L’université israélienne annule une décision d’attribuer un prix à Breaking the Silence

| Or Kashti pour Haaretz | Traduction RM pour l’AURDIP |

L’ONG anti-occupation allait obtenir un prix pour la Compréhension Judéo-Arabe jusqu’à ce que le président de l’Université Ben-Gourion renverse la décison de la direction du département.


Par une mesure exceptionnelle, le président de l’Université Ben-Gourion a récemment annulé une décision d’un de ses départements d’attribuer une récompense à l’organisation Breaking the Silence (Rompre le Silence).

Le prix Berelson pour la Compréhension Judéo-Arabe, qui avoisine les 20 000 shekels (5100 $), est accordé tous les ans par le Département des Études du Moyen-Orient à des individus ou des organisations qui ont contribué à une telle compréhension. Mais en réponse à la décision du Président de l’Université, le professeur Rivka Carmi, d’annuler la décision d’accorder une récompense à Breaking the Silence, le directeur du département, le professeur Haggai Ram, a indiqué que le département a décidé de ne pas donner de prix cette année.

La décision de Carmi a choqué et indigné de nombreuses personnes sur le campus. L’une d’elles a parlé d’une « intervention inacceptable et d’une capitulation face à une atmosphère anti-démocratique », alors qu’une autre a affirmé que « personne ne croyait que l’administration de l’université annulerait la récompense ».

L’université avance que le prix « est attribué par l’université, pas par un département en particulier » et que le département a pris sa décision « sans consulter le président de l’université qui estime que l’organisation récompensée ne remplit pas les critères d’attribution du prix. C’est une organisation qui n’est pas dans le consensus national, et lui donner le prix risque d’être interprété comme affichant un biais politique ».

Les précédents bénéficiaires du prix, qui est attribué depuis 25 ans, comprennent le dramaturge égyptien Ali Salem ; le poète palestinien en Israël Siham Daoud ;le Parents Circle-Families Forum (Cercle des Parents-Forum des Familles) une organisation de familles endeuillées israéliennes et palestiniennes ; Physicians for Human Rights (Médecins pour les Droits de l’Homme), une école bilingue en Galilée ; Sikkuy, l’association pour l’avancement de l’égalité civique ; et la maison d’édition Andalus.

Cette année, le département a voté à l’unanimité pour attribuer le prix à Breaking the Silence. Ram a affirmé que la raison en était que le débat public s’était déplacé « dangereusement » du côté de l’extrémisme de droite, et que « Breaking the Silence était l’une des principales cibles de cette offensive ». De plus, il a ajouté « Nous pensons que le développement des relations entre Juifs et Arabes exige de confronter le public avec la réalité de l’occupation – qui peut ne pas être agréable à entendre, mais constitue une condition fondamentale à la réconciliation entre les deux peuples ».

Jamais l’université n’était intervenue contre une décision du département avant cela. Des sources familières du mode de pensée de Carmi disent qu’elle a argué du fait que l’ONG Breaking the Silence est différente des précédents bénéficiaires du prix.

En fin du mois dernier, l’université a tenu un séminaire sur « Les lanceurs d’alerte au travers des âges » et deux représentants de Breaking the Silence étaient invités à participer à l’un des panels. Dans ce cas, Carmi a défendu la décision contre les critiques de droite.

« C’est possible que pour l’administration de l’université, accorder le prix – qui était supposé être remis juste après le séminaire – était un pas trop loin . » dit une source du campus. Le prix était supposé être attribué demain lors d’un séminaire du département sur la liberté d’expression.

Une autre source dit que « lors des discussions internes, des administrateurs de l’université ont exprimé des opinions concernant Breaking the Silence analogues à celles majoritaires dans le public... Il y a également une pression des donateurs, mais qui a eu un impact parce qu’elle s’exerçait sur un terrain fertile. La décision d’annuler la récompense était une tentative d’envoyer le message que l’université n’accepterait pas des initiatives ’subversives’ de ce ce genre . C’est tout à fait navrant. »

Breaking the Silence dit regretter que l’administration « choisisse de capituler face à une pression politique et rejoigne la campagne d’incitation [à l’intolérance] et de persécution contre les soldats et combattants qui brisent le silence à propos de ce qui se passe dans les territoires ». Notant que le prix était doté en mémoire de Yitzhak Rabin, il affirme qu’estimer Breaking the Silence indigne de la récompense parce qu’il n’est pas dans « le consensus national » était peu approprié vu que Rabin lui-même « n’a jamais hésité à agir selon ses opinions même en désaccord avec le consensus ».

Et concernant l’affirmation que le prix pouvait être interprété comme biaisé politiquement, « La décision de l’administration de le disqualifier est elle-même biaisée politiquement », a expliqué l’organisation.

L’ONG, fondée en 2004 par un groupe de soldats en service à Hebron, a pour objectif affirmé « d’apporter une fin à l’occupation ». Elle est constituée d’anciens combattants qui ont servi dans les forces de défense israéliennes et ont choisi de révéler la réalité quotidienne de la vie en Cisjordanie.