Le projet qui conduit au retour des réfugiés palestiniens dans leur foyer

| Henriette Chacar pour +972 | Traduction BP pour l’AURDIP |

Que signifie le droit au retour pour les Palestiniens, 72 ans après la Nakba ? Le projet de documentation visuelle de Tarek Bakri en donne un aperçu.


Il y a quelques mois, j’étais en train de surfer sur Facebook quand une vidéo a vraiment attiré mon attention. J’ai appuyé sur le bouton « activer » pour entendre une jeune femme palestinienne, Nour, qui parlait de sa grand-mère au téléphone : « Sitti, je suis devant le palmier dont tu m’as parlé ».

Il n’y avait rien de particulièrement attrayant dans la vidéo elle-même – l’image était instable et il était difficile de distinguer les mots de Nour en raison d’un vent très fort.

Sa grand-mère, une réfugiée palestinienne d’un village au nord d’Akka, a été exilée vers un camp en Syrie durant la Nakba, la catastrophe qui a abouti au déplacement de centaines de milliers de Palestiniens en 1948, et qui continue d’en frapper des millions d’autres encore à ce jour.

Nour a pu entrer en Israël avec un passeport européen. Après avoir entendu sa mère, Um Safwan, parler toutes ces années de sa maison palestinienne, elle a décidé de venir la voir.

Le paysage a changé complètement depuis, et ce qui était le village, est devenu maintenant un parc national israélien. Mais en prenant la mer et un palmier comme ses repères, Um Safwan arrive à guider sa petite-fille jusqu’à l’endroit où se trouvait sa maison.

Nour retient ses larmes jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus. Elle s’agenouille à terre et se met à hurler. « Alhamdulillah » (Dieu soit loué), dit-elle.

La personne qui filme Nour est Tarek Bakri, un jeune ingénieur palestinien devenu archiviste par accident. Il y a près de dix ans, Tarek a lancé un projet appelé Kunna ou Ma Zilna, en arabe : « Nous étions ici et nous y sommes toujours ». C’est là une manière d’informer visuellement sur la Palestine à l’époque des médias sociaux.

En utilisant de vieilles photos et l’histoire orale, il aide les Palestiniens à retrouver leurs maisons et villages d’origine, dont beaucoup sont maintenant dépeuplés, détruits ou occupés par des Israéliens juifs.

Entre les décennies d’expansion coloniale de peuplement, le Contrat du siècle de Trump, et maintenant l’annexion officielle qui se profile, le droit au retour des réfugiés palestiniens a été mis sur la touche. Pour qu’il revienne le centre d’intérêt, nous, à +972 Magazine, nous avons décidé d’explorer la signification du retour – 72 années après la Nakba. Ne s’agit-il que d’une demande symbolique ? Est-elle réalisable ?

Cet épisode est le premier d’une série en trois parties sur le droit au retour pour les réfugiés palestiniens. Nous publierons un nouvel épisode chaque vendredi au cours des prochaines semaines, en commençant avec Tarek. Avec son aide, nous voyageons de Safad à Akka, Jaffa, Beit Nabala, et nous avons une idée de ce à quoi pourrait ressembler le retour.

Henriette Chacar est rédactrice en chef adjointe et journaliste à +972 Magazine, qui produit aussi le podcast du magazine. Elle a travaillé auparavant dans un hebdomadaire du Maine, The Intercept, et dans le Rain Media pour PBS Frontline. Henriette est diplômée de l’Université de Columbia avec une maîtrise en journalisme et affaires internationales.