L’université de Californie doit autoriser ses enseignants à boycotter Israël dans le domaine académique


Le 13 décembre, les recteurs de l’université de Californie ont pris la mesure inhabituelle de signer une déclaration collective s’opposant « au boycott académique des institutions universitaires israéliennes et/ou des chercheurs israéliens individuellement », car ce boycott constituerait une menace « directe et sérieuse » à la liberté académique. Lorsque des membres de l’université ont exprimé leur inquiétude sur l’effet glaçant qu’une telle déclaration collective, au plus haut niveau, aurait sur la libre expression dans le campus et sur le fait qu’elle découragerait les enseignants de prendre position sur une question qui se trouve bien à l’intérieur du champ de la liberté académique, la rectrice* de l’université de California à Berkeley, Carol Christ, a répondu en défendant sa propre liberté académique à s’exprimer sur des questions importantes. Nous ne voulons pas leur dénier ce droit, mais nous avons certainement des questions restées sans réponse à propos de cette déclaration collective :

Comment le mouvement BDS de boycott, désinvestissement et sanctions — le mouvement pour boycotter, se désinvestir de et sanctionner l’état israélien pour son occupation de la Palestine — pose-t-il un « menace directe et sérieuse à la liberté académique » ? Comme le mouvement de boycott et de désinvestissement contre l’apartheid en Afrique du Sud des années 1980, BDS cible les institutions israéliennes subventionnées par l’état et les activités commerciales israéliennes. Il n’essaie pas d’empêcher quiconque de dire quoi que que ce soit ou de sanctionner ou d’entraver des individus pour leurs positions politiques.

Pourquoi les 10 recteurs font-ils une déclaration contre BDS et seulement contre BDS ? Pourquoi ne pas mentionner les attaques contre les étudiants et les professeurs par des organisations telles que la Canary Mission ou le David Horowitz Freedom Center ? Ces organisations ont ciblé et continuent à cibler et à diffamer des chercheurs et des étudiants de l’université de Californie qui défendent la justice en Palestine ou offrent des cours qui soumettent la politique israélienne à une analyse critique. Ces listes noires, de fait, entravent les carrières universitaires, et pas seulement l’expression. Selon un rapport, il y a eu l’année dernière 29 incidents avérés visant à supprimer la défense de la Palestine aux Etats-Unis.

De plus, si les recteurs sont inquiets des menaces à la liberté académique dans ce domaine, pourquoi ne pas mentionner dans la déclaration la violation constante par l’état israélien de la liberté académique des étudiants et des universitaires palestiniens en Cisjordanie ?

Si la rectrice ne croit pas que la déclaration commune pourrait avoir « un effet glaçant sur les débats et la libre expression … dans le campus », comment donc expliquer que The Daily Californian ait demandé, puis étouffé, le point de vue de BDS sur la déclaration des recteurs ? Une prise de position individuelle est très différente d’une déclaration commune des 10 recteurs de l’université de Californie — une telle déclaration tend bien plus à apparaître comme une position de l’université que comme une position individuelle. Est-ce qu’une telle prise de position, sans explication ni discussion, est une façon effective de promouvoir la discussion sur une question politique complexe qui mérite une débat protégé et ouvert ?

Comment et pourquoi les recteurs en sont-ils venus à faire une déclaration commune sur cette question spécifique ? Y-a-t-il eu une pression directe ou indirecte sur les recteurs pour qu’ils fassent cette déclaration ? Peu après la diffusion de la déclaration, 101 organisations de l’Academic Engagement Network qui défend la politique israélienne a écrit une lettre de remerciement aux 10 recteurs. Ces organisations n’ont peut-être jamais demandé une telle déclaration aux recteurs de l’université ; peut-être la motivation pour cette déclaration était-elle spontanée et autonome. Mais la possibilité d’une pression extérieure menace d’autant plus que l’université dépend plus lourdement des donateurs privés. De toute façon, le manque de transparence dans les motifs de cette inhabituelle déclaration commune remet en question l’invocation à la liberté académique. Comme le Christ le sait bien, lui qui doit gérer les invasions de provocateurs d’extrême-droite endossant son manteau, la liberté académique est déjà déformée, de notre temps, par trop d’objectifs inappropriés.

Pour finir, nous connaissons des membres du corps enseignant qui soutiennent la présente lettre mais craignaient d’y apposer leur nom. Qu’est-ce que cela dit, pour la liberté d’expression, sur le climat glacial déjà existant que la lettre des recteurs a exacerbé ?

Michael Burawoy est professeur de sociologie, Paul Fine est maitre de conférences en biologie intégrative, Gillian Hart professeur émérite et professeur de géographie, Lyn Hejinian est professeur d’anglais, Celeste Langan est professeur d’anglais, Christine Rosen est professeur de commerce, Leslie Salzinger est professeur d’études sur le genre et les femmes et James Vernon est professeur d’histoire, à l’université de Californie à Berkeley.