Dix enfants palestiniens tués au cours de trois semaines de violence


Ramallah, 21 octobre 2015 – l’ONG Protection des Enfants International – Palestine (DCIP) a confirmé que les forces israéliennes ont tué 10 enfants palestiniens dans différents incidents en Cisjordanie, y compris à Jérusalem Est, et dans la bande de Gaza au cours des trois semaines passées.

Mardi soir, des soldats israéliens ont tiré sur Bachar al-Jabari, un jeune de 15 ans et l’ont tué, ainsi que Houssam al-Jabari de 18 ans, devant la maison Rajabi, dans la zone H2 de la ville occupée de Hebron en Cisjordanie [1]. En avril 2014, des colons juifs ont pris ce bâtiment situé le long d’une voie qui relie la colonie exclusivement juive de Kiryat Arba à la mosquée d’Ibrahim, ou caveau des patriarches, après que la Cour Suprême d’Israël ait soutenu leur achat de cette propriété.

Un porte-parole de l’armée israélienne a dit « deux suspects se sont approchés d’un poste militaire à Hebron, un des assaillants a poignardé un soldat, et l’armée a tiré sur les deux suspects », d’après un reportage de l’agence de presse palestinienne, Ma’an.

À Hebron également, la police israélienne a dit qu’une officière paramilitaire de la police des frontières avait tué une jeune Palestinienne qui l’aurait poignardée au poste de police frontalier de Ashmoret Yitzhak, samedi matin. DCIP a confirmé que la jeune fille, Bayan Ayman Esseileh, avait 16 ans. Un témoin oculaire a dit que des colons juifs ont dansé devant son cadavre avant d’être repoussés par les forces israéliennes.

Dans la soirée, des soldats israéliens ont gravement blessé Tareq Ziad Natsheh, de 16 ans, à un checkpoint de la rue Shouhada dans le secteur H2 de Hebron, après qu’il les aurait attaqués. Les media israéliens ont informé qu’il est mort de ses blessures dans un hôpital de Jérusalem. DCIP confirme.

Le centre-ville de Hebron, dont la Vieille Ville historique, le vieux marché et la mosquée d’Ibrahim, se trouvent dans la zone H2, qui est sous contrôle militaire et civil total de l’armée israélienne, depuis un accord de 1997 entre Israël et l’Autorité Palestinienne.

À Jérusalem Est, la police paramilitaire des frontières a abattu, samedi, Muataz Ahmad Oweisat, de 16 ans, près de la colonie de Talpiot Est, connue également sous le nom de Armon HaNetziv, après qu’il aurait tenté de poignarder un des officiers. L’adolescent venait du village arabe frontalier de Jabel Mukaber.

Muataz est le deuxième enfant de Jabel Mukaber tué par les forces israéliennes ce mois-ci. Le 12 octobre, des policiers israéliens ont tiré sur Mustafa Adel al-Khatib, de 17ans, près de la Vieille Ville de Jérusalem, dans des circonstances controversées. La police israélienne prétend qu’il a essayé de poignarder un de ses officiers. Des sources palestiniennes, dont un témoin oculaire qui a parlé avec DCIP, ont dit que l’adolescent n’était pas armé. L’enquête de DCIP sur les circonstances est en cours.

Dimanche, la police israélienne a érigé une barrière de séparation entre Jabel Mukaber et Jérusalem. Ce geste intervient alors que les autorités israéliennes ont récemment engagé une politique de fermeture des quartiers palestiniens de Jérusalem Est, en ayant recours y compris à des checkpoints et des barrages routiers en béton.

Les tensions autour de l’accès à la Mosquée d’Al-Aqsa dans la Vieille Ville de Jérusalem ont connu une escalade donnant lieu à des attaques mortelles à Jérusalem et dans le reste de la Cisjordanie occupée. La mosquée se trouve dans une enceinte connue des Musulmans comme le Noble Sanctuaire et des Juifs comme le Mont du Temple. Le site est sacré pour les deux religions.

DCIP a confirmé que 10 enfants sont morts ce mois-ci, dont six qui auraient perpétré des attaques au couteau. Au moins 106 enfants palestiniens ont souffert de blessures depuis le début octobre, selon les données de base de DCIP. DCIP définit comme enfant toute personne de moins de 18 ans.

Les autorités israéliennes n’ont pas remis à leurs familles les corps des enfants tués qui auraient mené des attaques au couteau. Au-delà du caractère punitif de l’action, cela a rendu encore plus difficile la vérification des faits et des circonstances.

Le ministre israélien de la sécurité publique, Gilad Erdan, a publié une déclaration la semaine dernière, selon laquelle le cabinet israélien de sécurité a accepté sa proposition de ne plus rendre les corps des individus tués qui auraient mené des attaques et d’enterrer leurs restes dans des cimetières éloignés.

Un porte-parole de l’Ambassade d’Israël au Royaume Uni a déclaré à The Independent que la proposition, bien qu’apparemment approuvée, n’avait pas atteint le niveau d’une « politique israélienne officielle ».

En réponse à l’escalade de la violence, les forces israéliennes semblent mettre en œuvre la politique « tirer pour tuer », qui peut donner lieu, dans certains cas à des meurtres extra judiciaires. Le droit international requiert que le recours intentionnel à des armes mortelles n’intervienne que s’il est absolument inévitable. Là où des individus sont supposés avoir des menées criminelles, ils devraient être appréhendés en accord avec le droit international et avoir accès aux procédures judiciaires.

Au cours des dernières semaines, des officiels israéliens ont modifié les règles d’utilisation des armes à feu pour tirer des balles mortelles lors de manifestations à Jérusalem, lorsqu’il y a une « menace de mort ». Auparavant, les règles permettaient les armes à feu uniquement en cas de menace de mort directe sur un officier de police ou un soldat.

Ce changement intervient alors que les ministres israéliens ont approuvé des directives d’emprisonnement plus dures et des amendes pour les lanceurs de pierres.

[1H2 est le secteur des colonies israéliennes de Hebron. La Maison Rajabi est l’une de ces colonies (ndlt)