Israël considère les associations palestiniennes de défense des droits de l’homme comme des organisations terroristes

| Noa Landau pour Haaretz | Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |

Parmi les myriades de problèmes contenus dans la décision du cabinet de sécurité de « punir » les Palestiniens pour leurs efforts pour combattre l’occupation s’en trouvait un particulièrement dangereux et rude. Le point 5 du résumé de la décision du cabinet déclare : « Des actions seront menées contre les organisations de Judée et Samarie qui promeuvent des activités terroristes ou toute activité hostile, y compris toute action diplomatique et/ou juridique contre Israël sous couvert d’activités humanitaires. »

Cette décision équivaut à une déclaration de guerre officielle contre toutes les associations de la société civile palestinienne qui combattent l’occupation israélienne avec des moyens pacifiques. Plus de contorsions juridiques pour trouver des preuves fragiles reliant les associations palestiniennes des droits de l’homme avec le terrorisme, comme l’a fait l’ancien ministre de la Défense Benny Gantz concernant les sept organisations récemment mises hors la loi dans une décision que ne nombreux pays considèrent toujours comme étrange.

Au lieu de se compliquer la vie à inventer ce genre de connexions indirectes, le gouvernement israélien déclare tout simplement noir sur blanc qu’en ce qui le concerne, toute action diplomatique et judiciaire, c’est-à-dire l’opposition non violente, est fondamentalement « hostile » et dans la même tranche que le terrorisme.

En d’autres termes, pour l’Israël d’aujourd’hui, l’activité diplomatique palestinienne est du terrorisme diplomatique, les appels du tribunal palestinien sont du terrorisme judiciaire, les boycotts pro-palestiniens de marchandises sont du terrorisme économique, une manifestation palestinienne est du terrorisme contre l’ordre public, et une chanson de protestation est une incitation musicale au terrorisme.

Bien sûr, il en va de même pour l’opposition démocratique palestinienne dans les urnes. Du point de vue d’Israël, c’est du terrorisme démographique. Comme l’écrit l’auteur dramatique Hanoch Levin dans « Instructions sécuritaires dans les Territoires Occupés » : « Un homme qui descend la rue en jetant nerveusement des coups d’œil à droite à gauche et par-dessus son épaule sera suspecté d’être un terroriste arabe ; un homme qui descend la rue et regarde calmement devant lui sera suspecté d’être un terroriste arabe réfléchi. »

Selon Israël, le peuple palestinien n’a aucun moyen légitime ou juridique pour se battre afin d’atteindre ses aspirations nationales, parce qu’Israël ne fait pas en réalité que combattre le terrorisme arabe, il combat la lutte nationale palestinienne – qu’elle qu’en soit la forme.

Cette décision est totalement absurde, non seulement parce qu’elle accorde la même importance, juridiquement et moralement, à l’opposition violente et à l’opposition non-violente (selon Israël, les deux sont également interdites), mais aussi parce qu’elle vide de son sens la définition israélienne du terrorisme.

Quand le monde voit Israël fermer les portes d’associations palestiniennes de défense des droits de l’homme accusées d’« activité diplomatique hostile » ou d’« activité juridique hostile », ou en tant qu’associations dont le seul péché est d’avoir « une activité humanitaire », ce qui pour Israël « recouvre » une hostilité générale – que pensera-t-il de la prétention israélienne concernant d’autres organisations qu’il définira comme « organisations terroristes » au cours des années ?

Israël efface de ses deux mains les différences entre ces catégories. Dans le cas des sept organisations récemment mises hors la loi, peut-être était-ce mieux ainsi. Israël aide maintenant les pays donateurs de ces associations à déprécier les définitions israéliennes du terrorisme et à poursuivre leur financement.

Si la décision du cabinet, c’est de traiter toutes les associations de la société civile palestinienne comme des organisations terroristes (bien qu’on ne sache pas clairement quelles « actions » seront entreprises contre elles), cela représentera un test essentiel pour les associations de défense des droits de l’homme de l’autre côté de la Ligne Verte.

Nous avons besoin de solidarité, non seulement parce que c’est ce qu’il est juste de faire, mais aussi parce que les normes et les pratiques de ce genre de persécution ne s’arrêtent jamais dans les territoires ; elles s’insinuent toujours en Israël même. Mettre sur le même plan activités civiles et terrorisme ne s’arrêtera pas aux Palestiniens. Cela filtrera d’abord dans les organisations palestiniennes à l’intérieur d’Israël, et puis, bien sûr, jusqu’aux associations juives de gauche.