L’université d’Illinois licencie le professeur Steven Salaita à cause de ses tweets sur le massacre de Gaza

| Ali Abunimah pour The Electronic Intifada | Traduction CG pour l’AURDIP |

Steven Salaita a été licencié de sa position de maître de conférences dans le programme des Études américanistes (American Indian Studies) de l’université d’Illinois à Urbana-Champaign (IUIC) apparemment à cause de ses positions critiques d’Israël, en particulier du massacre en cours à Gaza.

Entretemps, Cary Nelson, ancien président de la Société américaine des professeurs d’université (American Association of University Professors, AAUP), qui a soutenu publiquement la décision de l’université de renvoyer Salaita, a donné avec franchise son point de vue à The Electronic Intifada, révélant l’étendue des propres positions pro-israéliennes.

Nelson a reconnu qu’il avait surveillé pendant des mois l’utilisation des réseaux sociaux par Salaita.

Ceci indique que Salaita est peut-être la victime d’une campagne de représailles. Salaita est l’auteur de Israël’s Dead Soul et de The Uncultured Wars, Arabs, Muslins and the Poverty of Liberal Thought, et contribue à plusieurs publications, y inclus Salon et The Electronic Intifada.

Il a joué un rôle important dans la campagne qui a abouti à ce que l’American Studies Association décide en décembre dernier de boycotter les institutions universitaires israéliennes.

En mai, Salaita a écrit un article pour The Electronic Intifada intitué « Comment pratiquer BDS dans le monde universitaire ».

Licencié, pas révoqué

Ce matin, Inside Higher Ed a rapporté que Salaita avait seulement eu une offre de travail révoquée.

Salaita a été « récemment informé par la chancelière Phyllis Wise que sa nomination n’irait pas jusqu’au conseil d’administration de l’université et que [Salaita] n’aurait pas de position à Illinois, selon deux sources connaissant la situation », dit Inside Higher Ed.

« Des sources bien informées sur la décision de l’université disent que l’inquiétude a grandi à propos du ton des commentaires de [Salaita] sur Twitter concernant la politique d’Israël à Gaza », ajoutent-ils. Ni l’université, ni Salaita n’ont fait de commentaires. Salaita n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Mais une source ayant une bonne connaissance de la situation, qui a demandé à ne pas être nommé car ils n’étaient pas autorisés à parler publiquement, a contesté la version de Inside Higher Ed. La source a dit à The Electronic Intifada que Salaita avait en fait été « licencié ».

La source a dit qu’ils avaient vu des documents indiquant que la nomination de Salaita était passée par toutes les procédures usuelles pour recruter un enseignant, jusqu’à la programmation de la séance de formation destinée aux nouveaux membres incluse.

Salaita avait déjà démissionné de sa position de maître de conférences d’anglais à Virgina Tech, selon Inside Higher Ed. Cela n’aurait aucun sens pour Salaita de démissionner d’une position sûre sans avoir déjà été pleinement et proprement recruté à une nouvelle.

Bien que les sources de Inside Higher Ed disent le contraire, l’analyse faite par la publication elle-même rejoint donc celle de The Electronic Intifada, selon laquelle Salaita a été licencié.

« Il y a seulement deux semaines, l’université avait confirmé à des journalistes qu’il [Salaita] venait », a rapporté Inside Higher Ed. « L’université a aussi refusé de répondre à des questions sur la rareté avec laquelle de telles nominations échouent à ce stade ».

Cible

Le statut exact de Salaita à l’université va probablement être important pour le résultat de l’affaire. S’il s’agit d’une simple « révocation » d’une offre de travail, comme les sources de Inside Higher Ed l’affirment, alors Salaita aura probablement beaucoup moins de protections que s’il a déjà été engagé, puis licencié.

Les opposants aux droits palestiniens se sont déjà emparés de cette distinction pour tordre la décision de licencier Salaita à cause d’opinions exprimées sur des forums publics et la légitimer.

Selon Inside Higher Ed, l’ancien président de l’AAUP, Cary Nelson, qui est aussi professeur d’anglais à l’université d’Illinois à Urbana-Champaign, a dit qu’"il était légitime, quand on est au point de recruter quelqu’un, de prendre en compte des questions de civilité et de collégialité. Dans le cas présent, a dit [Nelson], cela le conduirait à s’opposer à la nomination de Salaita".

Le point de vue de Nelson est important car à cause de son ancienne position à l’AAUP il est souvent cité comme une autorité sur les questions de liberté académique, alors que ses propres préjugés anti-palestiniens sont rarement examinés.

Dans une interview téléphonique avec The Electronic Intifada depuis son domicile à Urbana-Champaign, Nelson est même allé plus loin, affirmant que les transgressions supposées de Salaita dans les réseaux sociaux « étaient plus sérieuses que la collégialité et la civilité ».

Nelson a accusé Salaita d’"incitation à la violence" pour avoir re-tweeté un tweet d’un autre utilisateur de Twitter, qui affirmait : « L’histoire de Jeffrey Goldberg aurait dû se terminer au bout pointu d’un surin ». Goldberg, un ancien gardien de prison israélien qui a participé à la torture et aux abus contre les prisonniers palestiniens, et aidé à les couvrir, et qui écrit maintenant pour The Atlantic, est des plus importants défenseurs du bombardement israélien qui a tué plus d’un sur mille Gazaouis au cours du mois dernier.

Salaita est connu pour son sens de l’humour acerbe — la raison probable pour laquelle il a re-tweeté le tweet — mais c’est aussi une règle souvent répétée de Twitter que’"retweeter ne veut pas dire approuver".

Questionné, Nelson n’a pu produire aucun exemple d’un tweet écrit par Salaita qui « inciterait à la violence ».

Nelson a reconnu, par ailleurs, qu’il avait surveillé de près le compte Twitter de Salaita depuis des mois. « Il y des multitudes de tweets. J’ai des captures d’écran », a-t-il dit. « L’effet d’ensemble me semble qu’il a franchi une ligne ».

Salaita a « toujours tweeté d’une manière versatile et agressive », a affirmé Nelson, mais « récemment il a commencé à être beaucoup plus agressif ».

Un autre exemple donné par Nelson est un tweet du 8 juillet par Salaita, au début du massacre en cours d’Israël à Gaza, affirmant, « si vous défendez #Israel maintenant vous êtes un horrible être humain ».

Nelson a affirmé que cela pourrait vouloir dire que les étudiants d’une des classes de Salaita qui « défendraient Israël » seraient confrontés à un environnement hostile.

Mais Nelson a reconnu qu’il ne connaissait aucune plainte sur l’enseignement de Salaita et qu’il n’était même pas prévu que Salaita fasse cours sur la Palestine et les Israéliens.

Interrogé pour savoir s’il était en faveur d’un « licenciement à titre préventif » fondé sur un tweet, Nelson a insisté une fois de plus sur le fait que Salaita n’avait pas été « licencié », mais simplement « non recruté ». Nelson a affirmé que si Salaita avait déjà été recruté, lui-même le défendrait.

Interrogé pour savoir s’il s’opposerait au recrutement d’une personne qui dirait que « quelqu’un qui défend le Hamas tirant des fusées contre Tel Aviv est une horrible personne », Nelson a répondu : « Non ».

Il n’y aurait pas pu avoir d’admission plus claire que l’opposition de Nelson contre Salaita est fondée sur le contenu de ses positions, et en particulier sur ses critiques d’Israël.

La résistance à Israël est « criminelle »

Ceci est devenu plus clair quand Nelson a développé ses positions sur la Palestine et les Israéliens.

Nelson a défendu l’attaque israélienne sur Gaza comme une partie de son « droit à l’auto-défense », bien qu’il ait insisté sur le fait que beaucoup d’aspects de l’attaque étaient « non-éthiques » et « immoraux » et que les images des enfants tués par Israël étaient « horribles ».

Interrogé pour savoir s’il condamnerait le bombardement par Israël de l’université islamique de Gaza, Nelson a utilisé un langage prudent : « Il est très difficile pour quelqu’un de juger à distance des frappes d’artillerie particulières. Ma position personnelle est qu’Israël aurait dû être plus attentif. D’après ce que je sais, il y a eu des actions militaires au cours de l’incursion sur Gaza qui me semblent regrettables et n’auraient pas dû avoir lieu ».

Tout en affirmant le droit pour Israël de bombarder Gaza, Nelson nie que les Palestiniens aient le droit à la résistance armée face à cette attaque.

« Je ne sais pas d’où viendrait ce droit », a-t-il dit. « Je ne vois pas Gaza comme étant sous occupation, donc je ne vois pas un droit à la résistance ».

Interrogé pour savoir si le Comité international de la Croix Rouge et d’autres organisations internationales avaient tort de voir le siège israélien de Gaza comme une « punition collective » et donc comme un crime de guerre, Nelson a insisté sur le fait qu’il était incapable de porter des jugements légaux.

Nelson a ajouté qu’il ne voyait pas non plus la situation en Cisjordanie occupée comme « exigeant une résistance ». « Je ne pense pas qu’il y ait un droit à une résistance violente en Cisjordanie ».

Interrogé pour savoir s’il pensait que toute résistance militaire palestinienne est criminelle, Nelson a répondu : « Oui. Je pense que c’est ma position ».

Interrogé pour savoir si une quelconque action d’Israël pouvait être considérée comme « criminelle », Nelson a répété que beaucoup étaient « immorales » et « non-éthiques » , mais qu’il n’était pas qualifié pour donner des opinions légales sur les actions d’Israël.

Nelson, qui fait ouvertement campagne contre le mouvement non-violent initié par les Palestiniens, Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), a dit que les Palestiniens devraient avoir recours à la « désobéissance civile » en Cisjordanie, par exemple en « bloquant des routes ».

Israël a justement abattu 17 Palestiniens le mois dernier en Cisjordanie occupée.

BDS est de la « violence politique »

Nelson a réaffirmé sa forte opposition au mouvement BDS parce que certains de ses avocats importants —il a nommé Omar Barghouti et la philosophe Judith Butler — contestent à Israël le « droit d’exister comme état juif ».

« Je considère cela comme une forme de violence politique », a dit Nelson.

Interrogé pour savoir s’il se dirait lui-même « sioniste », Nelson a répondu : « Oui ».

S’il y avait des doutes sur les préjugés clairs de Nelson contre les Palestiniens et la poursuite de leurs droits par un moyen quelconque (sauf bien sûr les plus invisibles et inefficaces), ses commentaires pleins de franchise à The Electronic Intifada les feraient taire.

Le 21 juillet, Salaita avait été attaqué pour son usage de Twitter sur le site internet anti-palestinien de droite The Daily Caller.

Il semble clair qu’avec Nelson menant maintenant publiquement l’assaut, Salaita est la dernière victime d’une campagne nationale pour intimider et réduire au silence quiconque sur le campus critique Israël ou soutient des campagnes efficaces pour assurer les droits palestiniens.

Appel à l’action

Le professeur de science politique de Brooklyn College Corey Robin a aussi remarqué que dans le passé, Nelson lui-même avait critiqué le fait que « des affirmations à propos de la collégialité étaient utilisées pour étouffer le débat sur le campus, punir les enseignants et faire taire le libre échange d’opinion, en imposant la conformité d’un style d’entreprise ».

Nelson a aussi soutenu des boycotts académiques dans le passé, bien que jamais en faveur des droits des Palestiniens.

Mais maintenant, dit Robin, la volte-face de Nelson est « un symptôme des effets du sionisme sur la liberté académique, de la manière dont les forces pro-israéliennes ont en permanence essayé d’étouffer tout débat sur cette question ».

Robin exhorte les gens à écrire à la chancelière de l’UIUC Phyllis Wise en lui demandant de revenir sur sa décision.

« Comme toujours, soyez poli, mais soyez ferme », écrit Robin. « Ne présupposez pas que les jeux sont faits, souvent ce n’est pas le cas ».

Les sympathisants de Salaita ont aussi lancé une pétition en ligne qui, quand cet article a été écrit, avait déjà rassemblé plus de 1500 signatures.