Le professeur David Miller a été licencié après une campagne de dénigrement d’un lobby pro-Israël

| Asa Winstanley pour The Electronic Intifada | Traduction CG pour l’AURDIP |

L’université de Bristol a licencié le professeur David Miller, un critique britannique de premier plan d’Israël et de ses groupes de pression.

Après une campagne de dénigrement d’une année de la part de groupes de pression pro-Israël, l’université a déclaré vendredi que « le professeur David Miller n’est plus employé par l’université de Bristol ».

Le communiqué a seulement dit que Miller « ne satisfaisait pas les standards de comportement que nous attendons de la part de notre personnel », mais sans développer davantage.

Miller a dit à The Electronic Intifada qu’il ferait appel « et combattrait jusqu’au bout ».

Le communiqué a cependant exonéré Miller des allégations délibérément mensongères d’antisémitisme lancées par le lobby pro-Israël.

Un « rapport indépendant » d’un juriste dont le nom n’est pas donné a conclu que « les commentaires du professeur Miller ne constituaient pas un discours illicite », a admis le communiqué.

Miller a dit que le rapport allait en fait plus loin et que le rapport du juriste avait « explicitement déterminé » que ses remarques « n’étaient pas antisémites ».

La Campagne de soutien à David Miller qui s’est rassemblée autour du professeur a répliqué que l’université envoyait le message « qu’elle protégera les racistes, et [que] les musulmans, les étudiants noirs et les Palestiniens ne sont pas les bienvenus à Bristol ».

Dans une déclaration envoyée à The Electronic Intifada, la Campagne a dit que la décision de l’université était « conçue pour envoyer un frisson de peur le long des épines dorsales des universitaires du monde entier qui dénonce le racisme sioniste ».

La Campagne a dit que le renvoi de Miller s’était produit après « une campagne de pression par des atouts d’Israël au Royaume-Uni » et a accusé l’université de collaborer avec le lobby pro-Israël.

En ce qui le concerne, Miller a dit que la décision de le licencier avait été « prise sous pression du lobby pro-Israël » qui, dit-il « fait pression pour un état étranger hostile. L’université s’est humiliée ».

Appel

L’université a dit dans son communiqué que Miller « a droit à un appel interne qu’il peut choisir d’exercer et rien dans cette déclaration ne devrait être considéré comme préjugeant cela. »

L’université « n’a pas l’intention de faire aucun autre commentaire public pour le moment », a-t-elle dit.

L’université de Bristol a affirmé de plus qu’elle s’engageait à un environnement préservant « la liberté académique ». Mais dans ce qui ressemblait un lapsus freudien, elle a aussi déclaré que « nous prenons au sérieux tout risque d’étouffer cette liberté ».

Universitaire spécialiste de la propagande et des groupes de pression politiques, Miller a été un critique clé du lobby pro-Israël pendant la dernière décennie, ainsi que du sionisme, l’idéologie officielle raciste de l’état.

Au début de 2021, les groupes de lobby pro-Israël ont intensifié les efforts de leur campagne contre lui.

Ceux-ci incluent le Bureau des représentants des juifs britanniques, la Fédération sioniste, le Mouvement travailliste juif et le Community Security Trust [un organisme visant à assurer la sécurité de la communauté juive britannique].

Fin février, Israël lui-même s’est impliqué, mobilisant l’une de ses armées de trolls en ligne pour inonder les échanges dans les réseaux sociaux d’appels à ce que Miller soit licencié.

Act.IL – qui est dirigé et subventionné par un ministère israélien – a lancé une mission appelant à attaquer un article d’opinion publié par Al Jazeera en défense de Miller.

Sans la moindre preuve, les agents de l’armée de trolls ont dénigré Miller comme étant coupable « d’une haine flagrante des juifs », et ont appellé leurs usagers à attaquer l’article d’Al Jazeera en ligne.

Une campagne de lobbying

Un who’s who de personnalités de droite, de militants anti-palestiniens et de défenseurs d’Israël a exercé des pressions massives pour que Miller soit licencié, des politiciens britanniques en rajoutant même.

Peu après, l’université a annoncé qu’elle lançait une « enquête » sur Miller.

Plus de 300 universitaires et intellectuels publics ont répliqué, signant une lettre ouverte à l’université en soutien de Miller et de son travail.

Les signataires incluaient Noam Chomsky, l’érudit et militant palestinien Sami al-Arian, l’historien israélien dissident Ilan Pappe, le réalisateur Ken Loach et l’acteur Alexi Sayle.

« Nous nous devons d’exprimer notre solidarité avec le professeur Miller et de nous opposer à de telles tentatives pour écraser la liberté académique », a déclaré la lettre.

Elle disait que Miller est la cible d’« efforts bien orchestrés » pour déformer ses opinions « comme des preuves d’antisémitisme ».

En février, Miller a écrit dans un article pour The Electronic Intifada que « la Grande-Bretagne est sous l’emprise d’une attaque sur sa sphère publique par l’état d’Israël et ses défenseurs ».

« Des discussions importantes sur le racisme contre les Noirs et l’islamophobie ont été noyées par une campagne de pression concertée ciblant les universités, les partis politiques, le régulateur des égalités et les institutions publiques dans tout le pays ».