L’AURDIP écrit au Ministre des Affaires étrangères concernant les six ONG palestiniennes interdites par le gouvernement israélien

| Ivar Ekeland, AURDIP |

Monsieur Jean-Yves Le Drian
Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères

Monsieur le Ministre,

Comme vous le savez, le 19 octobre dernier, le gouvernement israélien a placé six ONG palestiniennes de défense des droits humains sur la liste des « organisations terroristes ». Il s’agit d’Al-Haq, d’Addameer, de l’Union des comités de femmes palestiniennes (UPWC), du Centre Bisan pour la recherche et le développement, de Défense des enfants International-Palestine, et de l’Union des comités de travail agricole.

Qualifier de telles ONG de terroristes constitue un non-sens absolu.

Ces associations sont reconnues pour leur professionnalisme et leur compétence dans le domaine des droits humains à travers des activités de recherches, d’échanges, de plaidoyer et de formation. Leurs travaux inspirent fréquemment ceux des experts des Nations unies et de grandes ONG internationales.

Ces associations sont également reconnues pour leur impartialité : rappelons par exemple qu’Al-Haq a reçu en 2018, en même temps que l’organisation israélienne B’Tselem, le Prix des droits de l’homme de la République française.

Sans doute le seul tort de ces six organisations est-il de documenter les violations des droits humains commises par l’armée israélienne et les colons israéliens dans les territoires palestiniens occupés, ce qui serait susceptible de servir à étayer des poursuites devant la Cour pénale internationale. Il est vrai que ces violations massives et consubstantielles à la colonisation israélienne ne cessent de se développer et conduisent à une situation d’apartheid décrite par B’Tselem et Human Rights Watch ainsi que par les rapporteurs des Nations unies.

Sur le plan politique, la décision du 19 octobre constitue une nouvelle étape visant à criminaliser les acteurs de la société civile palestinienne : les six ONG concernées œuvrent en effet au développement de cette société dans des domaines aussi vitaux que l’éducation, la recherche, la santé, l’agriculture, les droits des femmes et des enfants.

Sur le plan juridique, elle constitue une nouvelle violation par Israël, puissance occupante, du droit international humanitaire mais également de ses obligations en qualité d’Etat-partie aux différentes conventions des droits humains auxquelles il a adhéré.

Israël a pris le 3 novembre des mesures supplémentaires alarmantes pour mettre en œuvre sa persécution des six organisations palestiniennes, y compris par voie militaire, dans les territoires occupés.

Dans ce contexte préoccupant, nous souhaiterions connaître les démarches que vous envisagez d’entreprendre au niveau national et européen pour refuser cette décision des autorités israéliennes et poursuivre le soutien politique, diplomatique, financier et technique des autorités françaises et européennes à ces associations de la société civile palestinienne engagées dans la défense des droits humains.

Nous vous remercions par avance pour votre réponse.

Ivar Ekeland
Président de l’Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine (AURIDP)
ancien président de l’Université Paris-Dauphine

Copies aux Commissions des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale et du Sénat et au Directeur de l’Agence française de Développement.