dit dans un tweet.

Le Jerusalem Post a lui aussi écarté ce qu’il a appelé la « tentative déloyale de lier l’Ukraine aux Palestiniens ».

« Hélas, certains verront simplement que les Russes sont de loin le côté le plus fort dans cette guerre, qu’Israël est de loin le côté le plus fort quand il combat le Hamas à Gaza et, sans réfléchir, ne feront qu’avoir de la sympathie pour l’opprimé, le côté le plus faible », a-t-il dit.

« La faiblesse, cependant, ne confère pas automatiquement la vertu. Dans le conflit ukraino-russe, il se trouve que l’Ukraine est à la fois le mauvais parti et le plus faible. Mais ce n’est pas le cas avec les Palestiniens. »