Forger la solidarité, prendre position sur la Palestine

Le Groupe international de géographie critique a approuvé à une très grande majorité le boycott académique d’Israël lors de sa 7ème conférence.


13 octobre 2015 – Cet été, le Groupe international de géographie critique (GIGC) a organisé sa 7ème conférence dans la ville occupée de Ramallah, en Palestine. Comme nous le faisons depuis 20 ans et après presque 3 ans de préparation, la conférence a réuni des chercheurs et des activistes engagés dans la lutte contre l’exploitation sociale et l’oppression. Il s’agissait de notre première réunion au Moyen-Orient, et elle a été déterminante pour les participants. Ensemble, nous avons ouvert une nouvelle perspective pour la géographique critique qui arrive à point nommé et qui était également attendue depuis longtemps. Notre programme de 5 jours (et 6 nuits) a proposé des rencontres inspirantes et stimulantes s’articulant autour du thème « Une radicalité instable sur des fondements en évolution : vers une politique du possible ». Au-delà des limites du paradigme théorique actuel, nous avons partagé nos analyses des crises financières, environnementales et celles liées aux groupes et au manque d’espace qui sont de plus en plus nombreuses, et recherché les moyens d’en faire des moments d’opportunité politique en reconnectant la recherche avec la solidarité et la lutte.

En tout, 400 chercheurs, activistes et membres du public de plus de 40 pays ont abordé avec énergie des problèmes dans et au-dehors du front de violence des divisions de classe, de sexe, de race, sexuelles et coloniales. Mais nous avons aussi fait un pas très important, au-delà des discussions et des débats de notre travail intellectuel, vers une action collective concrète. Avant d’assister à la conférence, tous les participants inscrits ont signé une déclaration politique qui défend les droits fondamentaux des Palestiniens. En approuvant cette déclaration, ils ont reconnu l’asymétrie des pouvoirs et les injustices qui affectent la vie des Palestiniens et se sont mis du côté des opprimés. Grâce à cette déclaration politique, la conférence s’est débarrassée d’une fausse impression de normalité et a reconnu ouvertement les réalités de l’oppression coloniale et de la discrimination raciale. Après tout, la Palestine n’est pas une géographie abstraite et aucune assemblée consciencieuse ne peut prendre place au-dessus de la politique qui définit ce contexte. Plus important encore, pendant la dernière session, les participants à la conférence ont adopté à une écrasante majorité une résolution ferme rédigée par les organisateurs du GIGC 2015 pour l’adhésion au boycott culturel et académique palestinien et à la campagne plus large de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël. Le Comité directeur du GIGC a également adopté la résolution à l’unanimité.

Le texte ci-dessous, « Forger la solidarité, prendre position sur la Palestine », est plus qu’une résolution. C’est à la fois une déclaration politique de solidarité avec la lutte anticoloniale de nos confrères palestiniens et le programme d’un nouveau paradigme en géographie critique qui élargit radicalement le champ de la déclaration de principes fondatrice du Groupe international de géographie critique. La colère et la protestation massives des Palestiniens, auxquelles nous assistons dans toute la Palestine historique en réponse à l’intensification par Israël d’une longue histoire de nettoyage ethnique, de démolitions de maisons, de vol de terres, de répression et d’incarcérations, nous rappellent qu’il y a un impératif urgent à agir pour mettre un terme à l’injustice en Palestine.

En nous appuyant sur la dynamique créée par la conférence et par cette résolution, nous voulons ouvrir un débat sérieux sur BDS et le boycott académique d’Israël au sein de l’Association des géographes américains (AAG), de la Société géographique royale (RGS), de l’Union géographique internationale (UGI) et d’autres associations géographiques afin de les rallier à notre initiative. Il est temps de poursuivre le travail de décolonisation de la discipline de la géographie et nous pouvons le faire en consolidant les résultats de la conférence et cette résolution, et en les intégrant, en tant que chercheurs, professeurs et acteurs du changement, dans nos travaux.

Le Comité organisateur du GIGC 2015

Pour plus d’information, contactez connect[at]iccg2015.org


Forger la solidarité, prendre position sur la Palestine

Déclaration de la 7ème Conférence internationale de géographie critique, GIGC 2015

ATTENDU QUE :

Les Palestiniens ont été et continuent d’être soumis à un long siècle d’impérialisme européen et américain, de colonialisme de peuplement, d’occupation et d’apartheid sioniste, caractérisé par toute une série de manifestations douloureuses, notamment mais pas seulement : le nettoyage ethnique, les expulsions et les expropriations ; les offensives aériennes et maritimes israéliennes et les massacres dans la bande de Gaza ; les démolitions de maisons qui continuent, le vol des terres, les lois racistes, les tests de loyauté, les checkpoints et le mur, l’appropriation culturelle, une bureaucratie kafkaïenne qui cerne les moindres détails de la vie quotidienne et un refus du droit de retour des Palestiniens en exil.

Et attendu que :

En réponse à ces circonstances, les Palestiniens sont engagés dans une longue lutte courageuse et transnationale pour la libération, la souveraineté, l’autodétermination et le droit de retour. Une lutte profondément ancrée dans une histoire anticoloniale et internationaliste plus générale et soutenue par des mouvements de solidarité dynamiques qui font pression sur Israël et sur ses alliés politiques pour la décolonisation de la Palestine.

Et attendu que :

L’état israélien a systématiquement mené des politiques dont l’objectif est de détruire et voler des manuscrits, des revues et des livres palestiniens, fermer des universités palestiniennes, limiter la mobilité du personnel et des étudiants, détruire l’infrastructure éducative, discriminer les étudiants palestiniens de façon systématique, arrêter et déporter le personnel universitaire local et international. L’arrestation arbitraire, l’incarcération, la torture et l’assassinat d’universitaires palestiniens et de leurs alliés, et cibler, priver de moyens et fermer aussi bien les institutions universitaires que les institutions culturelles pour entraver la recherche universitaire et étouffer la contestation politique sur les campus et ailleurs.

Et attendu que :

L’institution académique d’Israël (en particulier la discipline de la géographie) est, par choix actif, un partenaire intime et complice du régime israélien. Notamment, les universités et les centres de recherche, qui sont nombreux à être construits sur les terres palestiniennes, jouent un rôle de premier plan dans l’occupation de la Palestine en mettant la Recherche et le Développement au service de l’armée israélienne, de l’entraînement militaire israélien et du développement des armes et des stratégies militaires utilisées contre les Palestiniens.

Et attendu que :

Plus de 170 des syndicats, associations et partis politiques palestiniens les plus représentatifs se sont réunis pour appeler à une solidarité et à une action internationales par le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS) contre Israël pour exiger la fin de l’occupation de la bande de Gaza, de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, et du Plateau du Golan ; la reconnaissance de la pleine égalité des droits fondamentaux des citoyens arabes palestiniens d’Israël ; et le respect, la protection et la promotion du droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs foyers et sur leurs propriétés.

Et attendu que :

La tenue en Palestine de la 7ème conférence du GIGC montre l’engagement des géographes critiques à participer à un mouvement mondial pour la décolonisation en rompant l’isolement imposé aux Palestiniens par le colonialisme de peuplement sioniste. C’est ainsi exprimer notre désir de cultiver aussi bien la théorie que la pratique dans des endroits-clés de la contestation politique en ces temps de danger, de transition et de changement social fondamental.

Et attendu que :

La déclaration de principes du GIGC Un monde à gagner ! [1] est un manifeste qui s’adresse aux géographes critiques et appelle à : élaborer des théories et des pratiques capables de combattre l’exploitation et l’oppression sociales ; refuser l’isolement volontaire de la recherche universitaire des circonstances politiques de notre époque ; rejoindre les mouvements sociaux existant en dehors du milieu académique qui œuvrent pour des changements de société ; exiger et lutter pour les changements de société dont l’objectif est de démanteler les systèmes actuels d’exploitation capitaliste, d’oppression basée sur le sexe, la race et la sexualité, d’impérialisme, de chauvinisme national et de destruction environnementale.

Et attendu que :

Dans cet esprit, la déclaration politique de la 7ème Conférence du CICG [2] reconnaît ces réalités politiques pressantes sur le terrain et exprime son soutien à la lutte anticoloniale palestinienne. Comme nous le rappelle Desmond Tutu, « Si vous restez neutres devant des situations d’injustice, vous avez choisi le camp de l’oppresseur ».

Et attendu que :

Des universitaires, au-delà des frontières disciplinaires et géographiques, ont déclaré soutenir la campagne palestinienne internationale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) [3] et ont adhéré à la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) [4]. Notamment : l’Association des études asiatiques américaines, l’Association des études américaines, l’Association des études ethniques critiques (liste complète sur la page des initiatives internationales de boycott sur le site du PACBI) [5].

Et attendu que :

Actuellement, la campagne BDS est l’objet principal de l’effort de solidarité internationale avec la Palestine, alors que les autres formes d’intervention internationale, les médiations, les traités et les négociations n’ont pas réussi jusqu’à présent à contraindre Israël à respecter le droit international et à mettre un terme à sa violence et à sa répression envers le peuple palestinien.

IL EST RESOLU QUE :

Le GIGC et le GIGC 2015 soutiennent le Comité national de boycott (BNC) et le peuple palestinien dans leur lutte anticoloniale en approuvant BDS contre l’état d’Israël jusqu’à la libération, la souveraineté, l’autodétermination et la pleine mise en œuvre du droit de retour du peuple palestinien.

En outre :

Nous soutenons le PACBI et adhérons au boycott des institutions académiques et culturelles israéliennes qui sont complices dans les pratiques oppressives et le projet de colonisation de peuplement de l’état israélien. Selon les directives du PACBI, cela signifie, entre autres, ne pas travailler et ne pas s’associer avec une institution académique israélienne, leurs représentants ou quiconque travaillant pour le compte du gouvernement israélien.

En outre :

Notre position sur BDS et le boycott académique et culturel s’inscrit dans le cadre plus large d’un engagement dans les mouvements sociaux et les luttes anticapitalistes, anticolonialistes, antiracistes, féministes et homosexuels dans le monde entier, contre la précarité sociale, économique et politique qui augmente, l’autoritarisme croissant, l’atteinte aux droits fondamentaux, la dépossession, l’ajustement structurel dans le sud et dans le nord, le revanchisme, la colonisation continue de l’espace public, des terres et des ressources, la privatisation des biens communs, ainsi que la violence structurelle exercée par l’état contre des groupes selon leur race, leur sexe et leur sexualité et contre d’autres groupes et communautés ciblés.

En outre :

Pour mettre en œuvre cette résolution et poursuivre le travail de décolonisation de la discipline de la géographie et du milieu académique dans son ensemble, nous incitons le Comité directeur du GIGC et les participants à la conférence à ouvrir le débat sur BDS et le boycott académique d’Israël dans les associations, les organisations et les institutions géographiques pour que des groupes tels que l’Association des géographes américains (AAG), la Société géographique royale (RGS), l’Union géographique internationale (UGI), etc... adoptent une position politique favorable.

En outre :

Nous souhaitons que le GIGC réaffirme ses principes et son attachement à la théorie et la pratique radicales en soutenant et en permettant l’existence d’espaces du possible politique et conceptuel pour les géographes critiques, en solidarité avec les luttes socio-politiques, économiques et environnementales en cours dans le monde. Ils peuvent prendre la forme de groupes de travail, de comités de solidarité et/ou d’autres formes d’engagement des chercheurs et des activistes pendant et entre ses conférences ordinaires.

En outre :

Le premier de ces groupes de travail dirigera la mise en œuvre de cette résolution sur BDS et le boycott académique d’Israël au sein du GIGC et, dans un cadre plus large, au sein de la communauté géographique et académique.