Israël expulse un reporter du principal journal hollandais

| Adri Nieuwhof pour The Electronic Intifada | Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |

Israël expulse Derk Walters, correspondant du principal journal hollandais, après l’avoir harcelé pendant des mois à propos du contenu de son reportage.

Le directeur du journal NRC Handelsblad dit que la décision d’Israël de ne pas renouveler le visa de Walters est une tentative pour entraver la collecte d’informations libres et critiques sur Israël.

En dépit de promesses préalables, le Service de Presse du gouvernement israélien a informé NRC cette semaine de son refus de renouveler le visa de Walters, qui devra partir début juillet.

Le service de presse se trouve sous l’autorité du premier ministre Benyanmin Netanyahou.

La « pression » d’Israël sur son correspondant a commencé début 2016, a déclaré le directeur de NRC. Il s’agissait entre autres de plaintes par Ron Paz, chef du département de la presse étrangère, à propos du reportage de Walters.

Les Israéliens se sont émus du reportage de Walters sur les abus des forces israéliennes d’occupation dans le village d’Hébron en Cisjordanie et de tweets sur le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

Dans un courriel de janvier à Walters, Paz a accusé le journaliste hollandais d’avoir fourni une « description hostile et partiale de la réalité à Hébron ».

On rapporte que Paz a dit à Walters que l’ambassade d’Israël aux Pays Bas s’était elle aussi plainte à propos de la façon dont le sujet avait été couvert dans NRC.

« Faites leur peur »

Malgré la mention du harcèlement, le Service de Presse du gouvernement a vigoureusement nié toute connexion entre le refus de prolonger le visa de Walters et le contenu dont il s’était plaint.

Mais dans une correspondance interne du service de presse obtenue par NRC et le journal Haaretz de Tel Aviv, Paz a écrit qu’il avait l’intention de « faire peur à l’autre partie ».

Les fonctionnaires israéliens ont aussi prétendu que Walters ne les avait pas informés de son changement d’adresse de Tel Aviv à Jérusalem Est occupée, excuse supplémentaire pour présenter le refus de visa comme découlant de raisons diplomatiques et procédurales.

L’avocat hollandais Herman Loonstein a lui aussi été mêlé à la relation de NRC avec le service de presse israélien.

The Electronic Intifada a obtenu une copie d’une lettre de novembre 2016 au responsable israélien Ron Paz. Dans cette lettre, Loonstein atteste que le rédacteur en chef Peter Wandermeersch est également un haut responsable de la société propriétaire du journal.

Sur cette base, le service de presse israélien a même essayé l’année dernière de prétendre que NRC n’était pas un organe de presse reconnu à cause de ce soi-disant conflit d’intérêt entre ses facettes commerciale et éditoriale représentées par Vandermeersch dans son double rôle. NRC Handelsblad a été créé en 1970 par la fusion de deux journaux fondés dans la première moitié du 19ème siècle.

Mais le Service de Presse du gouvernement a laissé tomber cette tentative de délégitimation de NRC après l’intervention de l’ambassade des Pays Bas.

L’intervention de Loonstein visant à restreindre la couverture par NRC des actions d’Israël montre la collusion entre les militants pro-israéliens des Pays Bas et le gouvernement d’Israël.

Loonstein travaille sous la bannière de la Fédération des Juifs des Pays Bas, groupe que l’ancien chef du lobby israélo-hollandais CIDI a décrit comme un « club d’un seul membre ».

Même après que les Israéliens aient laissé tomber leur déclaration prétendant que NRC n’était pas un organe de presse valable, l’accréditation de Walters n’a toujours pas été renouvelée, avec pour excuse qu’il n’avait pas accepté une offre antérieure lui proposant une extension de trois mois de son visa. Mais Walters ne pouvait pas accepter ce genre d’offre alors que le gouvernement israélien ne reconnaissait pas NRC comme organe de presse.

Regrets

Malgré l’authentification du harcèlement et des plaintes à propos du compte-rendu, les fonctionnaires israéliens ont insisté dans une lettre du 4 avril à NRC pour dire que « la nature des publications de Mr. Walters depuis Israël n’a jamais conditionné notre décision ».

NRC a protesté contre le refus d’extension du visa de Walters, sans résultat. Le bureau de presse israélien dit qu’un successeur obtiendra peut-être un visa, mais c’est sûr que NRC restera sous la surveillance des fonctionnaires israéliens.

Le ministre des Affaires étrangères des Pays Bas Bert Koender regrette la décision d’Israël prise malgré les interventions répétées des fonctionnaires hollandais auprès des autorités israéliennes.

« Les journalistes doivent pouvoir écrire ce qu’ils veulent », a dit Koenders. « Nous défendons ceci dans le monde entier, de même pour Israël. »

L’expulsion de Walters offre un exemple d’Israël emprisonnant, entravant et harcelant les journalistes dont le travail déplaît aux fonctionnaires de son gouvernement et de son armée.