Des manifestations bloquent les fouilles archéologiques israéliennes dans Hébron

| Ahmad Jaradat pour AIC | Traduction BP pour l’AURDIP |

Des militants ont réussi à bloquer temporairement les fouilles archéologiques d’Israël dans Tel Rumeida à Hébron. Comme en d’autres territoires palestiniens occupés, telle la Cité de David à Jérusalem-Est, Israël utilise l’archéologie pour étendre et légitimer les colonies au cœur de la plus grande ville de Cisjordanie.


Sous la direction de la municipalité d’Hébron et du bureau du gouverneur, les membres du Comité pour la défense d’Hébron, avec des militants palestiniens et internationaux, ont manifesté ensemble mercredi matin contre ce qu’ils appellent le « vol de la terre par les "archéologues" colons ». Les manifestants ont réussi à bloquer pendant plusieurs heures le terrassement et l’excavation de la terre à Tel Rumeida, des creusements réalisés dans une terre sur laquelle vit la famille d’Abu Haikal, comme locataire protégé, depuis 1949.

Les habitants d’ici savent que les archéologues reviendront. Parlant avec l’AIC, Hisham Sharabati, du Comité de défense d’Hébron, a déclaré que les Hébronites « continueront de manifester contre ce projet, et contre toutes les violations des droits perpétrées par les colons dans la ville ».

Cette résistance est menée en parallèle avec une pétition contre les fouilles, soumise à la Haute Cour d’Israël. Le verdict n’a pas encore été rendu dans ce dossier, et la Cour n’a pas ordonné la suspension des fouilles jusqu’au prononcé de sa décision.

Bien que financées par le ministère de la Culture et des Sports d’Israël, les fouilles sont entreprises à l’initiative des colons israéliens d’Hébron. Ces fouilles, les quatrièmes dans Tel Rumeida, sont effectuées par l’Autorité des antiquités d’Israël (IAA) et l’université d’Ariel située dans la colonie Ariel en Cisjordanie.

Même si David Wilder, porte-parole des colons d’Hébron, prétend que toutes les décisions concernant l’excavation sont prises par l’IAA, les colons n’en projettent pas moins de créer un parc archéologique sur le site une fois les fouilles terminées.

L’Administration civile a déclaré au journal israélien Ha’aretz en janvier que « l’Autorité des antiquités avait réalisé des excavations de sauvetage dans Tel Hebron, à la suite de l’initiative des colons d’Hébron pour aménager un parc archéologique ouvert au public. L’administration fait tout son possible, comme d’habitude, pour protéger, développer et réaliser des fouilles de sauvetage quels que soient l’avenir de ces sites et les décisions qui seront prises dans l’avenir ».

Même si Israël présente cela comme « des fouilles de sauvetage », déjà à la fin des années 1990, l’IAA était impliquée dans une excavation à Tel Rumaida, en plus de laquelle un hébergement permanent pour l’avant-poste Ramat Yishai a été installé depuis 2001.

Selon le groupe israélien d’archéologues Emek Shave, la plupart des vestiges qui ont été découverts dans ces précédentes excavations se trouvent maintenant sous des maisons de colons et constituent des caractéristiques dans les visites guidées conduites par les colons.

Pour les Palestiniens, le creusement en cours à Tel Rumadia sera probablement utilisé à l’avenir pour les liaisons entre les avant-postes coloniaux dans la vieille ville d’Hébron.

L’utilisation des sites antiques pour attirer les visiteurs et renforcer la légitimité des colonies est connue dans d’autres secteurs, notamment à la Cité de David à Jérusalem-Est et à Sussiya dans les collines du sud d’Hébron. Emek Shave estime que dans le cas d’Hébron, le site archéologique, avec sa vue sur la cité antique d’Hébron et le Tombeau des patriarches, aura justement un tel effet, avec un composant émotionnel particulièrement puissant.