Des scientifiques ont exhorté à boycotter une conférence de biochimie en Israël

| Ali Abunimah pour The Electronic Intifada | Traduction J.Ch. pour l’AURDIP |

Des universitaires palestiniens, israéliens et internationaux exhortent leurs collègues à boycotter le congrès 2017 de la Fédération des Sociétés Biochimiques Européennes le mois prochain à Jérusalem.

« Certains participants ne doivent pas avoir conscience des attaques directes qu’Israël a dirigées contre le droit des Palestiniens à l’éducation : elles incluent le bombardement d’écoles et d’universités, et le blocage des accès à leurs sites », écrivent les scientifiques et les universitaires dans une lettre envoyée à tous les intervenants de la conférence.

« Les restrictions que place Israël sur l’enseignement et la recherche de nos collègues palestiniens ont des conséquences sévères non seulement sur les possibilités mêmes d’enseignement et de recherche, mais aussi sur la santé des Palestiniens. »

Parmi les 89 professeurs qui appellent au boycott, il y a des chercheurs des principales institutions d’Europe et d’Amérique du Nord.

Même alors qu’aucun pays ne reconnaît la souveraineté prétendue d’Israël sur Jérusalem, le site de la conférence de la Fédération des Sociétés Biochimiques Européennes communique énormément sur le fait qu’elle se tient à « Jérusalem, Israël ».

Il situe aussi les Hauteurs du Golan occupées – territoire syrien – comme faisant partie d’ « Israël ».

Que ce soit intentionnel ou non, cela fait de l’instance universitaire une participante directe aux efforts d’Israël pour légitimer son occupation violente, l’annexion et la colonisation de ces territoires, en violation du droit international.

Institutions complices

La conférence est sponsorisée par plusieurs universités israéliennes complices des violations israéliennes des droits des Palestiniens, y compris le développement d’armements, le soutien aux attaques d’Israël sur Gaza et l’aide au recrutement dans la police secrète d’Israël.

Les universités israéliennes sont également directement impliquées dans les efforts pour saper la solidarité internationale avec les droits des Palestiniens.

L’Association des Directeurs d’Université, par exemple, est connue pour aider les efforts du gouvernement israélien pour censurer l’enseignement sur la Palestine dans les universités d’autres pays et pour essayer de contrecarrer le mouvement mondial pour les droits des Palestiniens.

Mourir du cancer

L’un des thèmes de la conférence est la biochimie du cancer. Le taux de cancers est en augmentation, particulièrement chez les Palestiniens de la Bande de Gaza sous blocus.

Mais, comme le font remarquer les universitaires, Israël fait activement obstruction à ces traitements essentiels à la vie : « Le taux de survie à 5 ans du cancer du sein à Gaza, qu’Israël assiège depuis dix ans, n’est que de 30%, alors qu’il est de 86% en Israël. En 2016, seuls 44% des patients de Gaza ayant demandé l’accès aux hôpitaux israéliens l’ont obtenu ; plus de la moitié de ceux qui ont été refusés étaient des patients atteints de cancer. »

En attendant, le système de santé à Gaza est au bord de l’effondrement à cause des sévères réductions israéliennes de fourniture d’énergie à ce territoire.

Sensibles à la politique

Anticipant les arguments typiques contre le boycott, les universitaires déclarent : « Soyons clairs : le boycott académique d’Israël demandé par les Palestiniens respecte le principe universel de la liberté académique ; il est dirigé exclusivement contre les institutions israéliennes, et non contre les universitaires individuellement. Malgré certaines différences, il a été inspiré par le boycott académique de l’Afrique du Sud, demandé en 1965 par 496 universitaires de 34 universités du Royaume-Uni. »

L’année dernière, après un appel similaire, plusieurs universitaires se sont retirés d’une conférence sur le génocide reçue dans l’Université Hébraïque.

Les directeurs d’université israéliens ont dit qu’ils étaient durement affectés par un « boycott silencieux », dans lequel de nombreux universitaires se tiennent à distance d’institutions israéliennes, mais ne font aucune déclaration publique.

Les principaux lobbies israéliens ont eux aussi reconnu l’impact croissant de ce prétendu boycott silencieux.

Les professeurs notent que la Fédération des Sociétés Biochimiques Européennes a elle même été sensible aux préoccupations politiques concernant l’emplacement de ses conférences. En 2016, cette instance a exprimé « sa solidarité avec la communauté scientifique turque » face à la réduction des libertés académiques en Turquie et a par conséquent annulé la conférence qu’elle prévoyait d’y tenir.

« En organisant son congrès à Jérusalem, la FEBS contribue sciemment ou non à laver Israël de tout soupçon pour sa répression violente contre les droits de l’homme des Palestiniens », a dit Ahmed Abbes, directeur de recherche à l’institut scientifique de France le CNRS et secrétaire de l’AURDIP, association universitaire qui défend les droits des Palestiniens.

« Nous espérons que nos collègues saisiront cette occasion pour consulter leur conscience, écouter la voix de la société civile palestinienne, et refuser de franchir cette ligne rouge. »