Israël-​​Palestine : un rapport qui brise des tabous

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Télécharger le rapport de Nick Witney « Europe and
the vanishing two-state solution
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François Clemenceau | Le Journal du Dimanche | 15 mai 2013 |

Dans un document rendu public jeudi, un cher­cheur du European Council of Foreign Rela­tions (ECFR) recom­mande aux diri­geants de l’Union euro­péenne de changer radi­ca­lement de position sur ses rela­tions avec Israël et la Palestine avant que la « solution pour deux Etats » ne soit défi­ni­ti­vement enterrée.

Le Bri­tan­nique Nick Witney a long­temps tra­vaillé pour la diplo­matie et le ministère bri­tan­nique de la Défense. En poste en Jor­danie, au Liban et en Irak, cet ara­bisant tire la son­nette d’alarme dans un rapport de 65 pages, publié jeudi, qui place l’Union euro­péenne au pied du mur. Selon lui, il ne reste que peu de mois avant que la Cis­jor­danie ne soit qua­siment annexée par Israël. Si les Euro­péens sont tou­jours en faveur d’une « solution pour deux Etats vivant côte à côte en paix et en sécurité » comme le veut la formule, alors il faut se montrer bien plus ferme. Vis-​​à-​​vis d’Israël comme de l’Autorité palestinienne.

Rallier l’opinion israélienne

Le cher­cheur du European Council of Foreign Rela­tions (ECFR), un puissant think tank sur la poli­tique étrangère euro­péenne, estime qu’avec 500.000 colons ins­tallés aujourd’hui à Jérusalem-​​Est et en Cis­jor­danie, l’économie pales­ti­nienne n’est plus en mesure d’assurer son propre déve­lop­pement agricole et manu­fac­turier. Seule mesure contrai­gnante per­mettant de redonner de l’oxygène et une forme de via­bilité écono­mique à la Cis­jor­danie ? Punir Israël. Comment ? En imposant un régime de taxation sur tous les biens et ser­vices en pro­ve­nance des colonies israé­liennes situées en ter­ri­toire occupé. Mais aussi en sou­mettant au régime des visas tous les colons israé­liens se rendant eu Europe ou en boy­cottant toute coopé­ration scien­ti­fique et tech­nique avec l’Université israé­lienne située dans la grosse colonie d’Ariel au nord de Ramallah.

Selon Nick Witney, cette menace des Euro­péens aurait pour objectif poli­tique de rallier une grande partie de l’opinion israé­lienne qui a peur de « perdre l’Europe », notamment le bloc élec­toral qui a favorisé la percée de la for­mation laïque de Yesh Atid dirigé par le cen­triste Yaïr Lapid, aujourd’hui ministre dans le cabinet Neta­nyahou. D’après Witney, Lapid n’a jamais mis au premier plan la question pales­ti­nienne ni celle des colonies mais son posi­tion­nement sociétal proche des valeurs euro­péennes pourrait l’amener à regarder toute offensive de l’UE sur la question pales­ti­nienne avec sympathie.

Mettre fin à la perfusion financière de l’Europe

Le rapport insiste également sur la nécessité absolue de ne plus laisser l’Autorité pales­ti­nienne sous per­fusion finan­cière de l’Europe. Ce régime d’assistanat qui injecte un mil­liard de dollars par an dans les coffres pales­ti­niens pour per­mettre à Mahmoud Abbas de payer son gou­ver­nement n’est pas sain. Il vau­drait mieux mettre en place une coopé­ration entre entre­prises privées des deux côtés de la Médi­ter­ranée afin de passer de la logique de l’édification d’un Etat à celle de la construction d’une économie digne de ce nom et obliger ainsi les Pales­ti­niens à cesser de prendre le pré­texte de l’occupation israé­lienne pour ne plus agir sur le plan économique.

Ce texte reprend en fait cer­tains des points avancés il y a quelques mois par les consuls généraux des pays de l’UE auprès de l’Autorité pales­ti­nienne et soumis à la réflexion des Etats membres. Sauf qu’il accentue clai­rement les recom­man­da­tions. Et à tous ceux qui pour­raient dire qu’elles minent le travail diplo­ma­tique des Etats Unis, le rapport de l’ECFR répond qu’au contraire, toute ini­tiative euro­péenne ferme vis-​​à-​​vis d’Israël per­mettra à John Kerry d’élargir sa marge de manœuvre dans son face à face avec les deux parties. Le patron du Dépar­tement d’Etat était mer­credi à Rome pour y ren­contrer Tzipi Livni, la ministre cen­triste de la Justice chargée de la négo­ciation avec les Pales­ti­niens. John Kerry en a profité pour annoncer qu’il retournera en Israël au cours de la troi­sième semaine de mai. A en croire Nick Witney, il serait donc sans doute sage et utile que les Euro­péens viennent l’aider, quitte à jouer le rôle des « méchants ».


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