J’ai risqué l’emprisonnement et la mort par Israël pour venir étudier aux États-Unis

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Murad Owda | The Electronic Intifada | 20 février 2014 |

L’été dernier, quelle fut ma joie d’apprendre que j’avais obtenu une bourse et que j’étais admis à l’École du travail social de l’université de Brown (Rhode Island – USA). Mais j’ai bien failli ne pouvoir m’y rendre, et ce, pour une raison.

Je suis un Palestinien de Bethléhem.

Il me fallait aller au consulat des États-Unis à Jérusalem pour faire ma demande de visa. Bethléhem n’est qu’à six miles (un peu moins de 10 km) de Jérusalem, mais il est très difficile d’y arriver car, il y a un peu moins de dix ans, Israël a construit un mur géant entre ces villes.

J’ai suivi tous les dédales bureaucratiques incontournables pour pouvoir déposer ma demande d’entrée à Jérusalem. Les Israéliens m’ont refusé l’autorisation – et ce, à quatre reprises différentes. Ils prétendaient que j’étais une menace à leur sécurité, mais sans jamais m’expliquer en quoi j’étais une menace. Je n’ai commis aucun crime, ni jamais été en prison.

Quand j’ai expliqué ma situation aux consulaires américains, ils m’ont dit que ce n’était pas leur problème. Et que pour faire ma demande de visa, il me fallait être à leur consulat à 10 h du matin le 16 juillet.

Alors, je me suis faufilé partout, comme un criminel, en évitant les soldats. J’ai fait des kilomètres pour trouver une petite ouverture. Je suis passé après par les collines. Puis j’ai traversé des ronciers. J’ai rampé à l’intérieur de tuyaux d’égout – en sachant que d’autres qui avaient emprunté de tels tuyaux étaient morts étouffés après que les soldats israéliens les eurent découverts, et jeté des grenades lacrymogènes à l’intérieur des canalisations ou lancé des chiens sur eux.

Quand je suis arrivé à Jérusalem, je me suis lavé avec bouteille d’eau, j’ai recouvert mes coupures et mes ecchymoses avec des vêtements que j’avais amenés dans mon sac, et je me suis rendu au consulat pour parler aux représentants américains. Ensuite, je me suis immédiatement caché chez un ami, pendant trois jours, sans oser sortir.

J’y suis arrivé. J’ai de la chance : des milliers d’autres Palestiniens qui voulaient venir étudier ici n’en ont pas eu autant. C’est pourquoi j’ai été bouleversé quand j’ai lu que Mark Wrighton, le recteur de l’université de Washington, avait récemment condamné le soutien de l’Association des études américaines (ASA) au boycott des institutions universitaires israéliennes.

Alors qu’il s’agit d’un boycott extrêmement limité, ciblant seulement des institutions et non des universitaires en tant que personne, Wrighton s’est déclaré « profondément troublé et consterné » car « le boycott porte atteinte directement à la liberté universitaire ».

Qu’en est-il de ma liberté universitaire ? Qu’en est-il de ces dizaines de milliers de jeunes et d’enseignants palestiniens dont les déplacements pour aller et revenir de l’école sont entravés par l’armée israélienne ?

Oubliez le mot universitaire, qu’en est-il de la liberté fondamentale ? Israël a fait de ma famille des réfugiés apatrides en 1948, et ils le sont encore aujourd’hui. Il nous vole nos terres. Il nous vole notre eau. Il nous dénie toute liberté de déplacements. Il nous taxe alors que nous ne sommes pas représentés. Il nous soumet à une violence et à des détentions arbitraires sans aucune procédure régulière véritable. Il laisse des colons religieux fanatiques, armés, nous harceler, et il applique pour les Palestiniens un code de loi distinct de celui appliqué pour les Israéliens juifs.

Pourquoi le recteur Wrighton, indifférent devant les violations de mes droits universitaires et de mes droits humains fondamentaux, se dit-il « profondément troublé et consterné » parce que peut-être une poignée d’universitaires israéliens vont avoir à payer eux-mêmes leurs billets d’avion s’ils décident de participer à une conférence de l’ASA ?

Je félicite l’ASA pour avoir répondu à l’appel du peuple palestinien pour le boycott, le désinvestissement et des sanctions contre les institutions qui se rendent complices en soutenant le système israélien de discrimination ethnique et de domination.

Ce mouvement non violent a contribué à changer le système injuste d’apartheid en Afrique du Sud, et il peut aussi soutenir notre combat pour mettre fin à l’apartheid en Palestine afin que tous puissent y jouir de droits égaux, indépendamment de la race, de l’origine ethnique ou de la religion.

Murad Owda est du camp de réfugiés de Dheisheh, à Bethléhem, Palestine, et il est inscrit pour une maîtrise en service social à l’université de Washington à Saint-Louis, Missouri.

Cet article a d’abord été publié dans Student Life (http://www.studlife.com/), et il est repris par The Electronic Intifada avec leur accord.

Traduction : JPP pour l’AURDIP