Des cinéastes en appellent aux cinémas et à la Bafta pour boycotter le festival du film israélien de Londres

| Mark Brown pour The Guardian | Traduction BP pour l’AURDIP |

Plus de 40 artistes et cinéastes ont écrit au Guardian, accusant des cinémas de devenir les « complices silencieux » de la persécution du peuple palestinien.


Des cinéastes, dont Ken Loach, Mike Leigh et Peter Kosminsky, ont lancé un appel aux chaînes de cinéma Curzon et Odeon, et à la Bafta (Académie britannique des arts du cinéma et de la télévision), pour qu’ils renoncent à toute projection pour le festival du film israélien qui commence cette semaine.

Seret 2015, festival du film et de la télévision israéliens à Londres, doit s’ouvrir ce jeudi sur une projection de gala, à la Bafta, du film Hill Start. Suivront des projections dans les cinémas, notamment le Curzon Soho et l’Odeon Swiss Cottage, à Londres.

Dans une lettre au Guardian, ce sont plus de 40 artistes et cinéastes qui expriment leur tristesse et leur déception devant l’accueil fait au festival.

La lettre informe que l’État israélien « fait la promotion de ce festival et le soutient financièrement ».

« En l’accueillant, ces cinémas agissent en faisant fi de l’appel de 2004, par la société civile palestinienne, à des sanctions contre Israël jusqu’à ce que ce pays se conforme au droit international et mette fin aux déplacements illégaux des Palestiniens, à la discrimination à leur encontre, et à l’occupation de leur terre ».

La lettre dit que du fait que le festival est coparrainé par le gouvernement israélien, via son ambassade à Londres, il existe un lien direct entre les cinémas, les projections et la politique du gouvernement israélien.

« En profitant de l’argent de l’État israélien, les cinémas deviennent des complices silencieux de la violence infligée au peuple palestinien. Une telle collaboration et coopération est inacceptable. Elle normalise, même si on ne le veut pas, la violence du gouvernement israélien, son oppression méthodique et illégale des Palestiniens ».

La lettre insiste sur le fait qu’elle ne demande pas de refuser de montrer des films de cinéastes en tant que personnes, « mais de rejeter l’implication et le soutien financier de l’État israélien ».

Ce point a été à nouveau souligné par Loach, qui a déclaré au Guardian : « La campagne de boycott indique spécifiquement qu’elle n’est pas une campagne contre des cinéastes en tant que personnes, mais qu’elle est un appel à un boycott quand l’État d’Israël investit de l’argent ou fait la promotion de l’évènement ».

Il affirme qu’il ne s’agit pas de censurer l’art : « Je serais bien le dernier à vouloir censurer une voix individuelle ».

Autres signataires de la lettre, l’actrice Miriam Margolyes, le duo d’artistes Karen Mirza et Brad Butler, et l’artiste Tania El Khoury.

Dans un communiqué, les fondatrices du festival, Anat Koren, Odelia Haroush et Patty Hochmann, disent que le groupe Curzon a la réputation bien méritée de présenter le meilleur du cinéma mondial et qu’il était ravi que des films en provenance d’Israël entrent dans cette catégorie.

Elles disent aussi apprécier « le soutien que le gouvernement israélien apporte au développement des industries du cinéma et de la télévision en Israël, et l’aide qu’il leur apporte pour présenter la créativité d’Israël au public du Royaume-Uni. »

Et le communiqué de poursuivre : « Notre festival est une vitrine pour de nombreuses voix d’Israël, incluant des Israéliens et des Palestiniens, ainsi que des groupes religieux et laïcs. Ce sont des cinéastes et des acteurs de grand talent, qui travaillent ensemble avec succès pour fournir un divertissement et des perspectives aux amateurs de cinéma et de télévision à l’échelle internationale.

« La liberté d’expression dans les arts est une chose pour la défense de laquelle les Britanniques ont travaillé dur. Une tentative visant à bloquer le partage des activités créatives et le véritable échange d’idée et de valeurs est une réaction décevante pour un festival qui vise à ouvrir des voies de communication et de compréhension ».

Un communiqué des cinémas Curson dit : « Les Cinémas Curzon accueillent de nombreux festivals tout au long de l’année, dont le festival du film de Human Rights Watch, le festival du film de Londres et des festivals qui représentent des régions à travers le monde, notamment le festival Kinoteka du film polonais, le festival du film roumain, et bien d’autres.

« Nous n’avons pas précédemment envisagé de poser des questions à propos du financement d’un festival réservé à l’un de nos cinémas, et nous ne considérons pas la réservation d’un festival comme une quelconque forme de commentaire politique. »

Le festival, qui a débuté en 2012, a élargi ses frontières cette année en programmant également des projections à Manchester, Leeds et Liverpool.

La lettre nous rappelle le cas du festival du film juif au Royaume-Uni, que le théâtre Tricycle dans le nord de Londres avait refusé d’accueillir l’an dernier. Le Tricycle avait pourtant par la suite changé d’avis, mais trop tardivement pour pouvoir projeter les films pour 2014.

L’été dernier, à Edimbourg Fringe, de vives protestations ont conduit à l’abandon d’un spectacle de la compagnie israélienne de théâtre Incubator. La City, pièce policière hip hop, a été annulée par Underbelly en raison de la rumeur qui avait un effet négatif sur les autres spectacles.