Des récipiendaires du Prix Sakharov : les États de l’UE ont tort de faire pression pour tenir la Palestine hors de la Cour pénale internationale


Monsieur le Président du Parlement européen, Madame la Haute Représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères,

Nous sommes des défenseurs des droits de l’homme, d’Algérie, du Bangladesh, et d’Israël, unis par l’honneur d’être récipiendaires du Prix Sakharov du Parlement européen pour la liberté de penser.

Nous louons l’Union européenne pour son rôle actif dans la promotion des droits de l’homme et de la justice dans le monde. Le soutien ardent de l’UE pour la Cour pénale internationale (CPI), en tant qu’institution centrale pour la promotion de l’état de droit, du respect des droits de l’homme et de la préservation de la paix, a constitué une part essentielle de ce rôle.

Nous vous adressons ce courrier aujourd’hui pour exprimer notre profonde préoccupation quant à la position de l’UE sur la question de l’adhésion de la Palestine à la Cour pénale internationale.

Nous sommes vraiment étonnées d’apprendre par des rapports, parus dans les médias, d’Amnesty International, d’Human Rights Watch et d’autres, que des États membres de premier plan de l’UE ont exercé des pressions sur l’Autorité palestinienne (AP) pour qu’elle ne rejoigne pas la CPI et ne lui reconnaisse pas sa compétence.

Nous considérons qu’il y a là une contradiction directe avec la politique de l’UE et un deux poids deux mesures flagrant.

La politique de l’UE, sur laquelle se sont mis d’accord tous les États membres de l’UE et qu’ils ont signée en 2001, a été de demander à tous les États du monde de rejoindre la CPI. L’UE a émis des centaines de démarches diplomatiques en direction des pays sur tout le globe, les exhortant à rejoindre la Cour. Elle a même conditionné, pour des dizaines de pays, son aide au développement et aux accords commerciaux à leur engagement de prendre des mesures en vue de rejoindre la CPI.

Nous sommes consternées d’apprendre que plusieurs États membres de l’UE sont en train de faire tout le contraire dans le cas palestinien, utilisant leur poids financier et diplomatique important pour faire pression sur l’AP.

Une telle approche sélective de la justice nuit à la crédibilité de la Cour et est un cadeau pour ses opposants qui prétendent que la CPI est un instrument politique des puissances occidentales.

Le conflit israélo-palestinien est complexe, et il peut y avoir des différences de points de vue sur ses causes et ses solutions possibles. Il peut y avoir encore des opinions divergentes à propos des crimes de guerre présumés commis durant le récent conflit de Gaza et des responsabilités de chacune des parties à ce conflit.

Cependant, comme dans d’autres conflits à travers le monde, il ne peut y avoir de paix durable en Israël et Palestine sans justice et responsabilité.

L’impunité des auteurs de crimes de guerre ne facilite pas les efforts pour la paix, elle encourage à toujours plus de violations. En sa qualité d’institution impartiale, la CPI est la mieux placée pour soumettre les deux côtés aux mêmes normes de justice.

L’UE a soutenu activement les mécanismes de la justice internationale dans les conflits des Balkans, ceux d’Afrique et d’ailleurs. Nous ne voyons aucune raison pour que l’UE fasse une exception pour la Palestine et Israël.

Nous nous adressons à vous, dirigeants et représentants de l’UE, pour que vous encouragiez activement et ouvertement l’Autorité palestinienne à rejoindre la CPI, comme vous le faites en d’autres situations.

En tant que récipiendaires de votre Prix Sakharov, consacré aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, nous vous demandons d’agir conformément à ses principes, sans exception, également dans le cas de la Palestine et d’Israël.

Salima Ghezali, Algérie, a obtenu le Prix Sakharov en 1997, Taslima Nasrin, Bangladesh, en 1994, et Nurit Peled-Elhanan, Israël, en 2001.

Salima Ghezali, from Algeria, won the Sakharov Prize in 1997, Taslima Nasrin (Bangladesh) in 1994, and Nurit Peled-Elhanan (Israel) in 2001