Des personnalités palestiniennes de la Culture arrêtées dans Jérusalem occupée

Trois éminentes personnalités palestiniennes de la culture ont été arrêtées par les autorités israéliennes hier, 22 juillet, en Palestine occupée.

Suhail Khoury, directeur du Conservatoire National de Musique de Palestine Edward Saïd (ESNCM), et sa femme, Rania Elias, directrice du Centre Culturel Yabous de Jérusalem, ont été arrêtés chez eux dans la zone de Jérusalem de Beit Hanina par les autorités israéliennes. Celles-ci ont alors fait une descente et à l’ESNCM et à Yabous, confisquant ordinateurs et documents. Tous les deux ont été relâchés plus tard dans la journée « sous conditions », comme l’a expliqué Naser Owda, l’avocat de Rania Elias.

Comme cela a été raconté, les autorités israéliennes ont saccagé le domicile à Silwan de Daoud al-Ghoul, directeur du Réseau des Arts de Jérusalem. Connu sous le nom de Shafaq, c’est un réseau tutélaire à la fois pour Yabous et pour l’ESNCM, ainsi que pour d’autres institutions culturelles palestiniennes. Al-Ghoul a été libéré aujourd’hui.

Les cinq branches du Conservatoire, ainsi que Yabous, Shafaq, Beit Hanina et Silwan se trouvent toutes du coté palestinien de la Ligne Verte, ou Ligne de l’Armistice de 1949. Aucune n’est en Israël.

Le Directeur du Conservatoire Mohammed Maragha a raconté que les forces d’occupation ont encerclé l’école vers 9 H. du matin, ont attendu l’arrivée du personnel, puis ont confisqué sept ordinateurs, un grand nombre de dossiers, et l’équivalent de vingt-et-une boîtes de documents remontant à 2014. Les forces israéliennes ont prétendu rechercher ce qu’elles pensaient être lié au « financement du terrorisme » et, sur les mêmes bases, ont également confisqué plusieurs appareils pris dans la maison de Beit Hanina.

L’avocat Owda a raconté que Khoury et Elias ont subi un interrogatoire de 12 heures consécutives au poste de police d’Abu Ghunaim au sud de Jérusalem Est occupée, sous l’accusation de « financement d’organisations terroristes ». Les documents vus par l’agence de presse AFP disent aussi « suspicion de blanchiment d’argent [et] de financement de terrorisme ».

Micky Rosenfeld, Porte-parole de la Police Nationale d’Israël auprès des Médias étrangers, a fait référence à l’ESNCM et à Yabous comme à des organisations « prétendant » être « impliquées dans la culture palestinienne ». Il a annoncé que « trois suspects » avaient été arrêtés « en lien avec l’évasion et la fraude fiscales », sans les nommer mais en faisant clairement référence à Khoury, Elias et al-Ghoul. Rosenfeld est un ancien officier de combat de l’unité de contre-terrorisme Yamam.

Les arrestations d’hier rappellent l’arrestation en 2017 du fondateur de Boycott, Désinvestissement et Sanctions Omar Barghouti pour une prétendue évasion fiscale. Le passeport de Barghouti avait été confisqué, détruisant ses projets de voyage, avant de lui être rendu à la suite d’une contestation judiciaire. Il n’a jamais été réellement accusé d’aucun crime.

Le Conservatoire National de Musique Edward Saïd a été créé en 2993 par un petit groupe de musiciens palestiniens, qui fonctionnait initialement au sein de l’université de Birzeit. Sa première branche s’est ouverte cette année là à Ramallah, suivie de la branche de Jérusalem en 1996, de Bethléem en 1997, Naplouse en 2010 et Gaza en 2012. Plus d’un millier d’étudiants sont inscrits dans ces différentes branches et 580 autres dans les chorales d’enfants. (Il ne faut pas confondre cette initiative entièrement palestinienne avec le Centre de Musique Barenboïm-Saïd de Ramallah, qui n’a pas de rapport.)

Le Centre Culturel Yabous, planche de salut inestimable multi-arts à Jérusalem Est, a déjà été ciblée par Israël dans le passé. Ce rédacteur a été le témoin d’un incident de ce genre quand, le 26 mars 2014, lorsque Israël a fait une descente dans cette institution et l’a fermée, déclarant qu’une conférence sur le Service Civique programmée pour ce soir là et organisée par la Fondation d’Aide Juridique et des organisations similaires, constituait une « activité terroriste ».

Tim Potter, ancien Chef d’Orchestre de l’Orchestre National de Palestine et de l’Orchestre des Jeunes de Palestine, a fait ce commentaire à propos des événements d’hier :

Israël ne fait pas qu’arrêter deux personnes qui ont travaillé toute leur vie à faire revivre la musique dans la culture palestinienne après des décennies d’occupation coloniale – il utilise la force brute pour éteindre la vie culturelle pour des milliers d’artistes, étudiants et plus largement membres de la société. C’est un nouvel abaissement du niveau, mais ce n’est pas nouveau. Dans mon activité d’organisation de projets musicaux en Palestine, l’armée et la police israéliennes n’étaient jamais loin afin de rendre l’installation des répétitions et des concerts aussi difficile que possible. Sans tenir compte du fait qu’il s’agisse d’un orchestre d’enfants ou d’un groupe professionnel, le but était de rendre la programmation de concerts aussi difficile et acrobatique que possible.

PalMusik UK, organisation de soutien à l’ESNCM basée au Royaume Uni, a émis la déclaration suivante :

C’est avec une grande tristesse et le coeur lourd que nous avons appris aujourd’hui que Suhail Khoury, Directeur Général du Conservatoire National de Musique Edwar Saïd (ESNCM) et sa femme Rania Elias, Directrice du Centre Culturel Yabous, seul cinéma palestinien de Jérusalem, ont été arrêtés et enlevés de chez eux ce matin.

Sans explication, tous les ordinateurs et documents papier de 2015 à aujourd’hui ont été confisqués ce matin de la branche de Jérusalem de l’ESNCM quand peu de personnel était présent.

C’est à grand regret que nous voyons la vie culturelle de Palestine, plus spécialement à Jérusalem, attaquée de cette manière, et nous nous élevons avec force contre ces arrestations. Nous appelons la communauté internationale à s’élever avec nous contre la discrimination accrue à l’encontre des organisations culturelles de Palestine qui sont les vecteurs les plus importants d’une vie harmonieuse et de la paix.

Israël a récemment interdit aux Palestiniens d’avoir des activités et des événements à Jérusalem Est, a fermé de nombreuses organisations et arrêté plusieurs de leurs employés ainsi que d’autres militants palestiniens dans la ville.

L’indignation face à ces actions israéliennes s’est rapidement et passionnément répandue sur les réseaux sociaux, et les signes que des voix issues plus largement de la communauté mondiale des arts s’impliqueraient ont peut-être contribué à la libération « conditionnelle » de Khoury et Elias. On ne sait pas encore quelle sera l’étendue de la coupure immédiate de leurs institutions culturelles, déjà handicapées par l’épidémie du COVID19, ni si l’accusation portée contre eux et al-Ghoul par Israël sera poursuivie.

Pour en savoir plus sur l’interférence dans la vie musicale palestinienne, voir Israël versus le Violon (2015).

Sources : le Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme, Al Arabiya, Middle East Eye (qui n’identifie pas l’ESNCM), et des contacts personnels en Palestine.

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