Le syndicat de CUNY vote une résolution réclamant la fin de toute aide des États Unis à Israël

| Olivia Wood pour Left Voice | Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |

Les militants de base du syndicat des professeurs et du personnel de CUNY se sont battus contre des manœuvres bureaucratiques pour faire voter une résolution appelant à des discussions internes sur BDS et réclamant que Joe Biden mette fin à toute aide à Israël et aux autres pays qui participent à des violations des droits de l’homme.


Jeudi 10 juin, l’assemblée des délégués de PSC-CUNY, syndicat des professeurs et du personnel de l’Université de la Ville de New York, a étudié deux résolutions de soutien au peuple palestinien. Cette résolution a été suscitée par les bombardements de mai 2021 sur Gaza qui ont provoqué la mort d’au moins 274 Palestiniens (dont 71 enfants) et les blessures et le déplacement de dizaines de milliers d’autres. Malgré les tentatives des dirigeants du syndicat pour minimiser et vider le contenu de la résolution originale, plus combative, l’assemblée a voté une version qui décrit explicitement Israël comme un État d’apartheid, demandant aux chapitres de débattre sur le soutien à BDS et réclamant que l’administration Biden mette fin à toute aide qui finance les violations des droits de l’homme et l’occupation de la Palestine.

La résolution originale, que Left Voice (Voix de gauche) a couverte au début de cette semaine, a été coparrainée par le comité antiraciste, le comité international et le comité pour la liberté académique du syndicat. Elle comprenait une exigence pour CUNY de se désinvestir d’Israël, de soutenir BDS, et une demande pour que l’AFL-CIO rompe toute relation avec la Histadrut, fédération sioniste du travail que les syndicats palestiniens mentionnent spécifiquement dans leur appel au BDS.

Presque irrémédiablement, après que la résolution ait été présentée, James Davis, le nouveau président du syndicat, a proposé une résolution substitutive qui aurait la priorité sur l’originale et la remplacerait. La substitutive, rédigée par le conseil exécutif du syndicat, abandonnait presque toutes les dispositions de l’originale, se limitant à « condamner le massacre des Palestiniens par l’État d’Israël » et à appeler à la « discussion » dans les réunions de section sur la façon d’ « influencer la politique américaine en Israël ». Cette manœuvre bureaucratique a empêché toute discussion sur la résolution originale beaucoup plus forte.

Les militants de base sont arrivés en ayant préparé une série d’amendements dans l’intention d’ajouter autant que possible de la résolution originale et de corriger certaines lacunes de l’original (dans lequel il n’y avait par exemple aucune disposition concernant l’aide américaine à Israël). Chaque amendement proposé a été voté, bien que le temps prévu pour la discussion ait pris fin avant qu’on ait pu présenter à l’assemblée tous les amendements préparés. La version finale, amendements inclus, a été votée par 84 voix contre 34. Les quatre principaux responsables du syndicat ont voté contre.

Cette résolution fait de PSC-CUNY, qui représente environ 30.000 employés, l’un des divers syndicats des États Unis à prendre des mesures contre l’oppression des Palestiniens par Israël, y compris les collègues enseignants des Professeurs Unis de Los Angeles et des Éducateurs Unis de San Francisco. Les présidents de chapitre de L.A. qui ont voté la résolution de l’UTLA ont déjà fait face à des retours de bâton de la part de la direction du syndicat. Plusieurs délégués de CUNY ont exprimé leur inquiétude sur les conséquences possibles d’une résolution aussi controversée, y compris des difficultés accrues pour obtenir davantage de financement pour l’université au niveau de la ville et de l’état. Mais des résolutions comme celles-ci sont des étapes importantes dans la construction de la solidarité internationale parmi les travailleurs contre l’apartheid israélien et l’impérialisme américain. Par ailleurs, elles peuvent être des outils utiles pour engendrer la discussion sur une responsabilité du syndicat envers sa communauté et sa capacité à provoquer un changement au-delà de son milieu professionnel. Pourtant, il faut aller plus loin. Premièrement, étant donné l’opposition de la bureaucratie à la résolution, les militants de base doivent rester vigilants face aux tentatives pour l’enterrer ou limiter sa mise en place, et se battre pour que ses dispositions soient appliquées. Deuxièmement, les déclarations concernant BDS doivent être suivies de mobilisations pour soutenir la Palestine.

Comme le dit la déclaration de Voix de Gauche en soutien à la résolution originale, « Ce n’est pas une simple résolution qui mettra fin à l’oppression du peuple palestinien et à l’occupation de la Palestine, et une simple résolution n’est pas capable de transformer le PSC CUNY en un vrai syndicat de combat, mais prendre position sur cette question et défendre l’auto-organisation des membres de base qui ont créé cette résolution est un premier pas en direction de ces deux buts. »