Israël BDS – Pourquoi j’ai signé… à contrecoeur

Les Anthropologues pour le boycott des institutions académiques israéliennes ont le plaisir de présenter cette profonde réflexion sur le boycott, de James Ferguson. L’Association américaine d’anthropologie va voter une résolution en faveur du boycott (la Résolution n° 2) lors de sa réunion de travail annuelle du vendredi 20 novembre, à 18 h 15. Son intervention en rejoint d’autres sur ce blog, par des universitaires comme Partha Chatterjee, Talal Asad, Rosemary Sayigh, et Bryan Boyd. Nous exhortons tous les anthropologues à jeter un œil sur les réalités du boycott, et à voter OUI pour la n° 2, s’ils participent à la réunion.


BDS Israël – Pourquoi j’ai signé… à contrecoeur

James Ferguson

Je n’en suis pas venu facilement à décider de signer la pétition en soutien du boycott académique des universités israéliennes. Par expérience, je sais que les boycotts académiques peuvent facilement faire plus de mal que de bien. Ils recèlent le risque de créer des divisions entre les universitaires qui travaillent à l’extérieur (à qui les dénonciations éclatantes viennent facilement, et souvent sans frais) et ceux qui travaillent à l’intérieur (dont certains d’entre eux, au moins, peuvent être des intellectuels progressistes, de courage et d’engagement, travaillant dans les conditions les plus difficiles, qui peuvent être hostiles plutôt que favorables aux attaques contre les institutions qui les soutiennent). Il existe aussi, il faut le dire, des risques d’hypocrisie, quand des universitaires américains dénoncent vertueusement des universitaires étrangers, tout en disant peu de choses sur leurs propres institutions, comparativement grassement financées, et qui sont, bien sûr, tout regorgeant de leurs propres formes de complicité avec le militarisme et l’impérialisme.

Dans une situation complexe, cependant – une situation, qui plus est, dont je n’ai qu’une connaissance très imparfaite et limitée –, je me sens obligé d’accorder une grande importance à l’opinion de ceux qui la connaissent beaucoup mieux que moi. C’est, après tout, la forme la plus essentielle de la confiance sur laquelle nous nous appuyons en tant que communauté académique. Et pour moi, il est clair que les membres de notre communauté intellectuelle que je juge posséder le plus de connaissances et la meilleure compréhension, tant sur la situation en Israël/Palestine en général que sur le rôle politique joué par les institutions académiques israéliennes, que ces membres soutiennent vigoureusement la résolution. Ce n’est pas tant une question de liste de noms qu’un ensemble d’arguments convaincants qui ont été réunis par une assemblée impressionnante d’universitaires, dont je sais, pour beaucoup que je connais, qu’ils sont non seulement de brillants chercheurs, mais aussi des gens impartiaux, de caractère honnête et de bon jugement.

Nous marquons justement une pause et discutons de cette question complexe, et pas pour supposer avec légèreté qu’une aversion pour la politique d’Israël justifie simplement ou automatiquement un boycott de ses institutions académiques. Et, en vérité, je serais plus à l’aise si le boycott visait plus précisément des pratiques spécifiques d’institutions spécifiques (certainement, il serait souhaitable que notre objectif soit d’aider à la transformation des institutions israéliennes et pas juste à déclarer notre opposition au régime dans l’abstrait). Mais mon appréciation en fin de compte, après examen des arguments des deux côtés (et, comme je l’ai indiqué, en donnant une importance particulière aux jugements des universitaires de la région dont je connais et admire le travail, au sein de l’anthropologie et au-delà), mon appréciation, c’est que le boycott trouvera sa signification fondamentale non pas dans le milieu universitaire, mais au-delà. Sous cet angle, nous pourrions voir le soutien des anthropologues pour le mouvement BDS à la fois comme une sorte de déclaration publique que nous portons attention à la conduite illégale et immorale de l’État israélien et des institutions qui le soutiennent, et comme un petit geste de solidarité avec ceux qui ont le plus souffert de cette conduite. C’est une raison suffisante pour moi.