Le BDS gagne de l’impulsion en Grande-Bretagne


Le boycott académique d’Israël était cette semaine le thème d’une discussion à l’École des Études orientales et africaines de la London University (London University’s School of Oriental and African Studies, SOAS). Cet événement organisé par le syndicat étudiant et hébergé par l’Association sur la Palestine de SOAS (SOAS Palestine Society) a attiré un large auditoire dans le cadre de la campagne destinée à voter en faveur du ralliement à une liste croissante d’institutions universitaires boycottant Israël.

La société civile palestinienne a lancé la campagne pour un boycott académique d’Israël en 2005 comme moyen de pression sur le gouvernement de Tel Aviv jusqu’à ce qu’il se conforme aux lois internationales et respecte les droits palestiniens. Depuis cette date, la campagne s’est développée en gagnant l’appui de centaines d’individus et d’institutions dans le monde, y compris le célèbre physicien britannique Stephen Hawking.

Un témoignage de l’efficacité de la campagne est le fait que des organismes internationaux majeurs entendent aussi son appel. L’Union européenne, par exemple, a annoncé que ses nouvelles règles empêcheraient les universités, compagnies et projets israéliens basés dans des colonies illégales de recevoir un financement européen.

Le vote de la SOAS semble s’orienter vers un "oui" puisque des centaines d’étudiants s’étaient rassemblés pour écouter deux militants de premier plan pour la justice en Palestine : Illan Pappé, professeur à l’université d’Exeter, et Karma Nabulsi, maître de conférences à l’université d’Oxford. Tous deux ont argumenté de manière convaincante en faveur du boycott, en insistant sur le rôle central que les universités jouent dans de tels combats dans le monde entier. En octobre dernier, l’université d’Exeter a voté massivement en faveur du boycott d’Israël, avec la plus large participation de toute l’histoire de l’institution ; 86% ont soutenu la résolution.

Le professeur Pappé est l’un des " nouveaux historiens" d’Israël et l’auteur de nombreux articles et livres sur le conflit israélo-palestinien, en particulier “The Ethnic Cleansing of Palestine” (“Le nettoyage ethnique de la Palestine”). Il a entamé son argumentation pour que la SOAS rejoigne le mouvement de boycott en mentionnant la victoire à Exeter, une université, a-t-il fait remarquer, qui a une association pour la chasse au renard, une bonne indication de sa nature conservatrice. "Si Exeter peut le faire, alors SOAS le peut aussi certainement", a-t-il dit.

Il a poursuivi en expliquant pourquoi un boycott académique est une composante importante du mouvement de Boycott, désinvestissements et sanctions (BDS) dans son ensemble et comment on peut le rendre plus efficace. "Un boycott académique met à jour le double discours et l’exceptionalité dont jouit Israël en poursuivant ses politiques criminelles sur le terrain", a-t-il dit à son auditoire. "Ils doivent être mentionnés parce que toutes les universités, malheureusement, ne rejoignent pas le mouvement BDS".

Tout en montrant les points forts du mouvement BDS, le professeur Pappé a aussi fait quelques suggestions pour l’améliorer. BDS, a-t-il dit, est une partie d’un combat palestinien bien plus large pour la justice et personne ne doit le mettre en danger. « Nous courons cependant le risque de négliger d’autres aspects du combat palestinien, comme la situation désespérée des réfugiés palestiniens, les Palestiniens d’Israël qui sont traités comme des citoyens de seconde classe, et la représentation palestinienne. »

Un facteur que le mouvement BDS doit prendre en considération est le manque de résultats tangibles sur le terrain. BDS gagne un soutien incroyable dans le monde entier, mais a eu peu d’impact pour les Palestiniens. « Quelle relation y-a-t-il entre le boycott et la vie quotidienne des Palestiniens ? » a demandé Pappé. « Il y a un fossé entre l’opinion publique qui est en train de changer contre Israël et la réalité de terrain pour les Palestiniens. Comment pouvons-nous diminuer l’écart entre l’opinion générale qui devient de plus en plus négative vis-à-vis d’Israël, et la situation tragique à laquelle sont confrontés les Palestiniens ? ».

Avec les événements récents à Paris qui dominent dans les medias et la question de la liberté d’expression qui est actuellement soumise à un examen intense, le professeur d’histoire a insisté sur le fait que BDS concerne la liberté d’expression et de parole. Il a noté l’hypocrisie du gouvernement français qui a mis hors la loi BDS et les manifestations pro-palestiniennes, parmi d’autres actions se frottant à la susceptibilité juive. « Nous devons inverser la tendance à sacraliser Israël et ses symboles et insister sur le fait que BDS est notre droit à la liberté d’expression » a souligné Pappé.

Il a suggéré en outre que les terribles événements de Paris ont aussi ébranlé le récit sioniste. Le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu a été critiqué pour son exploitation des incidents afin de marquer des points politiques, quand il a dit que les Juifs étaient menacés en Europe et devraient déménager vers Israël. « Ceci a souligné la redondance du récit sioniste » a affirmé Pappé. « L’Europe ne restera pas les bras croisés alors que des Juifs sont menacés. »

Son point final était dirigé spécifiquement contre les universitaires israéliens qui ont abandonné leur responsabilité académique et leur objectivité et ont accepté de devenir un instrument du pouvoir, un outil du gouvernement israélien pour justifier et faciliter l’occupation actuelle de la Palestine. « Nous boycottons les universitaires israéliens pour la connaissance qu’ils produisent. Ils sont un pilier de l’occupation israélienne et le type de connaissances qu’ils produisent soutient l’occupation ; nous devons leur rappeler que leur connaissance soutient un État voyou. »

Dr Karma Nabulsi est maître de conférences en politique et relations internationales. Elle a insisté sur l’importance qu’une institution comme la SOAS rejoigne le boycott académique et a décrit comment cela constitue une composante majeure du combat général pour la justice en Palestine. « C’est une vieille tactique utilisée de nombreuses fois avec succès au cours de l’histoire, mais dans le cas de la Palestine, elle sert aussi à sensibiliser. »

En insistant sur l’aspect boule-de-neige de BDS, Karma Nabulsi a dit qu’un des principaux objectifs du mouvement était d’éduquer les gens sur la nature de l’occupation israélienne. « Quand les gens sont informés, ils deviennent désireux de rejoindre la campagne BDS », a-t-elle affirmé. « Nous avons besoin de mobiliser, de sensibiliser et de renforcer les rangs en faisant participer plus de personnes à la campagne BDS. »

Nabulsi, qui a été antérieurement conseillère de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a été impliquée dans les négociations d’Oslo. Elle a souligné qu’une des caractéristiques uniques de la terrible situation des Palestiniens est le fossé entre les droits légaux et la réalité. « Nous devons rendre les gens conscients des droits légaux minimaux des Palestiniens, comme leur droit de retour, selon la loi internationale, et à quel point ils sont loin d’obtenir même les plus élémentaires de leurs droits légaux. »

Karma Nabulsi a achevé sa courte présentation par une déclaration retentissante rappelant aux étudiants que la justice appartient à l’université. « Imaginez qui n’est pas avec vous et réfléchissez à la manière dont vous pouvez les atteindre et faire de BDS une question majeure ; et notez que le combat pour la Palestine est une cause remarquable car elle élève ceux qui y prennent part. »

La campagne à SOAS est un microcosme d’efforts similaires tout autour du globe ; des organisations et des institutions sont suffisamment indignées par les actions d’Israël pour rejoindre le mouvement BDS. Un rapport classifié du gouvernement israélien affirme que le boycott ne peut que s’aggraver du point de vue d’Israël dans la mesure où des institutions comme l’Union européenne lient clairement les relations diplomatiques et les liens économiques. Poussé à sa conclusion logique, ceci ne peut que pousser Israël dans une spirale descendante de plus de boycott, plus de désinvestissement et plus de sanctions.