La santé des Palestiniens

Publié dans le Lancet le 4 novembre 2018 DOI :https://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)32934-9

Je félicite Richard Horton (2 novembre, p. 1612) [1] pour sa discussion de l’occupation militaire israélienne en terre palestinienne, y compris le siège de la Bande de Gaza et les effets de cette occupation sur la santé et l’accès aux soins. Cela inclut aussi des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) [2] sur les attaques par Israël sur les services de santé palestiniens, les professionnels de la santé, les ambulances et les établissements de soin. Horton inclut aussi la réponse de ses collègues israéliens au rapport de l’OMS.

Les collègues israéliens d’Horton répondent sur un ton qui blament la victime. Ils insistent sur leur « désir que les Palestiniens jouissent de la meilleure qualité de soins possible », appellent à « une meilleure collaboration entre Palestiniens et Israéliens pour améliorer la santé des Palestiniens », et souhaitent vivement améliorer la santé et le bien-être de leurs voisins palestiniens. Pourtant ils se cachent derrière de prétendues barrières à ce progrès, liées à la sécurité, à la politique et à l’économie, qu’ils décrivent comme sévères, sans expliquer leurs origines.

Ces arguments tomberont probablement dans l’oreille d’un sourd, mais encore une fois, le problème principal que ces collègues doivent reconnaître est la cause de la mort, des blessures, des handicaps, de la mauvaise santé et de la souffrance auxquels sont principalement soumis les Palestiniens et quelques Israéliens, bien que pas du tout de manière égalitaire. Le fait est qu’Israël occupe militairement des terres palestiniennes et que c’est précisément la cause profonde de la mauvaise santé dans la région.

Les Palestiniens et les Israéliens sont souvent décrits comme égaux alors qu’ils ne le sont pas. Israël est un occupant militaire des terres palestiniennes et est connu par ses nombreuses violations aux droits humains et ses nombreux mauvais traitements, ainsi que pour des actions considérées comme illégales par toutes les conventions pertinentes des Nations Unies. Ceci inclut la confiscation illégale des terres palestiniennes, la construction de colonies israéliennes sur ces terres occupées en 1967 et le contrôle de l’eau et d’autres ressources, qui menace les foyers et les communautés palestiniens et pousse peu à peu les Palestiniens hors des territoires reconnus par les Nations Unies comme devant faire partie d’un état palestinien. C’est de l’expropriation de terres. Israël est aussi connu pour son immense puissance et sa supériorité économique, politique et militaire utilisées pour contraindre les Palestiniens à la soumission au lieu de négocier une solution au conflit chronique palestino-israélien. En revanche, les Palestiniens occupés militairement par Israël souffrent d’exposition chronique à la violence israélienne (y compris des menaces à leur survie) et résistent à bon droit contre l’oppression et l’injustice. Les Palestiniens sont une population captive, et un peuple en danger.

Mes collègues de l’université de Birzeit et moi-même avons essayé le dialogue et la collaboration, mais cela ne fonctionne simplement pas, pour des raisons structurelles. J’ai essayé de dialoguer avec les Israéliens pendant au moins une décennie dans les années 1980 et au début des années 1990, allant d’une maison à une autre, d’une université à une autre, d’une salle publique à une autre, parlant en public avec des collègues de l’université de Birzeit, à, et avec, des Israéliens, expliquant, et pensant qu’avec du dialogue et de la collaboration, nous serions capables de changer la manière de penser des Israéliens et de les aider à comprendre que l’occupation militaire israélienne est mauvaise pour la santé à la fois des Palestiniens et des Israéliens.
Mais une décennie a passé et rien n’a changé. Je suis arrivée à la conclusion qu’aussi longtemps que les Israéliens bénéficient de l’occupation, économiquement et autrement, il y a des chances qu’ils continuent à se cacher derrière des situations de sécurité et leurs intentions d’améliorer la santé et le bien-être des Palestiniens, sans aller jusqu’à réclamer la fin de l’occupation et la justice pour les Palestiniens.

Des Palestiniens travaillent étroitement avec une très petite minorité d’Israéliens qui sont du côté de la justice. Cela m’amène à clarifier le fait que le discours sur le problème israélo-palestinien est problématique parce que les côtés sont souvent interprétés comme israélien vs. palestinien. En fait, les deux côtés sont le côté en faveur de la justice et le côté qui ne l’est pas. De fait, une minorité d’Israéliens sont du côté de la justice pour les Palestiniens, et nous coopérons avec des groupes, dont Physicians for Human Rights Israel (Médecins pour les droits humains-Israël) et d’autres groupes et individus qui travaillent, et appellent, à mettre fin à l’occupation militaire israélienne des terres palestiniennes, et sont des amis proches. Quelques Israéliens (et quelques Palestiniens) ne sont pas du côté de la justice, et nous ne voulons aucune collaboration avec ces gens. Ce serait comme mettre un plâtre sur une blessure infectée, couvrant une réalité horrible.

Les collègues de Horton doivent reconnaître que les Palestiniens n’ont pas besoin de l’aide d’Israël pour améliorer leur santé, ce qui semble pourtant leur manière de se dispenser de la responsabilité de se dresser en faveur de la vérité et de la justice. La logique est incompréhensible : l’armée israélienne détruit le système de santé en territoire palestinien occupé et elle lance des bombes, des obus, des tirs sur les civils palestiniens. Pourtant au lieu d’appeler à la fin des attaques sur les civils et à la fin de l’occupation et de la colonisation israéliennes en territoire palestinien, les professionnels médicaux israéliens appellent à la collaboration pour améliorer la santé palestinienne. Non seulement cela ne fait pas sens — c’est insultant.

Les Palestiniens ne veulent pas la charité israélienne. Ce que les Palestiniens veulent est la liberté de reconstruire et de développer leur propre société. Les Palestiniens veulent aussi, et méritent, la justice et la liberté. C’est alors seulement que la paix sera obtenue.

[1R. Horton, The health of Palestinians is a global responsibility, The Lancet. 2018 ; 392 : 1612.

[2WHO Regional Office for the Eastern Mediterranean, Right to Health : crossing barriers to access heath in the occupied Palestinian territory 2017, World Health Organization, Cairo ; 2018.

|Formulaires et listes
Faire un don

Votre don à l’AURDIP nous permettra de financer nos activités, d’imprimer des documents, de publier des informations, et de faire campagne auprès des universitaires.
Faire un don

Newsletter