La recherche d’un nouveau directeur pour le programme sur les Droits humains internationaux de l’université de Toronto donne lieu à des démissions et à des allégations d’interférence


Le conseil consultatif de faculté du programme sur les droits humains internationaux (IHRP) de la Faculté de droit de l’université de Toronto a démissionné après une controverse sur le recrutement d’un nouveau directeur pour le programme.

Edward Iacobucci, doyen de la prestigieuse école de droit, s’est retrouvé sous le feu des critiques, accusé d’avoir annulé une offre pour cette direction faite à l’éminente universitaire internationale Valentina Azarova.

Plusieurs universitaires nationaux et internationaux ont écrit à l’université pour exprimer leur consternation que ce retournement se soit produit après ce qui a été rapporté comme la pression d’un juge en fonction — un donateur important à la faculté. Il aurait exprimé en privé des inquiétudes à propos du travail passé d’Azarova sur la question des violations des droits humains en Palestine. Toutes les lettres mentionnées ici ont été vues par le Star.

« La recherche récente d’un directeur exécutif a engendré une controverse importante, en particulier des allégations d’interférence extérieure dans le processus de recrutement », ont écrit mercredi Vincent Chiao, Trudo Lemmens et Anna Su, trois membres du conseil consultatif de la faculté, à Iacobucci. « Nous sommes désappointés par ce résultat, l’absence de procédure équitable, y compris l’échec à fournir des raisons pour la décision prise ».

Audrey Macklin, qui présidait le conseil, et faisait partie du comité de sélection qui avait décidé à l’unanimité qu’Azarova était la meilleure candidate pour la position, a démissionné du conseil la semaine dernière.

Dans une déclaration au Star, l’université a invoqué la confidentialité sur les questions touchant au personnel, mais a déclaré : « Nous pouvons confirmer qu’aucune offre de recrutement n’a été faite à aucun candidat et que, par conséquent, aucune offre n’a été révoquée. La Faculté de droit a annulé la recherche. Aucune offre n’a été faite à cause de contraintes techniques et juridiques relatives au recrutement transfrontalier en ce moment », a dit Kelly Hannah-Moffat, vice-présidente pour les ressources humaines et l’équité. Azarova, qui est basée en Allemagne, a refusé de parler au Star.

Mais une lettre à Iacobucci de deux anciens directeurs de l’IHRP le 12 septembre contredit l’affirmation de l’université selon laquelle aucune offre de recrutement a été faite.

« Azarova — la candidate classée en tête par le comité de recrutement — a accepté l’offre de la faculté mi-août », a écrit Carmen Cheung et le directeur le plus récent, Samer Muscati. « La faculté de droit a mis Dr. Azarova en contact avec un conseiller pour l’immigration afin de l’informer sur ses options pour obtenir un permis de travail au Canada et Dr. Azarova a commencé à planifier son déménagement avec son partenaire, depuis l’Allemagne jusqu’à Toronto, où ses beaux-enfants résident ».

Azarova a enseigné le droit et le droit international et a travaillé à l’établissement de mécanismes pour mettre en vigueur les droits humains en Europe et au-delà et elle a été consultante dans des missions d’enquête exploratoire des Nations Unis, parmi d’autres réalisations.

Le doyen a invoqué la confidentialité, et a offert une déclaration à la faculté lors d’une réunion lundi ainsi qu’aux individus lui ayant écrit. « Les rumeurs mal informés et les spéculations ont atteint un tel niveau que, aucune offre d’emploi n’ayant été faite, l’université a décidé d’annuler la recherche d’un candidat pour le moment ».

Des lettres à l’université d’universitaires du monde entier, de membres du comité directeur des anciens étudiants et d’autres membres du personnel universitaire ont fermement condamné ce qu’ils ont vu comme « une pression extérieure inappropriée » et « l’irrégularité d’une telle interférence par d’anciens étudiants ».

« La simple perception d’une interférence a le potentiel de saper l’intégrité de la procédure de recrutement de la Faculté de droit et la réputation et le travail futur de l’IHRP", dit une lettre de deux co-présidents du comité directeur des anciens étudiants de l’IHRP.

Annuler la rechercher maintient de fait le statu quo selon lequel l’IHRP reste sans directeur permanent.

Trudo Lemmens du conseil consultatif de la faculté a déclaré qu’il espérait une déclaration ferme, soit confirmant une tentative d’interférence — et détaillant la réponse de l’université — ou réfutant les allégations.

« En tant que membre du personnel d’une institution universitaire qui prise la liberté académique et les questions de droits humains, je n’ai pas une compréhension claire des raisons pour lesquelles ce recrutement n’a pas eu lieu. C’est pourquoi je me suis joint à la démission d’autres collègues, parce que je ne suis pas dans la position de défendre fermement la procédure et la décision. C’est particulièrement important, parce que je crois si fermement à la valeur de ce programme et à l’intégrité de ce programme ».

Un professeur de droit à l’université de Toronto a dit : « Il [le doyen] fait allusion à des rumeurs mais ne les nie pas. Bien sûr, nous pouvons seulement spéculer — nous ne savons pas ce que la personne lui a dit et qu’il a fait. S’il n’y aucune base à ces rumeurs, nous sommes mal informés. Donc, s’il vous plait, informez-nous. »

« Cette réponse de juriste prudemment élaborée n’est pas une réponse ».

L’IHRP n’a pas eu de directeur permanent depuis plus d’un an. Les universitaires et les experts juridiques qui connaissent le travail d’Azarova ont dit au Star qu’elle était une candidate parfaite.

« Elle est une praticienne des droits humains dans une large variété de domaines », a dit Itamar Mann, maître de conférences à la faculté de droit de l’université de Haifa, qui a travaillé étroitement avec Azarova dans le Global Legal Action Network [réseau bénévole d’action juridique internationale] sur la migration et les questions de réfugiés en Europe.

Elle est associée au Centre de droit international de Manchester, à l’université de Manchester, parle de nombreuses langues et a vécu au Moyen-Orient et en Afrique.

Le programme de l’université lui-même est connu pour offrir des opportunités de formation aux étudiants, en les exposant à des questions nationales et internationales sur les droits humains.

Des professeurs ont dit au Star que, alors même que des opinions controversées ne peuvent être censurées, celles-ci épousées par Azarova ne sont pas radicales et adhèrent au consensus juridique général sur les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens.

« Sa critique d’Israël est extrêmement légitime en Israël même », a dit Mann. « C’est une critique que je partage. C’est une critique des violations des droits humains de longue date par rapport au droit international, principalement via le projet des colonies qui est sans conteste illégal et c’est la sorte de position qui est majoritaire dans le monde entier. Ce n’est pas une position exotique du tout ».

« Même dans la perspective des gens qui s’imaginent aider à défendre ou à soutenir Israël, je pense que ce serait une grave erreur ».

« Etre capable de débattre est une partie essentielle de la démocratie ».