La bataille contre le COVID-19 dans le territoire palestinien occupé

Publié dans the Lancet en septembre 2020
DOI:https://doi.org/10.1016/S2214-109X(20)30237-0


L’éruption de la maladie du coronavirus 2019 (COVID-19) dans les territoires occupés, et en particulier dans la bande de Gaza, met en évidence les effets du blocus en cours sur la santé publique. En 2007, après l’accès au pouvoir du Hamas, Israël et l’Égypte ont imposé un blocus terrestre, aérien et maritime sur la bande de Gaza. D’après la décision du cabinet israélien de l’époque, Gaza a été déclarée comme étant gouvernée par une « entité hostile » en raison des attaques du Hamas contre les citoyens israéliens. Le blocus a inclus des interdictions sur ce qu’on appelle les matériels à double usage (qui peuvent être utilisés à la fois à des fins civiles et à des fins militaires). Cependant, l’interdiction inclut des articles qui n’ont rien à voir avec la sécurité – par exemple, certains types de nourriture – et d’autres qui étaient visés à titre de punition – telles les limitations en électricité. La nature extensive du blocus a eu un impact dévastateur sur la santé et le bien-être des habitants de Gaza.

Au 30 juin 2020, c’est un total de 2443 cas de COVID-19 qui ont été diagnostiqués dans le territoire palestinien occupé, dont 72 dans la bande de Gaza [1]. Les ministères palestiniens de la Santé à Gaza et à Ramallah ont reconnu que leur capacité à contenir la propagation du COVID-19 était limitée par les pénuries en cours et préexistantes en matériel médical, notamment en médicaments et en matériel jetable. Les mesures de santé publique ont fait preuve de prudence et elles ont largement contribué à un taux d’infection très faible durant les trois premiers mois de la crise ; par exemple, Gaza recommandais que les personnes revenant de l’extérieur de Gaza en passant par les points de passage de Rafah ou Erez restent en quarantaine pendant 21 jours, au lieu de 14 [2].

Pourtant, ces tentatives sont entravées par les restrictions exceptionnelles auxquelles est confronté le système de santé palestinien. Si même des systèmes de santé bien équipés dans des pays d’Europe ont eu du mal à gérer cette crise, alors, pour le service de santé palestinien qui supporte le fardeau des pénuries budgétaires et d’une fragmentation de plusieurs décennies, les difficultés allaient être probablement bien pires. La séparation entre Jérusalem-Est, Gaza et la Cisjordanie, et les restrictions qu’Israël impose sur la liberté de déplacements des patients, du matériel médical et du personnel de santé, s’opposent structurellement à tout fonctionnement correct du système de santé palestinien.

Le blocus de 13 ans signifie que de nombreux traitements à Gaza sont indisponibles et que le personnel de santé ne dispose pas de connaissances médicales à jour. Par suite, plus de 9000 patients doivent, chaque année, obtenir l’autorisation des Israéliens pour quitter la bande de Gaza afin de recevoir un traitement indisponible localement, un quart d’entre eux sont des patients atteints d’un cancer [3].

L’insuffisance en équipements nécessaires pour le traitement du COVID-19 dans le territoire palestinien occupé (par exemple, 87 lits d’unités de soins intensifs avec ventilateurs pour près de 2 millions de personnes, et un manque d’équipement en protection individuelle) est aggravée par de mauvaises conditions de santé publique : une crise de l’eau et de l’électricité, une pauvreté endémique, et une forte densité de population [4].

Dans le même temps, les patients qui ont besoin d’un traitement non disponible localement sont confrontés à un dilemme : soit, rester et ne pas être traités, soit, quitter la bande de Gaza avec le risque d’être infectés par le COVID-19. À ce dilemme s’ajoute le retour obligatoire dans les centres d’isolement sous-équipés de Gaza, ce qui fait courir un risque supplémentaire sur la santé. L’OMS estime qu’à fin mars, il y avait environ 1200 patients qui devaient quitter Gaza pour être soignés, dont des dizaines atteints de cancer [5].

Médecins pour les droits de l’homme–Israël (PHRI, l’organisation pour la santé et les droits de l’homme où nous travaillons toutes les deux) a demandé qu’Israël agisse de façon transparente et publie les politiques du pays pour prévenir une éruption dans le territoire palestinien occupé. La Convention de Genève exige que la puissance occupante prenne « les mesures prophylactiques et préventives nécessaires pour combattre la propagation des maladies contagieuses et des épidémies » [6].

Bien qu’Israël ait des préoccupations en matière de sécurité, les restrictions qu’il impose laissent des milliers d’humains sans accès à des soins satisfaisants. Des indications encourageantes montrent qu’au départ, une coopération entre Israël, l’Autorité palestinienne et le Hamas a eu lieu, au moins indirectement. Néanmoins, des mesures supplémentaires doivent être prises.

Pour que les systèmes de santé palestiniens soient en mesure de gérer l’épidémie, il faut qu’Israël lève le bouclage de la bande de Gaza afin de permettre le fonctionnement correct du système de santé de Gaza et des autres services essentiels face à la pandémie du COVID-19. La levée du bouclage doit inclure la suppression des obstacles à la circulation des marchandises. Lorsque les médicaments et les équipements sont indisponibles en raison de pénuries budgétaires ou d’arguments sur le double usage, Israël doit, dans toute la mesure du possible, contribuer à assurer la fourniture des matériels manquants. Simultanément, les autorités israéliennes doivent travailler avec le Hamas et l’Autorité nationale palestinienne afin de trouver des solutions pour les patients qui ne peuvent actuellement quitter la bande de Gaza alors qu’il leur faut recevoir un traitement qui n’y est pas disponible. Le PHRI a déposé une requête devant la Cour suprême d’Israël demandant l’aide susmentionnée. Dans sa réponse du 7 mai, Israël énumère une partie de l’aide très limitée qu’il a fournie jusqu’à présent. Pourtant, étant donné les points faibles susmentionnés dans les systèmes de santé de Gaza et de Cisjordanie, et l’étendue de la responsabilité d’Israël, l’aide qu’il a fournie jusqu’à présent est grandement symbolique. La requête a été retirée, mais le PHRI continuera de faire pression pour une assistance accrue à Gaza, en particulier à la lumière d’une possible deuxième vague.

Nous ne déclarons aucun intérêt rival.