La barbarie du refus de l’eau aux Palestiniens dans les Collines du Sud d’Hébron

| Daphne Banai pour +972 | Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |

Ces 15 dernière années, j’ai été le témoin de la façon dont l’armée israélienne empêche les communautés palestiniennes d’accéder à l’eau afin de les expulser et de prendre leur terre.


Abu Hani et sa famille ne vivent qu’à deux kilomètres de l’avant-poste colonial israélien d’Avigayil dans les Collines du Sud d’Hébron occupées. Mais, à la différence des résidents d’Avigayil, qui sont connectés au réseau d’eau national, Abu Hani et ses enfants n’en ont pas le droit. Non seulement ils ne reçoivent pas une goutte d’eau de Mekorot, compagnie nationale des eaux d’Israël, mais les autorités israéliennes leur interdisent également de conserver des citernes pour y recueillir l’eau de pluie, comme ils le faisaient jusqu’à ce qu’Israël prenne possession de la zone.

Abu Hani, comme beaucoup de chefs de famille palestiniens dans les Collines du Sud d’Hébron, est obligé de se déplacer sur de grandes distances et de payer un prix exorbitant pour remplir un conteneur rouillé qui fournira de l’eau à sa famille.

Il n’est pas le seul. D’après l’association de défense des droits de l’homme B’Tselem, les Palestiniens des Collines du Sud d’Hébron achètent de l’eau transportée par des camions qui viennent généralement de la municipalité palestinienne voisine de Yatta, la payant souvent plus de quatre fois le prix de l’eau à usage résidentiel en Israël. Ces prix élevés signifient que les Palestiniens en arrivent à débourser jusqu’à un tiers de leur revenu mensuel pour avoir de l’eau. A comparer avec Israël où une famille moyenne ne dépense que 1,3 % de son revenu mensuel pour l’eau.

Le manque d’infrastructures locales d’approvisionnement en eau pour les Palestiniens fait que la consommation quotidienne moyenne d’eau par personne chez les résidents palestiniens de Cisjordanie s’établit à 28 litres par personne par jour, tandis que la consommation dans les colonies israéliennes des Collines du Sud d’Hébron est de 211 litres par personne par jour. Ce niveau de consommation est semblable, d’après B’Tselem, à celui des régions en crise humanitaire dans le monde telles que le Darfour.

Refuser l’eau aux Palestiniens des Collines du Sud d’Hébron est l’une des méthodes barbares utilisées pour expulser la population locale afin de s’emparer de sa terre et la transmettre aux colons juifs.

Cette barbarie ne peut évidemment s’imposer sans la présence de l’armée d’occupation. J’en ai été témoin la semaine dernière lorsque 50 militants israéliens, dont les membres de la Knesset Mossi Raz (du Meretz) et Ofer Cassif (de la Liste Unie), ont accompagné Abu Hani et sa citerne d’eau du village d’A-Tuwani à la communauté d’Al-Mugafara, où il vit.

Alors que nous marchions sur la route principale, une ambulance de l’armée est soudain arrivée à notre niveau. Nous avons poliment libéré le chemin, mais alors qu’elle nous dépassait, l’ambulance s’est arrêtée, a bloqué la route et a déversé un groupe de soldats en armes. En quelques minutes, d’autres jeeps de l’armée sont arrivées.

Les soldats nous ont attaqués, ont lancé des gaz lacrymogènes et ont essayé de nous arrêter dans notre livraison d’eau. L’un des manifestants a été violemment jeté à terre et blessé par soldat israélien. Un autre manifestant a été projeté au sol, après quoi un soldat s’est agenouillé sur son cou. Six manifestants ont été arrêtés et détenus pendant sept heures.

En tant que militante ces quinze dernières années dans la Vallée du Jourdain occupée, j’ai été témoin au quotidien de cette injustice. Des milliers de Palestiniens de la zone n’ont pas accès à l’eau sous des températures qui peuvent atteindre les 40 degrés Celsius (104 degrés Fahrenheit) en été. Les familles palestiniennes doivent traverser tous les trois jours des zones d’entraînement à tir réel des FDI (qui s’étendent sur 46 % de la Vallée du Jourdain) pour apporter de l’eau dans des réservoirs rouillés au prix de 1.700 NIS (530 $) par mois.

L’armée va souvent confisquer ou détruire les conteneurs, laissant des familles entières sans une goutte d’eau pour de longues périodes, comme ils l’ont fait dans le hameau de Khirbet Humsa ou Ras a-Tin pendant le pic de chaleur du mois de juillet. D’autres fois, si les Palestiniens décident d’acheter leur eau à l’Autorité Palestinienne, l’armée détruira leurs canalisations.

Les colons eux-mêmes jouent également un rôle actif dans ce sabotage de l’eau. Au cours des deux dernières années, ils ont interdit l’accès à deux sources dans la zone, interdisant la possibilité pour les bergers palestiniens d’abreuver leurs troupeaux.

Beaucoup de Palestiniens de la Vallée du Jourdain, qui dépendent de l’agriculture, installent des canalisations de fortune et se connectent indépendamment au réseau d’eau national. Cependant, sans un permis de construire, agir ainsi est considéré comme « illégal » et signifie que les autorités israéliennes peuvent démolir à tout moment les canalisations. L’Administration Civile – qui gère les affaires quotidiennes des millions de Palestiniens sous occupation – refuse plus de 98 % des demandes de permis de construire en Zone C, où se trouvent et la Vallée du Jourdain et les Collines du Sud d’Hébron, tout en pratiquant régulièrement des démolitions pour de soi-disant violations d’aménagement et de construction.

L’eau est un acquis pour la plupart des Juifs israéliens, quelque soit le côté de la Ligne Verte où ils vivent. Les Palestiniens de la Vallée du Jourdain et des Collines du Sud d’Hébron doivent se battre tous les jours pour garantir chaque goutte d’eau pour eux et leurs familles. Depuis 54 ans, grâce à une armée incroyablement brutale, les autorités israéliennes ont privé de ce droit les Palestiniens qui vivent sous occupation, dans le cadre de leurs efforts pour expulser de sa terre une population civile autochtone, simplement parce qu’elle n’appartient pas au bon groupe ethnique ou religieux. C’est de l’apartheid sous sa pire forme.

Daphne Banai a été 15 ans militante dans la Vallée du Jourdain. Elle milite également avec MachsomWatch, Femmes Contre l’Occupation et pour les Droits de la Personne Humaine. Auparavant, elle était membre de la direction de Sadaka-Reut, association binationale de Jeunes palestiniens et juifs.