Le vent tourne en faveur de la Palestine, lors d’un sondage au sein de l’Association de langues modernes

| David Lloyd pour Mondoweiss | Traduction SF pour l’AURDIP |

Un pilier central de l’argumentation des opposants au boycott a été que même le boycott institutionnel viole la liberté académique d’universitaires individuels. Or c’était précisément cet argument que l’Assemblée des délégués a rejeté, ainsi que l’a montré le sondage. Alors que les opposants n’ont cessé de reprendre le mantra selon lequel il est impossible de faire une distinction entre l’individu et l’institution, les tenants du boycott ont mis le doigt sur le fait que nous faisons quotidiennement une différence entre des officiels qui représentent une institution et des universitaires qui conduisent leur propre recherche, même lorsqu’une même personne peut jouer les deux rôles. Ils ont mis en avant le fait que les directives de PACBI préservent avec le plus grand soin la liberté académique d’universitaires israéliens qui, directement ou indirectement, tirent un avantage de l’oppression et de la dépossession des Palestiniens, jusqu’à affirmer leur droit à enseigner et à faire de la recherche, à voyager, à publier et à participer à des conférences bénéficiant de subventions publiques.


Samedi, l’Assemblée des délégués de l’Association des Langues Modernes (MLA) a affirmé par 46 voix contre 26, lors d’un sondage d’opinion, que le boycott aide à protéger la liberté académique. Par 66 voix contre 0, ils ont aussi adopté l’idée que le MLA devrait catégoriquement condamner la répression contre les universitaires qui s’expriment publiquement sur des questions concernant la Palestine et Israël.

Ces sondages interviennent un an après une controverse en Assemblée à propos d’une résolution assez modérée qui critiquait la restriction de la liberté de mouvement d’universitaires par Israël. Cela avait jeté le trouble dans l’Association avec une médiatisation dans tout le pays, amplifiée par le mégaphone de l’indignation sioniste. Bien que cette résolution ait été adoptée de justesse par l’Assemblée des délégués de 2014 et qu’elle ait ensuite atteint une majorité des deux tiers des membres qui avaient effectivement voté, elle n’est pas passée à cause d’une règle récemment introduite dans le MLA qui veut que toute résolution doive obtenir une majorité de 10% du nombre de membres. L’AG de cette année n’avait pas pour objet de voter une résolution, pour autant son résultat a été largement plus significatif.

Le temps de discussion de 90 minutes, ouvert à tous les membres présents comme aux délégués, a été programmé en réponse à deux résolutions contradictoires, l’une appelant le MLA à soutenir l’appel palestinien au boycott des institutions universitaires israéliennes, l’autre condamnant tout boycott en tant qu’infraction à la liberté académique. Les deux résolutions ayant été considérées incompatibles, l’Assemblée des délégués a recommandé qu’elles soient reportées de deux ans, durée pendant laquelle la question du boycott universitaire fera l’objet de débats publics dans des panels de haut niveau et dans des mairies. Le vote des résolutions aura lieu à la réunion annuelle de 2017. Restez à l’écoute.

Un pilier central de l’argumentation des opposants au boycott a été que même le boycott institutionnel viole la liberté académique d’universitaires individuels. Or c’était précisément cet argument que l’Assemblée des délégués a rejeté, ainsi que l’a montré le sondage. Alors que les opposants n’ont cessé de reprendre le mantra selon lequel il est impossible de faire une distinction entre l’individu et l’institution, les tenants du boycott ont mis le doigt sur le fait que nous faisons quotidiennement une différence entre des officiels qui représentent une institution et des universitaires qui conduisent leur propre recherche, même lorsqu’une même personne peut jouer les deux rôles. Ils ont mis en avant le fait que les directives de PACBI préservent avec le plus grand soin la liberté académique d’universitaires israéliens qui, directement ou indirectement, tirent un avantage de l’oppression et de la dépossession des Palestiniens, jusqu’à affirmer leur droit à enseigner et à faire de la recherche, à voyager, à publier et à participer à des conférences bénéficiant de subventions publiques.

L’élément le plus frappant rappelé à l’Assemblée l’a été par ceux qui plaident pour le boycott : c’est qu’à côté de tout le souci exprimé par les opposants au boycott pour des dommages que pourraient éventuellement subir des universitaires israéliens quant à leurs liberté et leurs privilèges, de véritables souffrances sont infligées au quotidien non seulement aux universitaires palestiniens quant à leur liberté académique, et même quant à leur accès au matériau et aux fournitures pédagogiques, mais encore quant aux droits humains fondamentaux de tous les Palestiniens : la liberté de voyager, de parler sans peur de rétorsion ou de détention et d’emprisonnement, le droit aux biens de première nécessité, tels que l’eau et la nourriture, le droit de se réunir et de protester et le droit à la sécurité et de se libérer des punitions collective et de la discrimination.

Si la liberté académique signifie quelque chose de plus qu’un privilège garanti à ceux qui jouissent déjà de la sécurité et du bien-être matériel, elle requiert que les universitaires se positionnent pour défendre les libertés de ceux qui sont le plus vulnérables aux violations systématiques de leurs droits et à la privation arbitraire de leur liberté d’expression et de réunion. La liberté académique est un privilège insignifiant si des universitaires n’assument pas leur responsabilité éthique faisant en sorte que tous puissent en jouir.

L’Assemblée des délégués a clairement reçu ce message et a voté à l’unanimité que le MLA devrait condamner les représailles contre des universitaires qui prennent position publiquement sur la Palestine. Si la protection de la liberté académique a été le cri de guerre des critiques du boycott, sa restriction a été leur pratique constante. Depuis que l’Association des Études Américaines a voté son soutien au boycott académique en décembre 2013, ils ont œuvré de façon croissante à supprimer le soutien à la Palestine parmi les enseignants et les étudiants par différentes formes d’intimidation : depuis l’abus des codes anti-discrimination des campus à des menaces de poursuites judiciaires et de projets de loi du Congrès et du Sénat d’État ; de la diffamation au refus de titularisation ou à des attaques contre des programmes de recherche sur le Moyen Orient financées en Titre VI.

L’instance la plus célèbre de ce régime d’intimidation et de censure est le licenciement de l’été dernier de Steven Salaita de son poste de titulaire à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champagne. La présence de Salaita à la réunion de l’Assemblée des délégués et sa condamnation brève mais éloquente de l’hypocrisie de ceux qui prétendent soutenir la liberté académique tout en violant la sienne avec brutalité, a été accueillie par des applaudissements spontanés, en dépit de l’usage qui veut que l’on n’applaudisse pas les intervenants dans ce type d’échanges. Si l’on en croit la teneur de la réunion, les partisans de campagnes contre le boycott ont sérieusement tiré sur la corde l’an dernier, entraînant un dégoût pour leurs tactiques plutôt que de la sympathie.

Contre toute attente, la réunion de l’Assemblée des délégués de cette année a eu tout d’un coup un air de la réunion ouverte de l’ASA de l’an dernier, les intervenants chacun à son tour faisant précéder leurs communications par l’expression de leur soutien au boycott. Un ensemble disparate de délégués et de membres de base du MLA, divers par leur rang, leur genre, leur appartenance ethnique et leur âge, a développé, un par un, la logique du boycott avec passion et intelligence. Nombre d’entre eux avaient déjà été inspirés par la grande manifestation Ferguson2MLA de la veille à laquelle plusieurs orateurs ont fait référence dans leurs prises de parole. Par leur nombre et dans leur diversité ils ont démenti l’accusation qu’une petite minorité agressive voulait porter contre le MLA. Et, en comparaison, leurs opposants sont apparus pour la plupart ternes et surannés, continuant à marteler des points de vue discrédités et éculés qui ont cessé de convaincre depuis longtemps. Plusieurs intervenants, défendant la responsabilité qu’a le MLA d’exprimer publiquement des points de vue politiques et non seulement professionnels, ont évoqué un passé récent où l’association a été plus engagée politiquement et plus significative dans le domaine public. Il n’était pas difficile de penser que ce moment était de retour.

Et surtout, il était clair que dans une organisation universitaire de plus, le vent a tourné en faveur de la Palestine. L’espoir naguère improbable est soudain devenu imaginable : que dans un ou deux ans, le MLA rejoigne les rangs grossissants des associations académiques qui ont décidé de soutenir le boycott des institutions universitaires israéliennes, est maintenant une vraie possibilité.