Des professeurs de Stanford lancent un appel à désinvestir de l’occupation israélienne avant le vote des étudiants

| Mondoweiss | Traduction CG pour l’AURDIP |

Le communiqué de presse qui suit provient de Stanford Out of Occupied Palestine, une coalition de 19 organisations universitaires incluant le Black Student Union, MEChA, et Students for Justice in Palestine. Ce soir le Sénat des étudiants de premier cycle de Stanford votera une motion appelant l’université à se désinvestir des entreprises qui violent les droits de l’homme en Palestine occupée.


Dans les quatre derniers jours, plus de 29 professeurs de Stanford ont signé une lettre appelant l’université de Stanford à "cesser d’investir dans des entreprises qui profitent de l’occupation des territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967".

La lettre a été envoyée en solidarité avec une pétition et une motion organisées par SOOP (Stanford Out of Occupied Palestine, "Stanford hors de la Palestine occupée"), une coalition de 19 organisations universitaires incluant le Black Student Union, MEChA, et Students for Justice in Palestine. La déclaration des enseignants arrive à un moment de soutien au désinvestissement sans précédent de la part des étudiants : plus de 1600 d’entre eux ont signé la pétition.

Dans cette lettre, les enseignants écrivent : “Nous croyons qu’il nous incombe en tant qu’éducateurs non seulement de former nos étudiants comme citoyens du monde et chefs de file mondiaux, mais aussi de modeler nous-mêmes nos actions sur ce qui incarne les meilleurs aspects de la citoyenneté du monde, à commencer par le soutien au droit international et l’opposition à ceux qui ne le respectent pas.”

En élaborant cette campagne, SOOP, un mouvement de base dirigé par des étudiants, a cherché à comprendre les implications du droit international et ses intersections avec les violations des droits de l’homme. Les étudiants du groupe se sont engagés dans une large campagne de sensibilisation sur le campus en tenant des assemblées locales, en démarchant les résidences étudiantes et en organisant plusieurs événements publics.

Les signataires enseignants demandent à "Stanford de défendre ses valeurs officielles. Nous rejetons l’idée que le désinvestissement ciblerait injustement un pays. Le montant énorme de l’aide américaine à Israël (au moins 3 milliards de dollars annuels, plus que ne reçoit aucun autre pays dans le monde) fait déjà de nous, aux États-Unis, des complices des actions d’Israël. Nous rejetons également l’affirmation selon laquelle le désinvestissement est une forme d’antisémitisme ou est dirigé d’une manière ou d’une autre contre les étudiants juifs du campus. Le désinvestissement est dirigé contre la politique de l’état d’Israël. En soutenant le désinvestissement, nous croyons que nous faisons ce que nous pouvons localement, à l’intérieur du campus de Stanford".

Les étudiants ont demandé à l’université de respecter le code de conduite défini par ses pratiques et principes directeurs. Un document de la SEC (Securities and Exchanges Commission) de mai 2014 révèle que Stanford pourrait ne pas suivre complètement son code éthique. Le document indique que Stanford a des investissements directs dans Raytheon — une société fournissant en missiles et bombes à fragmentation les forces de défense israéliennes (IDF) qui les ont utilisés dans des actions décrites comme des punitions collectives par Amnesty International, Human Rights Watch et les Nations Unies.

La campagne insiste sur trois aspects : l’infrastructure illégale de l’occupation, comme les colonies et le mur ; les punitions collectives, sous la forme de démolitions de maisons et de campagnes militaires contre les populations civiles ; et la répression de l’État, par exemple l’emprisonnement massif et l’usage de la force contre les protestataires. Ce dernier aspect met aussi en lumière la violence de l’État aux États-Unis.

Les enseignants de l’université de Stanford se sont déjà engagés dans le passé dans des campagnes de désinvestissements menées par les étudiants. Plus récemment, des enseignants ont fait circuler une lettre demandant à l’université de se désinvestir des carburants fossiles. En 1977, les enseignants se sont aussi unis pour pousser l’université à cesser d’investir dans des compagnies favorisant l’apartheid en Afrique du Sud. Les étudiants de SOOP sont d’origine variée et apprécient particulièrement le soutien apporté à cette campagne par les enseignants de Stanford, surtout au vu des représailles auxquelles sont confrontés certains d’entre eux. La campagne presse ceux qui ne l’ont pas encore fait de signer la pétition.

Lettre des enseignants de Stanford soutenant le désinvestissement :

Nous, enseignants soussignés, demandons respectueusement à l’ASSU d’adopter la motion qui leur est actuellement soumise. Cette motion demande à l’université de cesser d’investir dans des compagnies qui tirent profit de l’occupation des territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967. Cela est entièrement cohérent avec le Code de conduite de l’université qui exige que les membres de la communauté de Stanford "maintiennent les plus hauts standards d’intégrité" ; en fait adopter la motion est exigé par ce Code. La motion demande que Stanford cesse d’investir dans les compagnies qui tirent profit du maintien de l’infrastructure de l’occupation illégale longue de 48 ans en Cisjordanie, y inclus Jérusalem Est, et dans la bande de Gaza, et favorisent ainsi la punition collective des civils dans ces territoires, ainsi que des actions d’emprisonnement massif, la répression des protestataires non armés et le déni des droits au travail et au bien-être économique.

Pour atteindre cet objectif, la motion cible des compagnies multinationales qui violent le droit humanitaire international et les droits de l’homme dans les Territoires occupés palestiniens et ici aux États-Unis. Des compagnies comme Motorola Solutions, Veolia, Cement Roadstone Holdings, Elbit Systems tirent profit de la construction de l’infrastructure physique de l’occupation, incluant les colonies de Juifs israéliens implantés en Cisjordanie, qui violent l’article 49 de la 4e Convention de Genève et la résolution 465 du Conseil des Nations Unies de 1980 (parmi bien d’autres) et un mur de séparation qui annexe de fait 9.5% de la Cisjordanie et qu’un vote 14-1 de la Cour internationale de justice a déclaré illégal en juillet 2004. Lockheed Martin, Caterpillar, G4S, Defense Technology Corporation, et Combined Tactical Systems fournissent du matériel et des équipements militaires utilisés pour renforcer l’occupation, confisquer des terrains palestiniens, démolir des maisons palestiniennes et réaliser des emprisonnements massifs (plus de 800 000 Palestiniens depuis 1967), transférer des Palestiniens hors de la Cisjordanie et imposer des punitions collectives, ce qui viole les articles 33, 49 et 76 de la 4e Convention de Genève.

Certains arguent que le conflit israélo-palestinien est un problème de "narrations multiples". Mais il n’y a aucun doute sur les faits relatifs à l’occupation israélienne des territoires saisis pendant la guerre de juin 1967 — ils sont vérifiés par des sources reconnues internationalement, comme les Nations Unies, Amnesty International, Human Rights Watch, des organisations israéliennes des droits de l’homme comme B’Tselem, et des medias israéliens. Ces faits confirment le consensus international selon lequel l’occupation est illégale et les actions entreprises par l’État d’Israël pour la mettre en oeuvre violent le droit international.

C’est pourquoi Stanford doit s’en distancier, puisque le Code de conduite exige qu’"aucune pratique non éthique ne peut être tolérée sous prétexte qu’elle serait "habituelle" en dehors de Stanford ou qu’elle servirait d’autres objectifs valables. L’opportunité ne devrait jamais compromettre l’intégrité". Nous demandons à Stanford de respecter les valeurs que l’université proclame pour siennes.

Nous rejetons l’idée que le désinvestissement viserait injustement un seul pays. Le montant énorme de l’aide américaine à Israël (au moins 3 milliards de dollars annuels, plus que ne reçoit aucun autre pays au monde) fait déjà de nous aux États-Unis des complices des actions israéliennes. Nous rejetons également l’affirmation selon laquelle le désinvestissement est une forme d’antisémitisme ou serait dirigé d’une manière ou d’une autre contre les étudiants juifs du campus. Le désinvestissement est dirigé contre la politique de l’État d’Israël. En soutenant le désinvestissement, nous croyons que nous faisons ce que nous pouvons, à l’intérieur de la communauté de Stanford.

Nous perpétuons la fière tradition des actions antérieures des enseignants, contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud, contre les investissements dans les carburants fossiles, etc. Nous croyons qu’il nous incombe en tant qu’éducateurs non seulement de former nos étudiants comme citoyens du monde et chefs de file mondiaux, mais aussi de modeler nous-mêmes nos actions sur ce qui incarne les meilleurs aspects de la citoyenneté du monde, à commencer par le soutien au droit international et l’opposition à ceux qui ne le respectent pas.

Respectueusement,

  1. Joel Beinin, Donald J. McLachlan Professor of History
  2. Eamonn Callan, Associate Dean for Student Affairs, Pigott Family School of Education Professor, and Professor, by courtesy, of Philosophy
  3. Clayborne Carson, Martin Luther King, Jr. Centennial Professor
  4. Robert Crews, Associate Professor of History
  5. Mark Crimmins, Associate Professor of Philosophy
  6. J.P. Daughton, Associate Professor of History and, by courtesy, of French and Italian
  7. James Ferguson, Susan S. and William H. Hindle Professor in the School of Humanities and Sciences
  8. Kenneth Fields, Professor of English
  9. Thomas Blom Hansen, Reliance-Dhirubhai Ambani Professor in South Asian Studies and Professor in Anthropology
  10. Robert Finn, Professor of Mathematics, Emeritus
  11. Leslie Hill, Associate Professor (Teaching) of Theater and Performance Studies
  12. Doug McAdam, Ray Lyman Wilbur Professor
  13. Cherríe L. Moraga, Artist in Residence, Department of Theater and Performance Studies, Comparative Studies in Race & Ethnicity
  14. Andrea Nightingale, Professor of Classics
  15. David Palumbo-Liu, Louise Hewlett Nixon Professor
  16. María Paz Haro, Professor Emerita, Iberian and Latin American Studies
  17. Robert Proctor, Professor of History and, by courtesy, of Medicine
  18. Rush Rehm, Professor of Theater and Performance Studies and Classics
  19. Professor Joan Ramon Resina, Professor of Iberian and Latin Cultures, and of Comparative Literature
  20. Paul Robinson, Richard W. Lyman Professor in the Humanities, Emeritus
  21. Robert Sapolsky, John A. and Cynthia Fry Gunn Professor and Professor of Neurology and of Neurosurgery
  22. Priya Satia, Associate Professor of History
  23. Paul Seaver, Professor of History Emeritus
  24. Thomas Wasow, Professor of Linguistics and Philosophy, Emeritus
  25. Sylvia Yanagisako, Edward Clark Crossett Professor of Humanistic Studies
  26. Yvonne Yarbro-Bejarano, Professor of Iberian and Latin American Cultures, Emerita
  27. Richard White, Margaret Byrne Professor of American History
  28. Khalil Barhoum, Senior Lecturer in Arabic
  29. Todd Davies, Lecturer in Symbolic Systems
  30. Linda Hess, Senior Lecturer in Religious Studies