Le Parisien : Pourquoi Vanessa Paradis n’ira pas en Israël

|

Thierry Dague | Le Parisien | 19 Janvier 2011 |

ANNULATION. La chanteuse, après d’autres, a annulé son prochain concert à Tel-Aviv. Un groupement d’associations fait pression pour que l’Etat hébreu soit boycotté.

Officiellement, c’est pour des « impératifs professionnels » que Vanessa Paradis
a annulé le concert qu’elle devait donner le 10 février à l’Opéra de Tel-Aviv. Un
contretemps qui aurait pu passer inaperçu s’il ne s’ajoutait à la liste de plus en
plus longue des artistes qui, ces derniers mois, ont renoncé à se rendre en Israël :
les musiciens Carlos Santana, Elvis Costello ou Massive Attack, les acteurs Dust in
Hoffman et Meg Ryan, les cinéastes Ken Loach et Mike Leigh. Chaque fois, une campagne de pression les incitant à « boycotter » l’Etat hébreu les avait pris pour
cible. Si l’entourage de Vanessa Paradis se refuse à en dire plus, la chanteuse a
fait l’objet d’une lettre ouverte lui demandant de ne pas chanter en Israël : « Vous qui êtes mère, vous qui êtes marraine d’une association qui réalise les rêves des
enfants, nous vous demandons de penser aux milliers d’enfants palestiniens qui
n’ont pas la chance de pouvoir rêver », dit le texte, repris sur de multiples sites
Internet et adressé à des dizaines d’exemplaires à Universal, la maison de disques
de l’artiste.

Les auteurs ? Un mouvement baptisé BDS : Boycott, Désinvestissement, Sanctions, qui milite depuis 2005 dans le monde entier, se réclame de la « société civile palestinienne » et regroupe des dizaines d’associations propalestiniennes ou altermondialistes. « Vanessa Paradis a dû être sensible à nos arguments, veut croire Imen Habib, animatrice du BDS France, créé en juin 2009. On interpelle
les artistes de manière pacifique, en s’inspirant de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. » Et tant pis si l’interprète de « Joe le Taxi » n’a jamais pris position sur le conflit israélo-palestinien : « Le gouvernement israélien se sert de ces artistes pour redorer son image, justifie la représentante. Le simple fait d’y aller est un acte politique. »

Les campagnes du BDS visent aussi les sportifs, les universitaires et les
supermarchés qui vendent des produits fabriqués en Israël. Et se relaient
d’un pays à l’autre : la branche américaine s’en est prise à Johnny Depp, le
compagnon de Vanessa Paradis, annoncé à ses côtés en Israël. « Depuis
un an et demi, ce mouvement s’est structuré et professionnalisé, observe
Daniel Rouach, fondateur du site d’informations IsraëlValley. Ils utilisent
les moyens numériques, des slogans. » Ou d’autres méthodes plus classiques : samedi, une vingtaine de membres d’EuroPalestine, se réclamant
du BDS, ont manifesté à l’entrée du concert de Vanessa Paradis à
Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), en scandant : « Vanessa, n’y va
pas ! »Le soir même,la production de la chanteuse annonçait l’annulation.
De plus en plus visible, l’action du BDS est désormais contrée par des
organisations comme le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de
France) ou le BNCVA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme).
Ce dernier « déplore et condamne » le choix de Vanessa Paradis.
Et attaque régulièrement en justice le camp adverse pour « provocation
à la discrimination ». L’avocat du BDS France, Me Gilles Devers,
défendra ainsi à Perpignan, lundi, trois militants poursuivis pour avoir
fait irruption dans un magasin Carrefour. Ce qui n’empêche pas le mouvement
de poursuivre son action : ces derniers jours, c’est le cinéaste et musicien
Emir Kusturica qui a reçu une lettre intitulée « Emir, s’il te plaît, ne te
rends pas en Israël ».