Dénonciation de l’annulation du prix attribué à la dramaturge Caryl Churchill

| Harriet Sherwood pour The Guardian | Traduction SF pour l’AURDIP |

Des personnalités de premier plan du théâtre et du cinéma britanniques critiquent la décision de ne pas donner un prix à Churchill à cause de son soutien aux droits des Palestiniens.


Quelques-uns des noms les plus connus du théâtre et du cinéma britanniques ont critiqué l’annulation d’un prix prestigieux attribué à l’œuvre de toute sa vie à la dramaturge Caryl Churchill à cause de son soutien aux droits des Palestiniens, disant que cet acte n’est « rien moins que du Maccarthisme de notre temps ».

Parmi les signataires d’une lettre ouverte publiée jeudi on trouve Harriet Walter, Stephen Daldry, Juliet Stevenson, Stephen Frears, Richard Eyre, Peter Kosminsky et Dominic Cooke.

Ils disent qu’ils sont atterrés par la décision de retirer le prix. « Cette attaque contre la liberté de conscience n’est rien moins que du Maccarthisme de notre temps, et pose des questions urgentes sur une tendance à intimider et à faire taire » dit la lettre.

Et d’ajouter : « Si les seules formes d’art considérées comme ‘sûres’ pour les institutions sont celles qui n’ont rien à dire aux dépossédés et aux opprimés sur cette terre et qui gardent le silence face à la répression exercée par l’État, alors l’art et la culture sont vidés de sens et de valeur ».

Churchill, âgée de 84 ans, est l’une des dramaturges contemporains les plus influents et significatifs. Elle a écrit plus de 30 pièces de théâtre, dont beaucoup traitent de l’abus de pouvoir.

En avril, elle a été nommée récipiendaire du prix 2022 du Théâtre Européen, en signe de reconnaissance de l’œuvre de toute sa vie. Le prix d’une valeur de 75 000 €, le plus doté d’Europe, est attribué par Schauspiel Stuttgart et sponsorisé par le ministère de la science, de la recherche et de l’art du Bade-Württemberg.

Mais un peu plus tôt ce mois-ci, le jury engagé par la compagnie de théâtre a retiré sa décision et annulé le prix de cette année, disant avoir été « informé d’éléments précédemment inconnus ».

Dans une déclaration, le jury a dit que Churchill avait été choisie pour le prix « en hommage à l’œuvre de sa vie. Nous avons toutefois été mis au courant des signatures de l’auteur en soutien au boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

« La pièce Sept Enfants Juifs peut aussi être vue comme antisémite. Par conséquent, à notre grand regret, le jury a décidé de ne pas attribuer le prix cette année ».

La ministre des Arts du gouvernement de l’État, Petra Olchowski, a soutenu cette position. « En Allemagne, nous avons une responsabilité historique spéciale. C’est pourquoi nous, en tant que pays, prenons une position claire et non-négociable contre toute forme d’antisémitisme. C’est une raison de plus pour qu’un prix financé par l’État ne puisse être attribué dans les circonstances actuelles » a-t-elle dit.

En réponse à l’annulation du prix, Churchill a dit : « Je maintiens mon soutien à BDS et aux Palestiniens ».

Sept Enfants Juifs a été écrite en 2009 à la suite de l’opération Plomb Durci, un conflit de trois semaines à Gaza au cours duquel au moins 1 383 Palestiniens, dont 333 enfants, ont été tués, selon Amnesty International. Treize Israéliens, dont trois civils sont morts aussi pendant le conflit.

La pièce de Churchill, d’une durée de 10 minutes a été saluée par certains critiques, mais vigoureusement critiquée par d’autres, dont la Jewish Chronicle’s reviewer, qui l’a qualifiée d’antisémite.

Jeudi, Churchill a dit que la pièce traitait des « familles qui veulent protéger les enfants et se demandent que leur dire sur des choses terribles, un pogrom, l’holocauste, enfin le bombardement de Gaza.

« C’est une critique du traitement des Palestiniens par Israël ; ce n’est pas une attaque contre tous les Juifs, dont nombre d’entre eux sont aussi critiques de la politique israélienne. Il est faux de confondre Israël avec tous les Juifs. Une pièce politique a fait des ennemis politiques qui l’attaquent et l’insultent comme antisémite ».

Dominic Cooke, le directeur associé du Théâtre National, qui a mis en scène Sept Enfants Juifs au théâtre de la Cour Royale, a dit que la pièce avait été écrite en réponse à la mort de Palestiniens à Gaza dans l’opération Plomb Durci.

« L’indignation fabriquée sur la pièce de Caryl a été conçue pour détourner l’attention de ce fait et faire peur et faire taire d’éventuelles critiques » a-t-il dit. Mais attirer l’attention sur les violations par Israël des droits humains et sur son occupation illégale du territoire palestinien n’est pas antisémite, c’est une protestation légitime ».

L’actrice Harriet Walter a dit : “Caryl Churchill mérite les plus hauts prix internationaux pour toute une vie consacrée à un travail théâtral qui change la donne. Lui retirer quelque honneur que ce soit à cause de ses positions politiques est un acte déshonorant qui rappelle le maccarthisme ».

La lettre ouverte - pilotée par Artistes pour la Palestine – a aussi eu le soutien de Geoffrey Bindman KC, un avocat défenseur des droits humains de premier plan. Il a dit : « Le retrait du prix du Théâtre Européen à Caryl Churchill sur la base de son soutien à BDS viole tout simplement son droit à la liberté d’expression protégé par l’article 10 de la convention européenne des droits humains. C’est une erreur et le prix devrait lui être restitué inconditionnellement ».

Plus tôt dans l’année, Priti Patel, alors secrétaire d’État à l’Intérieur, a décrit le mouvement BDS comme raciste et antisémite. « Tenir la communauté juive collectivement responsable de ce qui se passe au Moyen Orient, est pour moi, raciste », a-t-elle dit aux Amis d’Israël Conservateurs.

En 2019, le Bundestag, le Parlement allemand, a voté une motion condamnant BDS comme antisémite.

Un porte-parole de Schauspiel Stuttgart a dit que le jury s’en tenait à sa décision mais était « conscient que les appréciations en Grande Bretagne et en Allemagne diffèrent (et doivent être différentes) à ce sujet ».